BATAILLE D*HOCHSTEDT
delà seconde pour aller ou pour soutenir la charge, ceux de la première pour se rallier derrière la seconde ; quant, à rinfanterie, vingt-six bataillons dans Bleinheim y laissèrent un grand vide, non en espace, car on nvoit rapproçhé les bataiUixis restés en ligne, mais en front et en force. Les Anglois qui s'aperçurent bientôt de Tayantage que leur procuroit ce manque d'infanterie, et du désordre extrême du ralliement de la cavaU-rie de notre droite, en surent proliter sur-le-champ, avec la facilité de geas qui se manioient aisément dans la vaste étendue d'un bas terrain^ Ils redoublèrent les charges, et pour le dire en un mot, ils défirent toute cette armée v dès cette première charge, si mal soutenue par les nôtres que la fermeté de plusieurs régiments qui çà , qui là , ni la valeur et le dépit des officiers généraux et particuliers ne purent jamais rétablir. L'armée de Félec^ teur, entièrement découverte, et prise en flauc par les mêmes Ânglois, s*ébraala à son tour. Quelque valeur que témoignassent les Bavarois , quelque prodige que ftt Téleoteur, rien ne put remédier à cet ébranlement , mais la résistance au moins y fut grande. Ainsi l'armée de Tallard battue et enfoncée dans le.plus grand désordre du monde, celle. d^ rélecteur soutenant avec vigueur, mais ne pouvaiit résister par devant et par le flanc tout à la fois, l'une en fuite, l'autre en retraite, celle de Marsin chargeant et gagnant sur le prince Eugène, fut un spectacle qui se présenta tout à la fois, pendant lequel le prince Eugène crut plus d'une fois la bataille fort hasardée pour eux. £n môme temps ceux de Bleinheim vigoureusment attaqués, non-seulement surent se défend]:e, mais poursuivre par deux fois les ennemis fort loin dans la plaine, après les avoir repoussés, lorsque Tallard, voyant son armée défaite, en fuite, poussa à Bleinheim pour en retirer les troupes avec le plus d'ordre qu'il pourroit, et tâcher d'en faire quelque usage, U en étoit d'autant plus en pçine, qu'il leur avoit très-expressément d^endu de le quitter, et d'en laisser sortir un seul homme
308 BATAILLE D'fiOGHSTEDT. [170^]
quoi qu'il put arriver. Comme il y poussoit à toute bride avec Silly et un gentilhomme à lui, tous trois seuls» il fut reconnu, environné, et tous trois pris.
Pendant tous ces désordres , Hansac étoit dans Bleinheim, qui ne savoît ce qu*étoit devenu Glérembault, disparu depuis plus de deux heures. C*est que, de peur d'être tué, il étoit allé se noyer dans le Danube. Il espéroit le passer à la nage sur son cheval, avec son valet sur un autre, apparemment pour se faire ermite après; le valet passa et lui y demeura. Blansac donc, sur qui le commandement rouloit en Tabsence de Glérembault qui ne parotssoit plus sans que personne sût ce qu'il étoit devenu , se trouva fort en peine de l'extrême désordre qu'il voyoil et entendoit, et de ne recevoir aucun ordre du maréchal de Tallard. L'éparpillement que cause une confusion générale fit que Yalsemé, maréchal de camp, et dans la gendarmerie, passa tout près du village, en lieu où Blansac le reconnut; il cria après lui, y courut et le pria de vouloir bien aller chercher Tallard, et lui demander ce qu'il lui ordonnoit de faire et de devenir. Yalsemé y fut très-franchement, mais en l'allant chercher il fut pris; ainsi Blansac demeura sans ôu'ir parler d'aucun ordre ni d*aucun supérieur. Je ne dirai ici que ce que Blansac allégua pour une justification qui fut également mal reçue du roi et du public, mais qui n'eut point de contradicteurs , parce que personne ne fut témoin de ce qui se passa à Bleinheim que ceux qui y avoient été mis, que les principaux s'accordèrent à un même plaidoyer, et que la voix de ces vieux piliers de bataillons qui pei ça ne fît pourtant pas une relation suivie, sur laquelle on put entièrement compter, mais qui fut assez forte pour accabler à la cour, et dans le public, les officiers principaux à qui ils ftirent obligés d'obéir. Geux-là donc, au milieu de cies peines et livrés à- eux-mêmes, s'aperçurent que la poudre commençoit à manquer, que leurs charrettes composées s'en étoient allées doucement, sans demander congé k personne, que quelques
[ilOk] BATAILLE D*HOGHSTEDT. 909
soldats en avoient pris l'alai me et commençoieiit à la communiquer à d'autres, lorsqu'ils virent revenir Denonville, qui avoit été pris à cette grande attaque du village dont j'ai parlé» et qui étoit accompagné d'un officier qui, le mouchoir en l'air, demandoit à parler sur parole.
Denonville étoit un jeune homme, alors fort beau et bien fait, fils aîné du sous-gouverneur de Mgr le duc de Bourgogne, et colonel du régiment Royal -infanterie, que la fiiTeur de ce prince un peu tn^ déclarée avoit rendu présomptueux et quelquefois audadeux. Au lieu de parler, au moins en particulier à Blansac et aux autres officiers principaux , puisqu'il avoit fait la folie de se charger d'une mission si étrange, Denonville, dis-je, qui avoit de l'esprit, du jargon, et grande opinion de lui-môme, 3e mit à iiaranguer les troupes qui bordoient le village pour leur persuader de se rendre prisonniers de guerre, pour se conserver pour le service du roi. Blansac , qui vit l'ébranlement que ce discours causoit dans les troupes , le fit taire avec la dureté que son propos méritoit , le fit retirer et se mit à haranguer au contraire; mais Timpression étoit faite, il ne tira d'acclamations que du seul régiment de Navarre , tout le reste demeura dans un triste sUence. J'avertis toujours que c'est d'après Blansac que je parie.
Quelque peu de temps après que Denonville et son adjoint furent retournés aux ennemis, revint de leur part un milord, qui demanda à parler au commandant sur parole. 11 fut conduit à Blansac, auquel il dit que le duc de M^rlborough lui mandoit qu'il étoit là avec quarante bataillons et soixante pièces de canon, maître d'y faire venir de plus tout ce qu'il voudroit de troupes ; qu'il commençoit à l'environner de toutes parts; que le village n'avoit plus rien derrière soi pour le soutenir; que l'armée de Tallard étoit en fuite, et ce qui restoit ensemble de celle de l'électeur étoit en marche pour se retirer; que Tallard même et force officiers généraux étoient pris; que Hlansae n'avoit aucun secours ^
ZiÙ BATAILLE D'HOCHSTEDT. [i704]
espérer; qu'il feroit donc mieux d'accepter une capitulation, en se rendant tous prisonniers de guerre, que de faire périr tmt de braves gens et de sî bonnes troupes de part et d'autre, puisqu*à la fin il faudroit bieh que le plus petit nombre fût accablé par le plus grand. Clansac voulut le renvoyer tout court; mais sur ce que TAnglois le pressa de s^avancer avec lui sinr parole jusqu'à ideux cents pas de son village pour voir de ses yeux la vérité de la défaite de l'armée électorale, de sa retraite et des préparatifs pour l'attaquer, Blansac y consentit. 11 prit avec lui llauteleuille, mestre de camp général des dragons, et ils s'avancèrent avec ce milord. Leur consternation fut grande lorsque par leurs yeux ils ne purent douter de la vérité de tout ce que cet Anglois venoit de leur dire. Ramenés' par lui dans Bléinheim , Blansac assembla les officiers principaux à qui il rendit compte de la proposition qui leur étoit faite, et de ce que, par ses propres yeux et ceux d'Hautefeuille, il venoit de voir. Tous oompriràit combien affreuse seroit pour eux la première inspection de leur reddition prisonniers de guerre; mais, tout bien considéré, celle de leur- situation les fîrappa davantage, et ils conclurent tous à accepter la proposition qui leur étoit faite, en prenant les précautions qu'ils purent pour conserver au roi ces vingt-six bataillons et les douze escadrons: de dragons, par échange ou par rançon, pour leur traitement et leurs traites. Cette horrible capitulation fut donc tout aussitôt jetée sur le papier et signée de Blansac, des ofliciers généraux et de tous les chefs de corps, hors de celui, je crois, de Navarre, qui fut le seul qui refusa, et tout aussitôt exécutée. '
Cependant Marsin , qui avoit toujours non-seulément Soutenu mais repoussé le prince Eugène avec avantage , averti de la déroute de l'armée de Tallard et d'une p^rande partie de celle de l'électeur, découverte et entraînée par l'autre, ne songea plus qu'à profiter de l'intégrité de la sienne pour faire une retraite et recueillir tout ce qu'il ponrroit de ses
Uiyitized by
[f704] ttATAILLE D*HOCHSTEAT. ail
débris, et il Texécuta sans être poursuivi. Marlborough lui-même étoit surpris d*un si prodigieux bonheur, le prince Eugène lie le pouvoit comprendre, le prince Louis de Bade, à qui ils le mandèrent, ne se le pouvoiit persuader, et ftit outré de n*y avoir point eu de part. Il leva, suivant leur avis, le siège d'Ingolstadt qui, après un événement aussi con^plet ne se pouvoit soutenir et tomberoit de soÎHOQéme. Vélecteur fut presque le seul à qui la tète ne tourna point, et qui proposa peut-être le seul bon parti à prendre : c'étoit de se maintenir dans son pays à la faveur des postes et des subsistances commodes et abondantes. On sentit trop tard la faute de ne l'avoir pas cru. Son pays, livré à soi-même et soutenu de peu de ses troupes, se soutint tout l'hiver contre toutes les forces impériales. Mais notre sort n'étoit pas de faire des pertes à demi, Télecteur ne put être écouté; on ne . songea qu'à se retirer sur l'armée du maréchal de Villeroy et à la joindre. Les ennemis n'y apportèrent pas le moindre obstacle, ravis de voir prendre à nos armées un parti d'abandon auquel , après leur victoire, ils auroient eu peine à les forcer. Cette jonction se fit donc, si Afférente des précédentes, le 25 août, à Doneschîngen, où Tannée du maréchal de Villeroy s'étoit avancée. Chamarande y amena tout ce qu'il avoit été ramasser à Augsbuurg, Ulm, etc., et Marsin ne ramena pas plus de deux mille cinq cents soldats et autant de cavaliers, dont dix-huit cents démontés, de Tannée de Tallard, qui perdit trente-sept bataillons, savoir : les vinglHsix qui se rendirent prisonniers de guerre à Bleinheim, et onze tués et mis en pièces; la gendarmerie en particulier, et en général presque toute la cavalerie de Tallard fut accusée d'avoir très-mal fait. Ils tirèrent au lieu de charger l'épée à la main, ce que fit la cavalerie ennemie, qui avoit auparavant coutume de tirer; ainsi l'une et l'autre changea son usage et prit celui de son ennemi, qui fut une chose très-fatale. Enfin nos armées arrivèrent, le dernier août, sous le fort de Kehl, au bout