COMBAT DE DONAWERTH
empêcher aux ennemis le passage de la rivière. Arco avoit du talent pour la guerre et une grande valeur ; il étoit Piémontois d'origine, et avoit toujours été attaché au service de Bavière ; il y étoit parvenu avec réputation au premier et unique grade militaire de ce pays-là, qui est maréchal, et M. de Bavière avoit obtenu qu'obéissant sans difficulté aux maréchaux de France, il coinmanderoit nos lieutenants généraux et ne rouleroit point avec eux, en sorte que, par cet expédient que la facilité du roi accepta par les liaisons étroites où il étoit avec l'électeur, le comte d'Arco» qui se faisoit appeler franchement le maréchal d*Areo, commandoit nos troupes jointes à celles de Télecteur en l'absence de ce prince et des maréchaux de France, qui étoit une sorte de réciproque avec eux, et pour les honneurs militaires il les avoit pareils à eux dans ses troupes, et dans les nôtres fort approchant des leurs. On prétendit que les Impériaux eurent en ce combat presque tous leurs généraux et leurs officiers tués ou blessés, six mille morts et huit mille blessés; ce qu'il y a de plus avéré, c'est qu'on n'y perdit guère que mille François et cinq à six cents Bavarois. M. d'Arco présuma trop et se trompa. Les Impériaux passèrent le Danube tout de suite après avoir occupé Donawerth qu'il n'avoit pu tenir, traversèrent le Lech sans lui donner loisir de se reconnoître, l'obligèrent de leur quitter Rhein, où il s'étoit retiré, d'où ils dirigèrent leur marche droit sur Munich. L'électeur, effrayé de cette rapidité, et qui avoit déjà Mariborough en tète, cria au secours. Tallard, qui avoit ordre de s'établir dans le Wiirtemberg, et qui pour cela assiégeoit Yillingen, que nous disons FiUingue, abandonna ce projet et se mit en marche droit vers l'électeur. Il faut ici faire une pause pour ne perdre pas haleine dans les tristes succès d'Allemagne en les racontant tout de suite, et retourner un pen^ arrière avant de reyemc au Banube.
Cependant Overkerke voulut profiter de la foiblesse dans laquéQe le marquis de Bedmar avoit été laissé aux Pays-Bas,
294 BRUGES ET NAMUR RaMBARDÉS. [4704]
Le HûUandois bombarda, dix heures durant, Bruges où il ne fit presque point de dommage, et se retira très-promptement tout au commencement de juillet; et, à la fin du même
mois, il jeta pendant deux jours trois mille bombes dans Namur qui brûlèrent deux magasins de fourrages et coûtèrent à la ville environ cent cinquante mille livres de dommage.
M. de Vendôme assiégea enfin Yerceil. Il le promettoit au
roi depuis longtemps; il y ouvrit la tranchée le 16 juin. La place capitula le 19 juillet, mais Vendôme les voulut prisonniers de guerre. U leur permit seulement les honneurs militaires et de sortir par la brèche au bas de laquelle ils posèrent les armes. Trois mille trois cents hommes sorthrent sous les armes. On trouva dedans tout le nécessaire pour le plus grand siège. Ce fut le prince d'Elbœuf qui apporta cette nouvelle.
M. de Savoie ne cessoit de secourir les fanatiques; le chevalier de Roannais prit une tartane* pleine d*armes et de réfugiés, et en coula une antre à fond, chargée de même. Toutes deux étoient parties de Nice; une troisième, pareillement équipée, échoua et fut prise sur les côtes de Catalogne, que le vent avoit séparée de ces deux. Il y avoit de plus un vaisseau rempli d'armes, de munitions et de ces gens-là qu'on ne put prendre. L'abbé de La Bourlie y étoit embarqué, après être sorti du royaume sans aucun prétexte ni cause de mécontentement. Il s'étoit arrêté longtemps à Genève, puis avoit été trouver M. de Savoie, qui le jugea propre à aller soutenir les fanatiques en Languedoc. Comptant y arriver incessamment, il s*y étoit annoncé en y faisant répandre quantité de libelles très-insolents et très-séditieux, où il prenoit la qualité de chef des mécontents et de l'armée des hauts alliés en France. On surprit aussi de ses lettres à La Bourlie, son frère, qu'il convioit à le venir trouver et se
t.. Les tartanes étaient de grosses bari^ues de pécheurs, qui aUaient à lam^ et à voiles. Biles étaient en usage sur la Méditerranée.
Uiyiiized by
[1704] ABBÉ BE LA BOUBLIfi. 1B5
mettre à la téte de ces braves gens, et les réponses de ce frère , qui temoîgnoient rhorreur qu'il avoit de cette folie. Gelui-ci venoit d'ea faire plus d*uiie : c'étoit un homme d'une grande Takur, mais un brigand , et d'ailleurs intraitable. Il avoit le régiment de Normandie, qu'il quitta étant brigadier pour de fâcheuses affaires qu'il s'y fit, et se retira dans sa province. Quelque temps après il fut volé dans sa maison; il soupçonna un mattre yalet, à qui, de son autorité privée, il fit donner en sa présenge une trèsHrude question.* Cette affaire éclata, en renouvéla d'autres fort vilaines qui s'étoient assoupies. Il lut arrêté et amené à Paris dans la Conciergerie. L*abbé avoit beaucoup de bénéfices, violent et grand débauché, comme LaBourlie. Nous les verrons finir teus deux très^misérablement, Tun en France» Fautre en Angleterre. Ces deux firères fùrent de cruels pendants d'oreilles pour Guiscard, leur aîné, dans sa fortune et sa richesse. Leur père, qui s'appeloit La Bourlie, qui est leur nom , étoit un gentilhomme de valeur qui avoit été à mon père et qui en eut le don de quelques métairies au marais de Blaye, lorsque mon père prit soin de le Mre desséchér. La BeurMe fit fortune; il succéda à Dumont dans la place de sous-gouverneur du roi, et eut après le gouvernement de Sedan. Il conserva toute sa vie de l'attacliement et de la reconnoissance pour mon père. G' étoit aussi un fort galant homme. Guiscard s'en est tov^jôurs souvenu avec moi, avec son cordon bleu, et ses ambassades, ses gouvernements et ses commandements.
Augicourt mourut ayant six mille livres de pension du roi et deux mille sur Tordre de Saint-Louis, sans ce qui ne se savoit pas et qu'on avoit lieu de croire aller haut par son peu de bien et les commodités qu'il se donnoit et avec une cassette toi]gours bien fournie. G'étoit un gentilhomme de Picardie, né sans biens, avec beaucoup >l'esprit, d'adresse, de valeur et de courage d'esprit. M. de Louvois, qui cherchoit à s'attacher des sujets de tête et de main dont il pût se
M6 AUGICOURT PERSONNAGE CURIEUX; [1704]
servir utilement en beaucoup de choses, démêla celui-ci daus les troupes, qui, sans bien, n'espérant pas d'y faire aucune fortune, oonsentit volontiers à quitter scm emploi pour .entrer .chez M. de Louvois. Il n'y Ait pas longtemps sans être employé; il s'acquitta bien de ce dont U étoit chargé, et mérita de l'être d'affaires secrètes et d'autres à la guerre en différentes occasions. Il y fit bien les siennes et parvint à une grande confiance de M. de Louvois, qui le fit connoitre au roî avec qui ces afikires secrètes lui procurèrent divers entretiens poinr lui rendre un compte direct ou recevoir directement ses ordres. La bourse gros^ssoit, mais ce métier subalterne qui ne nienoit pas à une fortune marquée dégoûta à la fin un homme gâté par la confiance d'un aussi principal ministre qu'étoit Louvois et qui se môloit de tout, et par quelque part aussi en celle du roi, et un homme devenu audacieux et né farouche. Après un assez long exercice de ce train de vie , il fut accusé de faire sa cour au roi aux dépens du maître qui le lui avoit produit. Quoi qu'il en soit, M. de Louvois le chassa de chez lui avec édat et s'en plaignit, mais sans rien articuler de particulier, comme du plus ingrat, du plus faux, du plus indigne de tous les hommes.
Augicourt fut aussi réservé en justification que M. de Louvois en accusation. 11 se contenta de dire qu'il l' avoit bien servi, m^s qu'il n'y avoit plus moyen de durer avec lui. Le roi ne se mêla point du tout de cette rupture, mais il continua toujours de le voir en particulier et de s'en servir en plusieurs choses seccètes. Il ne lui prescrivit rien à l'égard de Louvois, le laissa paroître publiquement à la cour et partout, lui augmenta de temps en temps ses bienfaits pubfiquement, mais par mesure. En secret, il lui donnoit gros souvent, lui faisoit toutes les petites grâces qu'il lui pouvoit faire, et assez volontiers à ceux pour qui il les demandoit. Outre les audiences secrètes , Augicourt parloit au roi trèssouvent et longtemps, allant à la messe ou chez Mme de