COMBAT DE DE NAIN
cipaux | pour subsister plus commodément derrière l'Escaillon qui se jette dans l'Escaut près de Denain, qu'il avoit retranché, et y avoit laissé dix-huit bataillons et quelque cavalerie. Sur oes nouvelles , le maréchal Montesquiou pressa Villars d'y marcher.
Dans la marche , Montesquiou s'avança avec une tête , quatre lieutenants généraux et quatre maréchaux de camp, et envoya Broglio, depuis maréchal de France , avec la réserve qu'il commandoit , enlever cinq cents chariots de pain pour l'armée ennemie , ce qu'il exécuta fort bien et avant l'attaque de Denain. Montesquiou avec oette tête de l'armée arriva devant Denain à tire-d'aile, fit promptement sa disposition, et attaqua tout de suite les retranchements. Villars marchoit doucement avec le gros de l'armée, déjà fâché d'en voir une partie en avant avec Montesquiou sans son ordre, et qui le fut bien davantage quand il entendit le bruit du feu qui commençoit. 11 lui dépêcha ordre sur ordre d'arrêter, de ne point attaquer, de l'attendre, - le tout sans se hâter le moins du monde , parce qu'il ne vouloit point de combat. Son confrère lui renvoya ses aides de camp , lui manda que le vin étoit tiré et qu'il falloit le boire , et poussa si bien ses attaques qu'il emporta les retranchements , entra dans Denain , s'y rendit le maître de toute l'artillerie et des magasins , tua beaucoup de monde , en fit noyer quantité en tâchant de se sauver, entre lesquels se trouva le comte de Dohna qui y oommandoit , et se mit en posture de s'y bien maintenir s'il prenoit envie au prince Eugène de l'y attaquer y qui arrivoit avec son armée par l'autre côté de la rivière j qui fut témoin de l'expédition , qui recueillit les fuyards , et qui s'arrêta , parce qu'il ne crut pas pouvoir attaquer Denain emporté avec succès.
Tingry cependant , depuis maréchal de Montmorency , averti d'avance par^fontesquiou , étoit sorti de Valenciennes et avoit si bien défendu un pont , qui étoit le plus court chemin du prince Eugène pour tomber sur le maréchal de Montesquiou, qu'il l'empêcha d'y passer, le força à prendre le grand tour par l'autre côté de la rivière , par où je viens de dire, et fit qu'il arriva trop tard. Villars, arrivant avec le reste de l'armée comme tout étoit fait, enfonça son chapeau, dit merveilles aux tués et aux ennemis delà l'eau qui se retiraient, et dépécha Nangis au roi , qui avoit été un des quatre maréchaux de camp de l'attaque , que Voysin mena au roi le mardi 26 juillet à huit heures du matin, et qui eut force louanges et douze mille livres pour sa course. Les ennemis y perdirent extrêmement, et le maréchal de Montesquiou fort peu. Le fils unique du maréchal de Tourville y fut tué à la tète de son régiment, dont ce (Vit grand dommage , et laissa sa soeur héritière qui épousa depuis M. de Brassac et fut dame de Mme la duchesse de Berry quand on lui en donna.
Villars, fort étourdi d'une action faite malgré lui, s'en vouloit tenir là; mais Montesquiou, sûr du roi, se moqua de lui, détacha le soir même du combat, qui étoit le dimanche 24 juillet, Broglio avec douze bataillons sur Marchiennes, où étoit le reste et la plus grande partie des magasins des ennemis, et le suivit en personne avec dix-huit autres bataillons et quelque cavalerie , sans que Villars osât s'y opposer for-