‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 119 sur 209 · MORT DU CÉLÈBRE BOSSUET · texte numérisé non relu

MORT DU CÉLÈBRE BOSSUET

ces deux hommes si grandement et si diversement illustres , le premier toi^ours à regretter, et qui le fut universellement, et dont les grands travaux faisoient encore honte, dans cette vieillesse si avancée , à l'âge moyen et robuste des évêques, des docteurs, et des savants les plus instruits et les plus laborieux. L*autre, après avoir si longtemps agité et intéressé toute TËurope , étoit devenu depuis longtemps un poids inutile à la terre. Ghamillart eut la charge de premier auihônier de Mme la duchesse de Bourgogne, pour l'imbécile évêque de Senlis , son frère, et La lïogiiette, archevêque de Sens, la place déconseiller d'État d'Église. Bissy, évéque de Toul, se laissa enfin persuader d'accepter Meaux. Un diocèse si près de Paris lui parut plus propre à fLvançer sa fortune que ses querelles avec le duc de Lorraine qui lui avoient suffisamment frayé le chemin à Rome; aussi avoit-il mieux aimé se tenir à Toul , qu'accepter Bordeaux. Mais il espéra tout de Meaux qui, en le tenant sans cesse à portée, favoriseroit son savoir-faire gu'il ne fut pas longtemps à manifester.

GHAimtE XIV.

L'archiduc par l'Angleterre à Lisbonne; mal secouru. — L'amirante de Caslille tombé dans le mépris. — Disgrâce de la princesse des TJrsins, rappelée d'Espagne avec ordre de se retirer droit en Italie; détails raccourcis de son ç;ouvernement. — Motifs qui Orent passer Bervvick en Espagne et Puységur. — Négligence , impudence et crime d'Orry. — Joug étrange de la princesse des Ursins sur l'abbé d'fiBtrées, et son plus que surprenaut abus. — Princesse des Ursins intercepte et apostille de sa main une leUre de Tabbé d'Estrées au roi. — Abbé d'Eslrées obtient son rappel. ~ Abbé d'Estrées commandeur de l'ordre sur l'ejcemple de l'abbé des Chaflielliws; (piél étoit rabbé des Ghastelliers. — Gaidinal d'Estrées abbé de Saint- Germain des Prés. ^ Le roi d'Espagne à la téte de son armée en

L'ARGHIOUC A LISBONNE.

Portugal. — Princesse des Ursins chassée; son courage; ses mesures. <— Son départ vers Bayonne. — Duc de Grammont ambassadeur en Espagne; aon caractère. — Son misérable mariage. ^ Duc de Grannnont déclare son indigne mariage, et, par l'inaenaé raffinement d'en vouloir faire aa cour, s'attire la colère du roi et de Mme de Maintcnon. — Princesse des Ursins insiste sur la permission d'aller à Versailles. — Princesse des Ursins exilée à Toulouse.

— Des Pennes, confident de Mme des Ursins, rappelé d'Espagne.

— Orry rappelé d'Espagne. — Folle prétention du connétable de Castille. — Conduite du duc de Tlnfantado. — Appointements du duc de Grammont. — Franchise des ambassadeurs; abus qui s'en fait à Venise par Gharmont. — Plaintes de la république de Venise; Gbarmonl protégé.

li'archidiic, après un long séjour dans la basse Allemagne et la Hollande, en attendant que tout fût prêt pour son trajet, avoit essuyé une terrible tempête qui le jeta deux foison Angleterre, où la première fois il vit la reine et ses ministres. Il étoit arrivé en Portugal avec fort peu de secours; il trouva que tout lui manquoit. Ce grand contretemps et la fidélité des Espagnols ne répondoit pas aux promesses de l'amirante qui leur avoit persuadé que tout se révolteroit en Espagne; et comme rien n'y branla, ni à Tarrivée de Tarchiduc, ni depuis, que deux ou trois particulier^ au plus, mais bien longtemps dans les suites, l'amirante tomba dans un discrédit total. Le Portugal, abandonné presque à sa foiblesse, s'en prenoit à lui de l'avoir comme engagé dans ce péril, et l'archiduc d'avoir pressé son arrivée sur des espérances dont il ne voyoit aucun effet. U se défendoit sur Fespèce d'abandon où ses alliés et Tempereur même le laissoient, qui décourageoit de lever le masque en sa foveur. Ces contrastes qui laissèrent l'amirante sans ressources, tant du côté de la cour de Portugal que de celle de rarchiduc, le mirent souvent en danger d'être assommé par le peuple, et le firent tomber dans le dernier mépris.

J'ai diflTéré révénement suivant et quelques autres, pour raconter tout de suite ce qui auroit été moins intelligible et IV 47

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