DISGRÂCE DE LA PRINCESSE DES URSINS
moins agréable par morceaux, à mesure que les diverses choses se sont passées , d'autant que le principal de tous, et pour lequel j*ai différé les autres, ne dépasse pas la fin de mai. n faut se souvenir de ce qui a été rapporté d-devant de la brillante situation de la princesse des Ursins en Espagne, et de ses solides appuis à Versailles, où elle avoit trouvé moyen de sevrer les ministres du roi du secret et du maniement des aiTaires, qui se traitoient réciproquement d'elle à Mme de Maintenon et au roi, le seul Harcourt, ennemi de nos ministres, dans la confidence. M. de Beauvilliers, qui n'y vit point de remède, prit enfin le parti de prier le roi de le dispenser de se mêler plus d'aucune chose qui regardât l'Espagne. Le chancelier n'en entendoit plus parler il y avoit déjà quelque temps. Ghamillart, trop occupé des finances et de la guerre, n'auroit peut-être pas été suspect aux deux dames, sans sa liaison intime avec les ducs de Chevreuse et de BeauvilUers, mais il n' avoit pas loisir de s'occuper de plus que de sa besogne, et on s'en tenoit à son égard, sous prétexte de ménagement, à ne lui parler d'Espagne que superficiellement pour les ordres et les expéditions qui le regardoient nécessairement pour les troupes et l'argent. Restoit Torcy qui auroit bien voulu n'en entendre jamais parler, et à qui il ne restoit que les choses sèches et résolues sur lesquelles on ne pouvoit se passer de son expédition.
En Espagne Mme des Ursins s*étoit, comme on Fa vu, dé- ^ faite des cardinaux d'Estrées et Portocarrero, d'Arias qui au
départ du cardinal d'Estrées s'étoit retiré une seconde fois, et étoit allé attendre dans son archevêché de Séville le chapeau auquel le roi d'Espagne Tavoit nommé , de Louville , de tous ceux qui avoient eu part au testament de Charles U, ou à quelque faveur du roi indépendainment d'elle. Rivas-, qui avoit écrit ce fameux testament, le seul laissé dans le conseil, y étoit réduit aux simples expéditions, sans oser dire un mot, sans crédit ni considération, en attendant qu'elle
[i704] DÉTAILS DE SON 60UYERNEMENT. S59
pût le renvoyer comme les autres. La princesse et Orry gouveruoient seuls, seuls étoient maîtres des afiEsures et des grâces» et tout se décidoit entre eux deux» souvent d'Aubigny en tiers» et la reine présente quand elle vouloit, qui ne voyoit que par leurs yeux. Le roi dont toutes les journées étoient réglées par la reine, et qui, s'il vouloit changer quelque chose à ce qui étoit convenu pour ses heures et ses amusements comme chasse, mail ou autre chose, le lui envoyoit demander par Yaset, huissier françois, dévoué à Mme des Ursins» et qui se gouvemoit par ce qu'il lui rapportoit; le roi, dis-je, peu à peu établi dans cette dépendance, venoit les soirs chez la reine , le plus souvent chez Mme des Ursins, où il trouvoit d'ordinaire Orry et quelquefois d'Aubigny où il apprenoit ce qui avoit été résolu» et leur donnoit les mémoriaux qu*ii avoit pris au conseil pour être décidés le lendemain par euxv et portés par lui ensuite au conseil, où il n*y avoit point à opiner, mais seulement à sa^ voir pour la forme ce que Rivas recevoit du roi pour expédier. L'abbé d'Estrées, qui depuis le départ de son oncle entroit de ce conseil, n'osoit s'y opposer à rien» et s'il avoit quelque représentation à faire» c*étoil en particulier à Mme des Ursins et à Orry» qui Técoutoient à peine et alloient leur chemin sans s*émouvoir de ce qu'il leur pouvoit dire. La princesse régnoit ainsi en plein , et ne songeoit qu'à écarter tout ce qui pouvoit troubler ou partager le moins du monde sa puissance. 11 falloit une armée sur les frontières de Portugal contre Tarchiduc» par conséquent un général françois pour commander les troupes françoises» et peutêtre aussi les espagnoles. Elle avoit connu de tout temps la reine d'Angleterre qui étoit Italienne, elle l'avoit extrêmement cultivée dans les longs séjours qu'elle avoit faits à Paris, elle étoit demeurée en commerce de lettres et d'amitié avec elle; elle imagina donc de faire donner au duc de Berwick le conmiandement des troupes frangoises en Espagne. Elle le connoissoit doux» souple, fort courtisan , sans au-