SSO LA QU£U£ ET SA FEMME
jours par le petit degré dans son cabinet, en téte à tête, ou Torcy en tiers.
Parlant d'étrangers, le cardinal Ottobon, qui avec des biens immenses s'étoit fort obéré, s'attacha k la France et en eut une pension de dix mille écus.
Le roi donna aussi cinq cent mille livres de brevet de retenue au duc de Beauvilliers sur sa charge.
Il lit, vers le même temps, La Queue, capitaine de cavalerie, mestre de camp par commission, gr&ce qu-il se fit demander par M. de Vendôme et qui n'a guère mené cet officier plus loin. Ce La Queue, seigneur du lieu dont il portoit le nom, à six lieues de Versailles et autant de Dreux, étoit un gentilhomme fort simple et assez médiocrement accommodé , qui avoit épousé une fille que le roi avoit eue d'une jardinière. Bontems, l'homme de confiance du roi pour ses secrets domestiques, avoit ùAi le mariage et stipulé sans déclarer aucun père ni mère, que La Queue savoit à l'oreille et s'en promeltoit une fortune. Sa femme fut confinée à La Queue, et ressembloit fort au roi. Elle étoit grande, et pour son malheur elle savoit qui elle étoit, et eUe envioit fort ses trois sœurs reconnues et si grandement mariées. Son mari et elle vécurent fort bien ensemble et ont eu plusieurs enfants, demeurés dans l'obscurité. Ce gendre ne paroissoit presque jamais à la cour, et comme le plus simple oflîcier et le moins recueilli dans la foule, à qui Bontems ne laissoit pas de donner de temps en temps de l'argent. La femme vécut vingt ans tristement dans son village, sans presque voir personne de peur que ce qu'elle étoit se divulguât, et mourut sans en être sortie.
L'abbé Boileau mourut en ce temps-ci assez promptement d'une opération au bras fort semblable à la mienne, pour avoir fait un efifort en prenant un in-folio de trop haut. C'étoit un gros homme, grossier, assez désagréable, fort homme de bien et d'honneur, qui ne se mêloit de rien, qui prèchoit partout assez bien, et qui parut h la cour plusieurs
[1704] MORT DE L'ABBf BOILEAU. Î8i
avents et carêmes , et qui , avec toute la protection de Bontems dont il étoit ami intime, ne put parvenir à l'épiscopat.
Hâac, retiré avec deux yalets en un coin de Paris, ne voulant Yoir qui que ce fût depuis sa belle défense de Landau et le bâton de Villars, mourut subitement. Le roi lui donnoit dix mille écus par an et quelque chose de plus. Il avoit près de quatre-vingts ans. Je l'ai assez fait connoitre pour n'avoir rien à y igouter.
Rivaroles, autre fort bon lieutenant général, mourut en même temps. CTétoit un Piémdntois qui s'étoit attaché au service de France et qui y étoit estimé. Un coup de canon lui avoit emporté une jambe il y avoit fort longtemps; un autre lui emporta sa jambe de bois à Neerwinden et le culbuta. On le releva sans mal; il se mit à rire. « Voilà de grands sots, di^>il, -et un coup de canon perdul Us ne savoient pas que j*en ai deux autres dans une valise. » Il étoit grand-croix de Saint-Lazare, puis de Saint-Louis à l'institution. Il laissa des enfants peu riches, qui ont servi et qui n'ont pas fait fortune. Ce Rivaroles, qui étoit un grand homme, fort bien fait, adroit et vigoureux, étoit, avec sa jambe de bois, un des meilleurs joueurs de paume, et y jouoit souvent.
La duchesse de Verneuil les suivit à quatre-vingt-deux ans , ayant encore grande mine et des restes d'avoir été fort belle. Ëlle étoit fille du chancelier Séguier, dans le carrosse duquel elle voulut être quand il courut un si grand péril aux Barricades de Paris, et que le maréchal de La Meilleraye l'alla délivrer avec des troupes. Elle étoit mère du duc de Sully, fait chevalier de l'ordre en 1688, et de la duchesse du Lude. De son second mari, elle n'eut point d'enfants et devint prineesse du sang longtemps après sa mère, à titre de sa veuve. Le roi en prit le deuil pour quinze jours, mais il ne lui fit faire aucun honneur particulier à ses obsèques. Mme de Laval, sa sœur aînée, mère des duc, cardinal et