‹ Mémoires complets et authentiques du Duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la régence (volume 2)Chapitre 70 sur 378 · FÉNELON ARCHEVÊQUE J>R CAMBRAI · texte numérisé non relu

FÉNELON ARCHEVÊQUE J>R CAMBRAI

fleuri, agréable, dont il teiioit, pour ainsi dira, Je robinet, pour eu verser la qualité ai la quantité entament convenables à chaque chose et à chaque personne. U se proportionnoit et se faisait tout à tous; une figure fort singulière, mais noble, frappante, perçante, attirante; un abord facile à tous ; une conversation aisée , légère et toujours décente , un commerce enchanteur; une piété facile, égale, qui n'effapoucboit point et se faisait respecter ; une libéralité bien entendue ; une magnificence qui n'insultait point, et gui se versait sur les officiers et les soldats , qui embrassait une vaste hospitalité , et qui , pour la table , les meubles ét les équipages , demeuroit dans les justes bornes de sa place ; également officieux et modeste, secret dans les assistances qui se pouvoient cacher et qui étaient sans nombre, leste et délié sur les autres jusqu'à devenir l'obligé de ceux à qui il les donnoit, et à le persuader; jamais empressé, jamais de compliments, mais une politesse qui, en embrassant tout, étoit toujours mesurée et proportionnée, en sorte qu'il sembloit a chacun qu'elle n'était que pour lui , avec cette précision dans laquelle il excolloit singulièrement. Admit surtout dans l'art de porter les souffrances , il en usurpoit un mérite qui donnoit tout l'éclat au sien , et qui en portoit l'admiration et le dévouement pour lui dans le cœur de tous les habitants des Pays-Bas quels qu'ils fussent, et de toutes les dominations qui les partageoient , dent il avoit l'amour et la vénération, il jouissoit, en attendant un autre genre de vie, qu'il ne perdit jamais de vue, de toute la douceur de celle-ci, qu'il eût peutêtre regrettée dans l'éclat après lequel il soupira toujours, et il en jouissoit avec une paix si apparente que qui n'eût su ce qu'il ayojt été , et ce qu'il pouvoit devenir encore , aucun môme de ceux qui l'approchoient le plus , et qui le voyoient aveo le plus de familiarité , ne s ? en seroit jamais aperçu.

Parmi tant d'extérieur pour le monde , il n'en étoit pas moins appliqué à tous les devoirs d'un évêque qui n'auroit eu que son diocèse à gouverner , et qui n'en auroit été distrait par aucune autre chose. Visites d'hôpitaux, dispensation large mais judicieuse d'aumônes, clergé, communautés, rien ne lui échappoit. Il disoit tous les jours la messe dans sa chapelle, officioit souvent, sufflsoit à toutes ses fonctions épiscopales sans se faire jamais suppléer, prêchoit quelquefois. Il trouvoit du temps pour tout, et n'avoit point l'air occupé. Sa maison ouverte, et sa table de môme, avoit l'air de celle d'un gouverneur de Flandre, et tout à la fois d'un palais vraiment épiscopal; et toujours beaucoup de gens de guerre distingués, et beaucoup d'officiers particuliers, sains, malades , blessés , loges chez lui , défrayés et servis comme s'il n'y en eût eu qu'un seul ; et lui ordinairement présent aux consultations des médecins et des chirurgiens, faisant d'ailleurs, auprès des malades et des blessés les fonctions de pasteur le plus charitable , et souvent par les maisons et par les hôpitaux; et tout cela sans oubli, sans petitesse, et toujours prévenant, avec le6 mains ouvertes. Aussi, étoit-il adoré de tous.

Ce merveilleux dehors n'étoit pourtant pas tout lui-même. Sans entreprendre de le sonder , on peut dire hardiment qu'il n'étoit pas sans soins

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