SA HORT. S
Maintenon. Quelquefois le roi l'appeloit et lui parloit ainsi en allant, et il étoit toujours bien reçu et bien écouté, et paroissoit fort libre avec le roi en rapprochant, et le roi avec lui. Il voyoit aussi, et quand il vouloit» Mme de Maintenon en particulier, et il étoit d'autant mieux atec elle, qu'elle étoit plus mal avec Louvois. Après sa mort, et Barbezieux en sa place, Augicourt vécut et fut toujours traité comme il ravoit été jusqu'alors; il ne craignoit point de rencontrer ces ministres ni leurs parents, et ce fut un' grand crèvecœur pour Louvois et pour Barbezieux ensuite et pour tous les Tellier, de voir cet homme se conserver sur le pied où il étoit. Du reste, haï, craint, méprisé comme le méritoit sa conduite avec M. de Louvois, soupçonné d'être rapporteur, et personne ne voulant se brouiller pour Augicourt avec, les TeUier qui Tabhorroient, il n*entroit dans aucune maison de la cour que chez livry et chez M. le Grand, qui étoient des maisons ouvertes; où on jouoit dès le matin, toute la journée et fort souvent toute la nuit. Augicourt étoit gros joueur et net, mais de mauvaise humeur, et au lansquenet public il jouoit chez Monsieur avec lui, et à la cour avec Mon-^ seigneur. En aucun temps, il ne fréquenta aucuns ministres ni aucuns généraux d*armée : il étoit assez vieux et point marié.
Yerac venoit de mourir depuis peu. Il s'appeloit Saint- Georges, et il étoit homme de qualité : la lieutenance générale de Poitou, où il avoit des terres, fit sa fortune. Il avoit été huguenot. Lui et Marillac, intendant de Poitou, lors de la révocation de l'édit de Nantes et des barbaries qui furent exercées contre les huguenots, tous deux crurent y trouver leur fortune, tous deux se signalèrent en cruautés, en conversions, tous deux donnèrent le ton aux autres provinces, tous deux en obtinrent ce qu'ils s'en étoient proposé. Verac en. fût chevalier de l'ordre en 1688, et Marillac conseiller d*Ëtat, par une grande préférence sur ses anciens : fl en a joui jusqu'à être doyen du conseil, mais il a vu mourir ses
S98 FORTUNE DE VERAC. [1704]
deux fils sans enfants, qui lui donnoient de justes et d'agréables espérances, l'un dans la robe, l'autre à la guerre, sa fille et son gendre La Fayette, lieutenant général, dont la fille unique fut grand'mère du duc de La Trémoille d'aujourd'hui, morte encore ayant son grand-père. Yerac a été plus heureux. Son fils est lAOrt cette année 1741, estimé, aimé et considéré, lieutenant général et chevalier de l'ordre en 1724, dont les enfants ne sont pas tournés à la fortune, run par un asthme qui l'empêche de servir, l'autre par être cadet et encore capitaine de cavalerie.
• 0eux mois depuis la mi-juin jusqu'au 15 août de cette année, virent diverses élévations de quatre hommes qui chacun fort différents ont eu de grandes et de curieuses suites; on pourroit ajouter les plus incroyables, et de ces choses dans lesquelles paroît toute la grandeur de Dieu qui se joue des hommes, ^ qui prépare et tire de rien et de néant les plus grands et les plus singuliers événements, ou qui'dans un ordre mférieur, selon le monde, découvre ce que c'est que la foiblesse des instruments par lesquels il daigne soutenir sa vérité et l'Église. Harley, auparavant orateur de la chambre basse, devint secrétaire d'Ëtat; Le Blanc, intendant d'Auvergne; Lesczinski, roi de Pologne;^ et l'abbé de Gaylus, évéque d'Âuzerre; qui tous quatre, chacun en son très» différent genre , peuvent fournir les plus abondantes et les plus curieuses matières aux réflexions. On en verra assez sur Harley, dans les Pièces*, à l'occasion de la paix d'Utrecht, et de ce qui la précéda à Londres, pour que je n'aie rien [à dire] id de lui. M. Le Blanc se trouvera en sôn temps ici en entier. Du roi de Pologne, devenu beau-père du roi, il n'y a qu'à admirer, et se mettre, non pas un doigt, mais tous les doigts sur la bouche, et la main tout entière; et de M. d'Auxerre, les bibliothèques sont pleines de lui, et il se trouvera lieu d'en parler.