‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 100 sur 209 · MARIAGE DU DUC DE SAINT-PIERRE · texte numérisé non relu

MARIAGE DU DUC DE SAINT-PIERRE

acheté de Charles II la grandesse de première classe. Il étoïi fort riche, et, pour se donner un petit État en Italie, il avoit acheté celui de Sabionette fort chèrement. L'empereur, à qui il conTenoit, s'en étoit jemparé pendant la précédente guerre, avant que Tacquéreur.s'en fût mis en p(Mh session , qui pendant ce que dura la paix de Ryswiek n'en put jamais obtenir la restitution. Je ne sais si cet objet n'entra pas pour quelque chose dans le mariage qu'il fit avec une sœur du ministre des affaires étrangères, qui, voyant presque toutes les fiUes des ministres assises, fut flatté de faire aussi asseoir sa sœur. L'Age étoit cruèllement dispror portionné ; le vieux galant passoit pour être garni de cautères, et pour être extrêmement jaloux et avare quoique avec un extérieur magnifique; des cautères, je n'en sais rien, mais pour la jalousie il tint très-exactement parole à ceux qui Tavoient donné pour tel. Sa galanterie alla jusqu'à faire l'amoureux, et l'amoureux jusqu'à l'impatienoe. n ne put attendre le courrier qu'il envoya en Espagne pour l'agrément de cette cour; il supplia le roi d'en vouloir bien être garant, et, moyennant cette légère faveur, il passa outre à épouser. La .nouvelle dudiesse étoit fort jolie. £11q ne vit point les princesses du sang, à qui le duc de Sain^ Pierre ne vouloit pas donner l'Altesse pour n'en- recevoir que l'Excellence. Cela se passa assez désagréablement, mais il tùit ferme avec hauteur. Le mariage fait , il ne demeura pas bien longtemps en France, et emmena sa femme, qu'on ne revit de plusieurs années et encore avec lui en passant. G'étoit un homme de beaucoup d'esprit, qui avoit vu, lu et retenu, et qui se retrouvera ailleurs.

En ce nièaie temps M. de Soubise, déjà fort vieux , se démit de sa charge des gens d'armes qui fut donnée à son fils. Ce n'étoit pas en soi une grâce bien difficile, Mme de Soubise étoit accoutumée à mieux. - .

Le duc de Mantoue perdit sa femme, d'une branche cadette de sa maison, personne d'une vertu, d'un mérite et

Oigitized by

[i703] MORT DE LA DUCHESSE DE HANTOUE. 2i7

d'une piété singulière , qui avoit bien eu à souffrir de ses fantaisies^ de son avarice, et d'un sérail entier qu'il entre* tint tcfUte sa Yie. U n'en avoit point d'enfants et songea tout aussitôt à se remarier à une Françoise. Cette affaire revien* dra bientôt à raconter.

La Rongère, chevalier d'honneur de Madame et chevalier de l'ordre de sa présentation, mourut en même temps. G'étûit un g^tilhomme du pays du Maine, qui, avec un nom ridicule , étoit de fort bonne noblesse. Il 8*aiipeloit Quatre-Barbes. Cétoit un fort honnête homme, très-court d'esprit , mais de taille et de visage à se louer sur le théâtre pour faire le personnage des héros et des dieux. Briord, que nous avons vu ci-devant ambassadeur à Turin et à la Haye, mourut aussi après avoir été taillé, et laissa une place de conseiller d'État d*épée vécante. G*étoît un trèshomme d'honneur et de valeur, qui avoit du sens, quelque esprit, et beaucoup d'amis qui firent si bien pour lui, que son attachement à M. le Prince, dont il étoit premier écuyer, ne nuisit point à sa fortune, chose fort extraordinaire avec le roi et peut-être unique.

M. Gourtîn le suivit quelques jours après. Cétoit un trèspetit homme, qui paroissoit avoir eu le visage agréable et qui avoit été fort galant. Il avoit beaucoup d'esprit, de grâces et de tour, mais rien de gwndé, extrêmement l'air et les manières du grand monde, avec lequel il avoit passé sa vie dans les meilleures compagnies, sans aucune fktuité ni jamais sortir de son état. Poli, sage, ouvert quoiqu'on effet réservé, modeste et respectueux, surtout les mains fort nettes et fort homme d'honneur. Il brilla de bonne heure au conseil et devint intendant de Picardie. M. de Ghaulnes, qui avoit toutes ses terres, et qui étoit fort de ses amis, les lui recommanda beaucoup; et Gourtin se fil un grand plaisir d^ les soulager. L'année suivante, faisant sa tournée, il vit que, pour faire plaisir au duc de Chaulnes, il avoit surchargé d'autres paroisses. La peine qu'il en eut lui ûi examiner le

Page 1