MESSAGES OU ENVOIS
le roi enToyoît toujours aux princes du sang, il envoya un
maître de sa garde-robe à M. le Prince, qui le devoit avoir depuis qu'à la mort de Monsieur il avoit eu les honneurs de premier prince du sang, et à M. le prince de Gonti qui» simple prince du sang, ne devoit avoir qu'un gentilhomme ordinaire. Gela fut fait pour les bâtards, à qui, dans les occasions, le roi envoya comme aux princes du sang un maître de sa garde-robe, et bien que dans la suite cela ne se fît pas toujours, il fut rare que les uns et les autres n'eussent pas le message d'un maître de la garde-robe.
Aux mêmes occasions où la reine visitoit, et aux personnes qu'elle visitoit, même aux ducs et aux princes étrangers qu'elle ne visitoit pas, le roi envoie jusqu'à aujourd'hui un gentilhomme ordinaire; on lui présente un fauteuil, on Tinvite à s'y asseoir et à se couvrir; on lui donne la main, on le conduit au carrosse, et les duchesses au milieu de leur seconde pièce. La reine et les deux Dâuphines envoyèrent un de leurs maîtres d'hôtel; celui de la reine étoit traité comme gentilhomme ordinaire, celui des Dauphines sans descendre le déparé. Je ne sais qui a avisé cette reine-ci ' de n'envoyer qu'un page; ce n'est pas qu'elle soit plus reine que réponse de Louise XIV, ni qu'elle soit tout à fait de si bonne maison. Ce page aussi est reçu et traité fort médio* crement. Monseigneur et les trois princes ses fils, un écuyer; car ces trois derniers ne visitoient qu'à la cour, et ne venoient point à Paris.
J'ai ouï conter au feu roi qu'étant encore fort jeune, mais majeur, il avoit écrit à M. de Hontbazon par un de ses valets de pied. M. de Montbazon étoit grand venéur et gouverneur de Paris, où il y avoit lors bien des affaires dont ce duc se méloit. Le valet de pied, parti de Saint-Germain, ne le trouva point à Paris et Talla chercher à Gouperay où il
1. Marift LeicEiMka, flUa éê Staniilas Leicrimtki , roi déti6néë« Pologne, mariée à Lonia XV te 15 août 1735.
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va BfiCEPTlOll D'UN VALET ht PIED. [1704]
étoit. M. de Montbazon s'alloit mettre à table. H reçut la lettre, y répondit, la donna au valet de pied qui lui fit la révérence pour s'en retourner. « Non pas cela, lui dit le duc de Montbazon, vous êtes yenu de la part du roi, vous me ferez Thonneur de dîner avec moi; » le prit par la main et le mena dans la salle , le faisant passer devant lui aux portes. Ce valet de pied confondu et qui ne s*attendoit à rien moins, se fit tirer d'abord, puis tout éperdu se laissa faire et mettre à la belle place. U y avoit force compagnie à dîner, ce que le roi n'oublia pas, et toigours le valet de pied servi de tout le premier par le duc de Montbazon. n but à la santé du roi, et pria le valet de pied de lui dire qu'il avoit pris cette liberté avec toute la compagnie. Au sortir de table, il mena le valet de pied sur le perron, et n'en partit point qu'il ne l'eût vu monter à cheval. « Gela 8*appélle savoir vivre, » ngouta le roi. n a fait ce conte souvent, et toujours avec complaisance, et, je pense, pour instruire les gens de ce qui lui étoit dû, et de quelle sorte les seigneurs anciens savoient en faire leur devoir.
Le duc de Noailies, au commencement de cette année, obtint enfin le consentem^t de Mme de Maintenon pour céder son duché à son fils ,-le comte d'Ayen, qui prit le nom de duc de Noailles et le père celui de maréchal. Mme de Maintenon ne voulut jamais que sa nièce fût assise en se mariant, et lui fit acheter son tabouret par le délai de quelques années. Elle avoit de ces modesties qui sentoient fort le relan de son premier état, mais qui pourtant ne passoient pas Tépiderme.
Sainte-Mesme, d'une branche séparée de celle des maréchaux de L'Hôpital et de Vitry, mourut en ce commencement d'année. Je le remarque par la grande réputation qu'il s'étoit acquise parmi tous les savants de l'Ëurqie; grand géomètre, profond en algèbre et dans toutes les parties des mathématiques ; ami intime, et d'abord disciple du P. Maiebranche , et si connu lui-même par son livre des Infiniment
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paUs. Sa niauvaise vue et son goût dominant pour ces sciences abstraites l'avoient retiré de bonne heure de la
guerre et pour ainsi dire du monde.
En même temps mourut le bai on de Dressé à Paris, celui même dont j'ai parlé sur le siège de Namur; il étoit fort vieux et cassé» et avoit du roi autour de vingt mille livres de rente, et lieutenant général.
Mme de Boisdauphin mourut aussi à Paris à quatrervingts ans. Elle étoit sœur de Barentin, président au grand conseil , et fort riche héritière. Elle avoit épousé en premières noces M. de Gourtenvaux , premier gentilliomme de la chambre , fils du maréchal de Souvré , gouverneur de Louis xm, dont elle n'avoit eu que Mme de Louvois, et elle étoit veuve en secondes noces, sans enfants, du frère aîné de M. de Laval, père de la maréchale de Rochefort. M. de Louvois, toute sa vie, avoit eu une grande considération pour élle^ et ses enfants après lui : c*étoit une femme aussi qui savoit se faire rendre.
Termes mourut aussi presque en même temps. H. de Montespan et lui étoient enfants des deux frères. Il étoit pauvre, avoit été fort bien fait, et très-bien avec les dames en sa jeunesse; je ne sais par quel accident il avoit un palais d'argent qui lui rendoit la parole fort étrange; mais ce qui surprenoit c'est qu'il n'y paroissoit plus dès qu'il chantoit avec la plus belle voix du monde. Il avoit beaucoup d'esprit et fort orné , avoit peu servi et avoit bonne réputation pour le courage. Sans avoir bougé de la cour, à peine y put-il obtenir une très-petite subsistance. Je pense que le méjpris qu^îl s'y attira l'y perdit. H eut la bassesse de vouloir être premier valet de chambre, et personne ne doutoit qu'il ne rapportât tout au roi, tellement qu'il n'étoit reçu dans aucune maison, ni abordé de personne. Il étoit poli et accostant, mais à peine lui répondoit-on en fuyant, tellement qu'il vivoit dans une solitude entière au milieu du plus grand monde. Le roi lui parloit quelquefois, et lui permet-^