TROISVILLES; SA VIE ET SON CARACTÈRE
dans la solitude et la grande dévotion plusieurs années. Il étoit facile et léger. La diversion le tenta; il s'en alla en son paySy il s*y dissipa; revenu à Paris, il s'y livra aux devoirs pour soulager sa foiblesse, il fréquenta les toilettes, le pied lui glissa, de dévot il devint philosophe; il se remit peu à peu à donner des repas recherchés, à eatioelter en tout par un goût difûcile à atteindre , en un mot il se fit soupçonner d'être devenu grossièrement épicurien. Ses anciens amis de Port-Royal, alarmés de cette vie et des jolis vers auxquels il s'étoit remis, dont la galanterie et la délicatéBse étoient 4 charmantes, le rappelèrent enân à lut^néme et à ce qu'il ayoit été; mais il leur échappa encore, et sa vie dégénéra en un haut et bas de haute dévotion , et de mollesse et de liberté qui se succédèrent par quartiers, et en une sorte de problème, qui, sans l'esprit qui le soutenoit et le faisoit désirer, Teût tout à fait déshonoré et rendu parfaitement ridicule. Ses dernières années furent plus suivies dans la régularité et la pénitence, et répondirent mieux aux commencements de sa dévotion. Ce qu'il en conserva dans tous les temps fut un entier éloignement de la cour, dont il ne rapprocha jamais après l'avoir quittée, une fine satire de ce qui s*y passoit, que le roi lui pardonna peut-être moins que l'attadiement à Port-Royal. C'est ce qui lui attira ce reAis dii roi pour l'Académie, si déplacée d'ailleurs avec cette haute profession de dévotion. Le roi ne lui manqua pas ce coup de verge faute de meilleure occasion. Il s'en trouvera dans la suite de voir quel crime c' étoit, non de lèse-majesté, mais de lèse-personne de Louis XIY, que faire profession de ne le jamais voir, qu'il étoit acharné à venger. Troisvilles étoit riche et ne fut jamais marié.
Les fanatiques, battus et pris en diverses rencontres , demandèrent, vers la mi-mai, à parler sur parole à Lalande, qui servoit d'officier général sous le maréchal de Villars. Cavalier, leur chef, qui étoit un [aventurier], mais qui avoit de l'esprit et de la valeur, demanda amnistie pour lui , pour
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Roland, un antre de leurs chefs, pour un de leurs officiers qui avoit pris le nom de Catinat, et pour quatre cents hommes qu'ils avoient là avec eux, un passe-port et une route pour eux tous jusque hors du royaume, permission à tous les autres qui voudroient sortir^du royaume d'en sortir à leurs dépens , liberté de vendre leurs biens à tous ceux qui désireroient de s'en défaire, enfin le pardon à tous les prisonniers de leur parti. Cavalier vit ensuite le maréchal de Villars avec une égalité de précautions et de gardes qui fut trouvée fort ridicule. Il quitta les fanatiques moyennant douze cents livres de pension et une ciommission de lieutenant colonel; mais Rbland ne s'accommoda point et demeura le chef du parti , qui continua à donner de la peine. Ce fut un concours de monde scandaleux pour voir Cavalier partout où il passoit. Il vint à Paris et voulut voir le roi, à qui pourtant il ne fut point présenté. II rôda ainsi quelque temps, ne laissa pas de demeurer suspect, et finidement passa en Angleterre, où il obtint quelque récompense. Il servit avec les Anglois, et il est mort seulement cette année fort vieux dans l'île de Wight, où il étoit gouverneur pour les Anglois depuis plusieurs années, avec une grande autorité et de la réputation dans cet emploi.
Enfin, à la mi-mai, Barbezières, sorti des prisons de Gratz, fût remis dans Casai à M. de Vendôme. Il avoit été gardé à vue avec la dernière dureté et si mal traité qu'il en tomba fort malade. Averti de son état, il demanda un capucin; quand il fut seul avec lui, il le prit à la barbe, qu'il tira lÂesa fort pour voir si elle n*étoit point fausse et si ce n'étoit point un capucin supposé. Ce moine se trouva un bon homme qui, gagné par la compassion, alla lui-même avertir M. de Vendôme. Outre le devoir de général, il aimoit particulièrement Barbezières, tellement qu'il manda aux ennemis qu'il étoit informé de leur barbarie sur un lieutenant général des armées du roi, et qu*il alloit traiter de même tous les prisonniers qu'il tenoit, et sur-le-champ
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