‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 11 sur 209 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Situation de Catinat. — Dispositions de Yillars. — Bataille de Fricdlingen. — Villars fait seul maréchal de France. — Retour de Catinat et sa retraite. — Caractère de Yillars. — Mort de M. le maréchal de Lorges. < Son éloge.

Catinat avoit eu grande occasion de s'apercevoir, à la téte

de Tannée du Rhin, des suites d'un éclaircissement qui lui avoit mérité les plus grandes louanges du roi, mais qui avoit convaincu son ministre et commis Mme de Maintenon. Tous les moyens lui manquèrent, et le dépit de faire malgré lui une campagne honteuse le rendit mystérieux et chagrin jusqu'à mécontenter les officiers généraux, et les plus distingués d'entre les particuliers de son armée. La nécessité de secourir l'électeur de Bavière déclaré et molesté par les Impériaux, celle aussi d'en être secouru, ût résoudre de

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t^ter le passage du Rhin ; il Ait proposé à Gatinat, peutêtre avec peu de moyens et de troupes, je dis peut-être, parce que je ne le sais pas , et que je ne fais que le soupçonner, sur le refus qu'il ût de s'en charger. A son défaut, Villars, qui vit la fortune au bout de ce passage, l'accepta, sûr de ne rien risquer, en manquant m^e ce que. Gatinat ayoit refusé de tenter ; mais en habile homme, il voulut être en force, et outre ce qui étoit venu de Flandre qu'il avoit été recevoir de Chamarande à mi-chemin , Blainville lui amena encore un gros détachement de la môme armée de Flandre. H y joignit ce qu'il voulut de l'armée du Rhin, qui devenue par là un détachement elle-même , se retrancha sous Strasbourg, et peu à peu s'y trouva réduite à dix bataillons et à fort peu d'escadrons, en sorte que Gatinat se mit dans Strasbourg, en attendant tristement le succès du passage que Villars alloit tenter, le départ du roi des Romains pour retourner à Tienne, et ce que deviendroit son armée après la prise de Landau.

Villars marcha droit à Huningue, visita les bords du Rhin, et choisit l'établissement de son pont vis-à-vis d'Huningue, à l'endroit d'une île assez spacieuse pour s'en servir utilement, le grand bras du Rhin entre lui et l'île, et le plus petit entre elle et l'autre côté du Rliin où étoit la petite ville de Neubourg, retranchée et tenue par les Impériaux 4pii avoient là un camp volant, et qui avoient donné pendant toute la campagne, l'inquiétude à Gatinat de passer le Rhin et de faire le siège d'Huningue, sans toutefois avow songé à l'exécuter, pour ne rien détacher de celui de Landau. Ce parti pris, Villars fit travailler tout à son aise, mais fort diUgemment, à son pont jusqu'à l'île. Il étoit arrivé le 30 septembre; ce pont fut Taiiaire de moins de vingt-quatre heures. Le l** octobre, à midi, il fit passer dessus quarante pièces de canon avec Champagne et Bourbon n ois qu'il établit dans l'île, et fit travailler à son autre poDt. Dès qu'il fut achevé, il fit passer des travailleurs sou-

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