‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 113 sur 209 · TESSÉ EN ITALIE · texte numérisé non relu

TESSÉ EN ITALIE

et ne prétendit qu'à l'état de volontaire. Vendôme ne lui fit pas la moindre civilité d'aucune déférence, et continua en sa présence à donner l'ordre et à commander, comme si Tessé n'y eût pas été. G'étoit biea connoltre le roi et le crédit de son intérieur, (pie d*en user ainsi après ce qa*il lui avoit si positivement ordonné au contraire, et en même temps faire peu de cas de son bâton et de soi, en comparaison de sa fortune, que toutefois, au point où il étoit arrivé, il pouvoit trouver être £aite.

Peu de jours après, H. de Vendôme battit une partie de Farrière-garde du comte de Staremberg, général des Impériaux : quatre cents hommes tués, cinq cents prisonniers, trois chariots remplis de pain firent du bruit à Versailles. M. de Vendôme assaisonna cette nouvelle de la promesse d'attaquer les ennemis le lendemain, n savoit bien qu'il n'en feroit rien. Ses courriers étoient sans nombre, ou pour des bagatelles qu'il faisoit valoir et qui trouvoient des prôneurs , ou pour des assurances de choses qui ne s'exécutoient point et qui trouvoient leurs excuses dans les mêmes personnes, et le r.oi s'en laissoit persuader. M. de Vaudemont écrivit de Milan au roi sur cette bagatelle une félicitation, comme assuré que ses ennemis seroient incontinent chassés d'Italie. Cétoit la môme cabale et les mômes applaudissements : tout cela s'avaloit et réussissoit à merveille. Mais pour cette fois, M. de Vendôme lit encore quelque chose : il culbuta 'huit cents chevaux et six bataillons de l'aiTière-garde de Staremberg dans l'Qrba. Bezons et Saint-Frémont , à la tète de notre cavalerie, et Âlbergotti avec quinze cents grenadiersi firent cette expédition. Elle ne fut pas sans perte et beaucoup de blessés. Il en coûta mille hommes aux Impériaux, tués ou pris. Solari, qui commandoit ceux-ci, tué, et le prince de Lichtenstein pris f<Hl blessé.

Tessé s'en étoit retourné à Pavie, d'où il regagna Milan, et au commentïement de février s'en retourna commander en Savoie. Ën même temps La Feuillade fut fait lieutenant

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246 LA. F£UILLÂD£ £N DAUPHINË. [1704],

général seul, demeura en son gouvernement de Dauphiné , et fiit destiné pour l'armée de M. de Vendôme. Ainsi maréchal de camp tout d'un coup , en chef en Dauphiné aussitôt après, et sans presque aucun intervalle lieutenant général ^ c*est le train que Ghamillart mena un homme pour qui le roi lui avoit déclaré qu'il ne feroit jamais rien. Tout de suite le grand prieur, si mal avec le roi et qui avoit eu tant de peine à servir, puis à aller avec son frère, fut envoyé commander les troupes dans le Mantouan et le Milanois, et incontinent après eut une petite armée avec le nom, la patente, les appointements et le service de général d'armée en chef, séparément de H. de Vendôme, avec qui il fut comme sont deux maréchaux de France, qui ont chacun une armée à part dans les mêmes pays, qui se concertent, mais dont Tancien des deux conserve la supériorité sur l'autre. En même temps le fils unique de Vaudemont fut fait feld-maréchal par l'empereur, avec Staremberg, Heister et Rabutii^, qui est, à Tégard du militaire, ce que sont nos maréchaux de France : ainsi Vaudemont prospéroit des deux côtés, et le roi lui savoit toujours le meilleur gré du monde.

Le maréchal de Villeroy, demeuré pour tout Thiver à Bruxelles, vint à la mi-janvier faire un tour à la cour, où le roi le reçut, après lieuf mms d'absence, avec des marques de faveur très-distinguées. La marquise de Bedmar, venant d'Espagne, s'y trouva en même temps, allant joindre son mari en Flandre. La duchesse du Lude la présenta au roi dans son cabinet, dont les portes demeurèrent ouvertes. La duchesse d*Albe et la maréchale de Gœuvres, comme grandes d'Espagne, raccompagnèrent. Le roi la baisa et fui fit toutes sortes d'honnôtetés; il lui dit qu'il avoit résolu de faire son mari chevalier de l'ordre. Mme la duchesse de Bourgogne la baisa chez elle, ot ce même cortège se trouva. On ne s'assit point au souper. La marquise de fiedmar, comme grande d'Espagne, prit son tabouret, et après le souper congé du roi, qui, en passant pour entrer dans son cabinet, lui ûi

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