‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 130 sur 209 · DUC DE MANTOVE INCOGNITO A PARIS · texte numérisé non relu

DUC DE MANTOVE INCOGNITO A PARIS

le Pérou, où il meurt. — Comlo d'Albret en Espagne, attaché à l'électeur de Bavière. — Abbé d'Eatrées de retour. — Rebours et Gayet nouveaiiz mtendants des finances. — Mort et caractère de Tabbesse de Fontemiilt; sa nièce loi snccède.

Le comte de Toulouse partit dans ces temps-là, précédé

de quelques jours par le maréchal de Cœuvres , pour Brest, et ils montèrent enfin tous deux le même vaisseau.

M. de Mantoue, mal à son aise dans son État devenu le théâtre de la guerre, qui Favoit livré au roi de bonne grâce, et avoit en cela renàa le plus important service pour la guerre d'Italie, voulut venir faire un tour en France, où il ne pouvoit douter qu'il ne fût très-bien reçu. Il se détourna pour aller faire un tour à Charleville qui lui appartenoit, et il arriva à Paris la surveille de la Pentecôte avec une grande suite, n descendit à Luxembourg, meublé pour lui magnifiquement des meubles de la couronne, ses gens du commun logés rue de Tournon à l'hôtel des Ambassadeurs extraordinaires, et fut servi de sept tables par jour, soir et matin, aux dépens et par les oiliciers du roi, pendant tout son séjour, et d'autres tables encore pour le menu domestique, n fut incognito sous le nom de marquis de San-Salvador; maïs de cet incognito dont M. de Lorraine introduisit l'étrange usage sous les auspices de Monsieur, et qu'on ne voulut pas retrancher, après cet exemple qui depuis a mené bien loin, à un prince qui, en nous livrant sa capitale, avoit donné au roi la def de lltalie. Le lendemain de la Pentecôte, il alla à Ymailles dans des carrosses drapés avec ses chiffres seulement, qu'on fit entrer dans la grande cour où n'entrent que ceux qui ont les honneurs du Louvre. Il descendit à l'appartement de M. le comte de Toulouse, où il trouva toutes sortes de rafiratehissements servis. De là il monta par le petit degré dans les cabinets du roi, où il fut reçu sans que le roi s'avançât du tout vers lui. Il parla d'abord et assez longtemps; le roi lui répondit, le combla

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de civilités, et après, lui montra Monseigneur, les deux princes ses fils, M. le duc d'Orléans, M. le Duc et M. le prince de Gonti , puis M. du Maine en les lui nommant : il n*y avoit outre ces princes ^e les entrées. Ensuite M. de Blantoue demanda permission au roi de lui présenter les principaux de sa suite. De là le roi , suivi de tout ce qui étoitdans le cabinet, sortit directement dans la galerie, et le mena chez Mme la duchesse de Bourgogne qui étoit incommodée et se trouvoit naturellement au lit où il y avoit force dames parées, à la ruelle de laquelle le roi lui préé^ta M. de Mantoue. La conrersatioB y dura près d*un quart d'heure, après quoi le roi mena M. de Mantoue tout du long de la galerie qu'il lui lit voir avec les deux salons, et rentra avec lui dans son cabinet, où, après une courte conversation , mais de la part du roi toujours fort gracieuse, le duc prit congé et revint à Paris. Lb roi fut toi^yours découvert et debout. Huit jours q»rès il retourna à Versailles, vit les jardins et le roi par le petit degré dans ses cabinets , n'y ayant que Torcy en tiers. Quelques jours après, Monseigneur lui donna un grand dîner à Meudon , où étoient les deux princes ses ûls, M. le duc d'Orléans, Mme la princesse de Gonti , quelques dames et qudques courtisans. MM. d'£l^ fian et Strozzi, les deux principaux de sa suite, mangèrent à la table de Monseigneur, où, contre Tordinaire de ces sortes de repas, il fut gai et M. de Mantoue de bonne compagnie. Il galantisa et loua fort la beauté de la duchesse d'Aumont. Monseigneur lui montra sa maison et le promena fort dans ses jardins en calèche. Une autre fois il alla voir les écuries et le chenil de Versailles, la ménagerie et Trîanon. U retourna eneore à Versailles, y coucha dans Tappartement de M. le comte de Toulouse, vit tous les chevaux du roi, s'alla promener à cheval dans les hauts de Marly et soupa chez Dangeau avec beaucoup de dames. Dangeau aimoit fort à faire les honneurs de la cour, et il est vrai qu'il les faisoit fort bien. M. de Mantoue vit plusieurs fois le roi, et tou-

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