IMPUDENCE ET CRIME D'ORRT
des troupes, et qu'en arrivant à la frontière même, il ne trouva quoi que ce soit de tout ce qu'Orry lui avoit montré sur le papier comme exécuté l II eut peine à ajouter foi à oe qui lui reyenoit de toutes -parts d'une négligence ai criminelle, n se porta dans tous les lieux où les papiers que lui avoit montrés Orry indiquoient les magasins. Il les trouva tous vides et nul ordre même donné. On peut juger quel fut son dépit de se trouver si loin de tout ce sur quoi il avoit eu lieu de compter avec tant de certitude, et oe qu'il en manda à Madrid, n en rendit compte au roi en môme tanps, et il avoua sa faute, si c'en étoit une, d'avoir cru Orry et à ses papiers, et se donna en même temps tout le mouvement qu'il put, non plus pour avoir de quoi faire, comme il l'avoit espéré, puisque la chose étoit devenue impossible, mais au moins pour que l'armée pût subsister et ne fût pas réduite à manquer de tout et à ne pouvoir entrer et agir quelque peu en campagne.
Cette conduite d'Orry, et plus, s'il se peut, son impudence à oser tromper un homme qui va incontinent après voir de ses yeux son 'mensonge, sont des choses qui ne se peuvent comprendre. On comprend de tout temps que les Mpons volent, mais non pas qu'ils le fassent avec l'audace de persuader contre les faits sitôt et si aisément prouvés. Toutefois, c'est ce qu'Orry s'étoit promis de l'appui delà princesse et de la fascination de Versailles à leur égard.
L'aveuglement fut tel que dans ce même temps, où ils dévoient être si en peine de l'effet de leur conduite, Mme des Ursins y mit le comble. Elle avoit si bien lié et garrotté le pauvre abbé d'Estrées, qui se promettoit je ne sais comment une fortune en se cramponnant comme que ce fût dans son triste emploi en Espagne, qu'il avoit consenti à l'inouie proposition que lui, ambassadeur de France, n'écriroit au roi et à sa cour que de concert avec elle, et bientôt après qu'il n'y envorrnit aucune [lettre] sans la lui avoir muntrée. Une dépendance si gênante pour qui que ce fût, si folle pour