‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 105 sur 209 · COLÈRE DU ROI CONTRE LES DUCS · texte numérisé non relu

COLÈRE DU ROI CONTRE LES DUCS

qui , par nécessité , en sut faire sa cour aux dépens de qui il lui plut. U ne m'avoit pas pardonné le pardon demandé par la princesse d'Harcourt à la duchesse de Aohan. Dès le lendemain je fiis averti par la comtesse de Roucy, à qai Mme la duchesse de Bourgogne, qui étoit présente, Tavoit conté, que le roi étoit entré très-sérieux chez Mme de Maintenon, à qui il avoit dit, d'un air de colère, qu'il étoit très mal content des ducs , en qui il trouvoit moins d'obéissance que dans les princes, et qne, tandis que toutes les duchesses refusoient la quête, il ne Favoit pas plutôt proposée à M. le Grand pour sa iBlle, qu*il Tayoit acceptée. Il ajouta qu*il y avoit deux ou trois ducs dont il se souviendroit toujours, Mme la duchesse de Bourgogne ne les avoit pas voulu nommer à elle, mais bien à Mme de Dangeau, à l'oreille, qui. un moment après Tavoit chargée de m'avertir d*étre sage> parce qu'il grondoit un orage sur ma téte. Cet avis me fût donné chez le chancelier, lui en tiers, qui ne douta point, ni moi non plus, que je ne fusse un des trois dont le roi avoit parlé. Je lui expliquai ce qui s'étoit passé et lui demandai son avis, qui fut d'attendre pour nè pomt allw à t&tons. Le soir Mme Ghamillart mé dit que le roi en avoit parlé fort aigrement à son mari. Tous deux étoient fort au fait de cette aliaire. Je les y avois mis de bonne heure, et c'étoit eux-mêmes qui avoient fait refuser la quête aux deux duchesses leurs filles.

Je vis, le lendemain, Ghamillart fort matin, qui me eonta que, la veille, chez Mme de Maintenon, avant d'avmr eu le temps d'ouvrir son sac, le roi lui demanda en colère ce qu'il disoit des ducs, en qui il trouvoit moins d'obéissance qu'aux princes; et tout de suite lui dit que Mlle d'Armagnac quéteroit. Ghamillart lui répondit que, ces choses-là n'allant gu^ jusqu'à son cabinet, il ne Tavoit appris que la veille; mais que les ducs étoient bien malheureux qu'il leur imputât à crime de ne l'avoir pas deviné , et les princes fort heureux qu'il leur sût gré d'une chose que les ducs se seraient lY 45

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empressés de faire s'il leur en eût dit autant qu'à M. le Grand. Le roi, sans répondre qu'à soi-même, continua ^e c*étoit une chose étrange que, depuis que j'avois quitté son senrice , je ne songeasse qu'à étudier les nings et à faire des procès à tout le monde; que j'étois le premier auteur de celui-ci , et que, s'il faisoit bien, il m'enverroit si loin, que je ne rimportunerois de longtemps. Ghamillart répondit que si j'examinois ces choses de plus près, c'étoit que j'étois plus capable et plus instruit que les autres, et que, cette dignité me venant des rois , Sa Majesté me devoît savoir gré de la vouloir soutenir. Puis, se prenant à sourire, il ajouta, pour le calmer, qu'on savoit bien qu'il pouvoit envoyer les gens où il lui plaisoit ; mais que ce n'étoit guère la peine d'user de ce pouvoir, quand d'un mot on pouvoit également ce qu'on vouloit, et que quand on ne l'avoit pas, ce n'étoit que faute de le dire. Le roi point apaisé répliqua : que ce qui le piquoit le plus étoit le refus de ses filles par leurs maris , et surtout de la cadette , apparemment à mon instigation. Sur quoi GhamiUart répondit que l'un des deux étoit absent, et que l'autre n'avoit que fait conformer sa femme à ce que faisoient les autres, ce qui n'avoit point ramené le roi, qui, toujours fâché, avoit encore grondé un moment, puis commencé le travail. Après l'avoir remercié d'avoir si bien parlé sur les ducs en général , et sur moi en particulier, il me conseilla de parler au roi et au plus tôt, un mot sur les ducs^ et la quête, puis sur moi dont il étoit mal content, et me dit la substance de ce ([u'il me conseilloit de lui dire. Ces propos du roi étoient le fruit d'une audience assez lo!i<.aie qu'il avoit donnée .au grand écuyer avant de passer chez Mme de Maintenon.

Au soilir d'avec GhamiUart, j'allai conter au chancelier ce que j'en venois d'apprendre. Il fut du même avis que je parlasse, et tôt; qu'attendre ne feroit que confirmer le roi dans ce qui l'irritoit, et ne rien faire après en lui parlant; qu'il failoit donc se commettre à l'événement, lui demander

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