MARQUISE DE BEDMÂR A VERSAILLES
encore des menreilles, et lui dit qu'il avoit ordonné dans toutes les places par lesquelles elle passeroit qu'on Ty reçût avec les mêmes honneurs que dans celles de la ilandre
espagnole.
Le conseil de guerre de Vienne donna, vers ces temps-ci, un grand exemple de sévérité. Par son jugement, le comte d'Âico eut la tète coupée, pour avoir mal défendu Brisach avec Mardlly , à qui le bourreau cassa l'épée et lui en donna
plusieurs coups sur la tête; le lieutenant de roi, comme nous parlons en France, et le major de la place furent dégradés des armes. La mauvaise humeur des progrès des mécontenta put un peu contribuer à cette sévérité, qui fit beaucoup murmurer les officiers impériaux.
Ces mécontents inquiétoient l'empereur jusque dans Vienne, dans les faubourgs duquel ils avoient osé aller prendre des bateaux pour passer dans l'île de Schutt , en sorte que le prince Eugène fut obligé de faire faire des redoutes le long du Danube; ils ne laissèrent pas de piller un autre faubourg de cette capitale. Us s'emparèrent d'Agria, des quatre villes des montagnes où sont lès mines , de quelques autres jusque auprès de Presbourg, qui n*est qu*à dix lieues de Vienne, se firent voir dans l'Autriche, la Silésie et la Moravie, et refusèrent les propositions qui leur furent ûites par le comte Palfi de la part de l'empereur. Strigonie, autrement Gran,- se soumit à eux avec presque toute sa garnison. Ils coupèrent la communication de la Bohême à Vienne, et le prince Eugène, ne se croyant plus en sûreté à Presbourg, se retira à Vienne. Ils pillèrent une île du Danube, que Tempereur avoit donnée à ce prince, prirent ses équipages et ravagèrent toute la grande lie de Schutt. Ils se divisèrent en plusieurs corps qui prirent la ' forteresse de Mongatz et Hermanstadt, capitale de la Trai;isylvanie, s'établirent en divers postes de Moravie et de Styrie, prirent Canîse, firent des courses jusqu'à Gratz, capitale de Styrie, et obligèrent le général Heister de se
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retirer sous Vienne avec cinq mille hommes qu'il commandoit. Us brûlèrent les environs de cette demeure impériale, d*où on voyoit les feux et d'où on ne pouvoit sortir ni entrer librement, faute de troupes pour les écarter, et où la cônstemation fut d'autant plus grande , que l'envoyé de Hollande à Vienne s'employa inutilement auprès d'eux, et qu'ils rejetèrent les propositions qu'il leur fît de la part de l'empereur.
Le maréchal de Yilleroy 8*en retourna à Bruxelles après quelque séjour à là cour; il s*y prit d'affection pour le baron Pallavicin, dont il Ot bientôt après son homme de confiance dans son armée, où il alla servir. Ce baron étoit un grand homme très-bien fait, de trente-cinq ans ou environ, point marié, et de beaucoup d'esprit, de valeur et de talents pour la guerre et pour l'intrigue, dont on n'a jamais bien démêlé l'histoire. H avoit été fort bien avec M. de Savoie, dont son père étoit grand écuyer, et sa mère dame d'honneur d'une des deux duchesses. Il fut arrêté avec les troupes de ce prince et donna sa parole. M, de Savoie lui manda de revenir en Piémont, il s'en excusa sur la parole qu'il avoit donnée. M. de Savoie lui écrivit que, s'U ne revenoit, il s'attireroit son indignation. Là-dessus Pallavicin abandonna le service de Savoie et se donna à celui de France, sans qu'on ait jamais pu savoir la cause du procédé du maître ni du sujet. Il eut deux mille écus dè pension en arrivant. Le maréchal de Yilleroy, qui aimoit les étrangers et les aventuriers, s'infatua de celui-ci qui devint son homme de confiance dans la suite, à la cour comme à l'armée, où cette faveur du fxénéral excita beaucoup de jalousie.
Le maréchal de Tallard s'en alla en Forez marier son fils aîné à la fille unique ,de Verdun, très-riche héritière et qui en avoit aussi l'humeur et la figure. Tallard et Verdun étoient enfants des deux frères et avoient ensemble des procès à se ruiner que ce mariage termina. Verdun étoit un homme de beaucoup d'esprit, mais singulier, qui n'ayoit
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jamais guère servi ni vu de monde qu'à son point et à sa manière, et qui n'avoit jamais fait grand cas de son cousin Tallard/ni guère aussi de la cour ni de la fortune. Tallard partit bientôt après vers le Rhin et Goigny sur la Moselle, commander un corps comme faisoit auparavant M. d'Harcourt. Le maréchal de Boufflers ne servit point cette année, le roi tâcha de l'en consoler par une augmentation de deux cent mille livres de brevet de retenue sur sa charge.
J*étois allé passer la semaine sainte à la Ferté et à la Trappe , d!où je revins à Versailles le mercredi de Pâques, rappris en arrivant le grand parti que M. le Grand venoit de tirer de la quête de sa fille. Le matin du vendredi saint, il vint trouver le roi et lui demanda avec un audacieux empressement d'aller avec ceux de sa maison à Tadoration de la croix. Les ducs y alloient de tout temps en rang d'ancienneté après le dernier prince du sang, et depuis peu d'années après les bâtards; et après les ducs, les gi*ands officiers de la maison du roi dans le rang de leurs charges, sans qu'aucun prince étranger y eût jamais été admis. Le roi, surpris de la demande, refusa et répondit que cela ne se pouvoit, parce que les ducs y alloient. C'est où le grand écuyer Tattendoit. Il demanda à les précéder, non qu*il TespérÂt, mais pour réussir à ce qui arriva. Le roi fut embarrassé. M. le Grand insista , appuyé sur la foiblesse qu'il connoissoit au roi pour lui, qui en sortit par lui dire que ni ducs ni princes n'iroient. En donnant Tordre, il dit au maréchal de Noailles, capitaine des gardes en quartier, d*en avertir les ducs, qui répondit mollement, en représentant leur droit usité de tout temps. Le parti du roi étoit pris, et le peu que dit M. de Noailles, et d'un ton à peu imposer, n*étoit pas pour le faire changer. Il n'y avoit presque aucun duc à Versailles, même des plus à portée du roi , qui proiitoient de ces jours de dévotions pour les leurs et pour leurs affaires. M. de La Rochefoucauld montoit en carrosse de chez le cardinal de Goislin lorsqu'on lui vint dire cette nouveauté. 11 se mit à