‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 106 sur 209 · AUDIENCE OHE J'EUS DU ROI · texte numérisé non relu

AUDIENCE OHE J'EUS DU ROI

à lui parler dans son cabinet, et si, comme je le craignois, il s'arrêtoit et se redressoit pour m'écouter tout de suite, lui dire que je voyois bien qu*il ne me vouloit pas faire la grâce pour l'heure de m'entoddre, que j'espérds que ce serok une autre fois, et me retirer tout de suite. Ce n'étoit pas peu li mon âge, et doublement mal avec le roi, de l'aller attaquer de conversation. Je n'avois pas coutume do rien faire sans Tavis du duc de BeauviUiers. Mme de Saint-Simon n'en fut pas que je le prisse, sûre, ce me dit^e, qu'il me conseilleroit d'écrire et point de parler, ce qui n'auroit ni la même grâce ni la même force, outre qu'une lettre ne répond point, et que cet avis contraire à celui des deux autres ministres me jetteroit dans rembarras. Je la crus et allai attendre que le nn passât de son diner dans son cabinet, où je lui demandai permission de le suivre. Sans me répondre, il me fit signe d'entrer, et s-en alla dans Tembrasure de la fenêtre.

Comme j'allois parler, je vis passer Fagon et d'autres gens intérieurs. Je ne dis mot que lorsque je fus seul avec le roi. Alors je lui dis qu'il m'étoit revenu qu*il étoit mécon* iBat de moi sur la quête; que j'avôis un si grand désir de lui plaire , que je ne pou vois différer de le supplier de me permettre de lui rendre compte de ma conduite là-dessus. A cet exorde il prit un air sévère , et ne répondit pas un mot. < U est vrai, sire, continuai-je, que depuis que les princesses ont refusé de quêter, je l'ai évité pour Mme de Saint-- Simon; j'ai désiré que les duchesses l'évitassent aussi, et qu'il y en a que j'en ai empêchées parce que je n*ai point cru que Votre Majesté le désirât. — Mais, interrompit le roi d'un ton de maitre fâché, refuser la duchesse de Bourgogne, c'est lui manquer de respect, c'est me refuser moi-même 1 » Je répondis que, de la manière que les quêteuses se nommoient, nous ne pensions point que Mme la duchesse de Bourgogne y eût de part, que c'étoit la duchesse du Lude, souvent la première dame du palais qui s'y trouvoit, qui

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indiquoit qui elle vouloit. « Mais , monsieur, interrompit le roi encore du même ton haut et fâché , tous aYOZ tenu des discours ? — Non, sire, lui dis-je, aucun. — Quoi, tous n*aTez point parlé!.. . > Et de ce ton éleré poursuiToit, lorsqu'on cet endroit j'osai l'interrompre aussi, et élevant ma voix au-dessus de la sienne : « Non, sire, vous dis-jo, et si j'en avois tenu, je l'avouerois à Votre Majesté, tout de même que je lui aTOue que j'ai éYité la quête à ma femme , et que j^ai empêché d'autres duchesses de Faocepter. Xai toujours cru et eu lieu de croire que, puisque Votre Majesté ne s'expliquoit point là-dessus, qu'elle ignoroit ce qui se passoit, ou que, le sachant, elle ne s'en soucioit point. Je vous supplie très-instanmient de nous faire la justice d'être persuadé que si les ducs, et moi en particulier, eussions pu penser que Votre Majesté le désirât le moins du monde, toutes se seroient empressées de le faire, et Mme de Saint-Simon, à toutes les fêtes, et si cela n'eût pas suffi de sa part à vous témoigner mon désir de vous plaire, j'aurois moi aussi plutêt quêté dans un plat comme un marguiUier de Yiilage. Mais, sire, continuai-je, .Votre Majesté peut-elle imaginer que nous tenions aucune fonction au-dessous de nous en sa présence, et une encore que les duchesses et les princesses font tous les jours encore dans les paroisses et les couvents ' de Paris, et sans aucune difficulté? Mais il est vrai, sire, que les princes sont si attentifs à se former des aTantage» de toutes choses, qu'ils nous obligent à y prendre garde, surtout ayant refùsé la quête une fois. — Mais ils ne l'ont point refusée, me dit le roi d'un ton plus radouci; on ne leur a point dit de quêter. — Ils l'ont refusée, sire, repris-je fortement, non pas les Lorraines, mais les autres (par où je lui désignois Mme de. Montbazon). La duchesse du Lude en a pu rendre compte à Votre Majesté , et l'a dû faire, et c'est ce qui nous a fait prendre notre parti; mais comme nous savons combien Votre Majesté se trouve importunée de tout ce qui est discussion .et décision, nous avons, cru qu'il suffî-

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