‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 342 sur 378 · ILS DRESSENT LA CONSTITUTION UNIOENITUS · texte numérisé non relu

ILS DRESSENT LA CONSTITUTION UNIOENITUS

Le roi avoit demandé qu'elle fût concertée avec le cardinal de La Trémoille , tant à l'égard du fond même que pour éviter ce qui y pourroit causer de l'embarras par rapport aux maximes de France. L'affaire faisoit du bruit. Une décision dogmatique, et en première instance pour la France, réveilla la cour de Rome; le sacré collège prétendit la chose asseî importante , et même précisément de nature à être consultée; plusieurs des plus anciens et des plus considérables en parlèrent au pape qui trouva juste d'en avoir leur avis, et qui leur promit à tous de la manière la plus positive que le projet de cette constitution leur seroit présenté , qu'ils le pourraient examiner chacun en particulier à leur gré, puis s'assembler plusieurs en congrégations différentes, et qu'elle ne seroit dressée que conformément à l'avis du plus grand nombre des cardinaux. Le pape donna la même parole au cardinal de La Trémoille pour ce qui le regardoit , comme chargé des affaires du roi. Les choses en étoient là lors de la mort du cardinal de Janson et de la nomination de Bissy au cardinalat.

Quelque puissant renfort que le P. Tellier comptât bien de trouver dans l'élévation de Bissy à la pourpre , la grandeur et l'étendue de ce qu'il se proposoit lui parut mériter de ne pas négliger de se rassembler toutes les forces qu'il pourroit. L'éclat où se trouvoit le nouveau cardinal de Rohan par les établissements de sa maison, de set alliances, de ses liaisons, plus encore le parti qu'il se proposoit de. tirer, en se l'acquérant, du goût personnel du roi pour le fils de Mme de Soubise , et de prendre ainsi le roi de toutes parts , engagea ce hardi jésuite à n'en pas faire à deux fois, et de faire montre de toute sa puissance au cardinal de Rohan , pour le mettre de son côté par la crainte > et par la récompense toute présente. 11 l'alla voir et lui exposa tout net ses intentions avec une audace et une autorité qui ne craignoit rjen. 11 lui dit donc qu'il ne pouvoit douter qu'instruit comme il l'étoit, il ne pensât comme il devoit sur l'affaire de l'Église qui étoit portée à Rome , mais qu'il ne su ffiso it pas k un homme établi comme il l'étoit de bien penser , comme il supposoit et vouloit se persuader qu'il pensoit bien , mais qu'il falloit encore bien faire, non-seulement bien faire, mais tout faire, tout entreprendre, tout exécuter pour mettre la bonne*doctrine à couvert, et pour écraser une fois pour toutes ce parti séditieux qui troubloit l'£glise depuis si longtemps; que le roi y étoit entièrement disposé, que le succès en étoit assuré , que c'étoit i lui de voir quel parti il vouloit y prendre, se perdre auprès du roi à qui il devoit tout* et de qui il se pouvoit , en se conduisant bien , se promettre encore bien davantage , ou demeurer dans une neutralité qui ne pourroit pas se soutenir longtemps, et qui le déshonoreroit et lui ôteroit en attendant toute considération; ou enfin , s'attacher au devoir de son état , de sa reconnoissance pour le roi , en se déclarant pour l'Église et pour la bonne cause, et pour ne lui rien celer, en n'y ménageant rien et en marchant dans un concert intime, entier, inaltérable , avec ceux qui en faisoient leur affaire, et qui lui répondoient en prenant ce parti, mais en s'y engageant de la sorte, qu'il pouvoit compter sur la charge de grand aumônier, et sur tous les agréments , les grâces , les privances et toute la oonnance ou roi. Rohan fut

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