‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 145 sur 209 · ÉLECTEUR DE BAVIÈRE A BRUXELLES · texte numérisé non relu

ÉLECTEUR DE BAVIÈRE A BRUXELLES

du pont de Strasbourg, et le prince Eugène dans ses lignes

de Stollhofen, faisant contenance de vouloir passer le Rhin.

L'électeur passa de sa personne de Strasbourg à Metz, d*t>ù il gagna Bruxelles, tout droit comme il put. Il auroit fort voulu aller voir le roi, mais cette triste entrevue ne fut pas du goût de Sa Majesté , quoique ce prince, dans l'inter» valle de la bataille à son passage du Rhin, eût refusé des propositions fort avantageuses, s*il avoit voulu abandonner son alliance. Il vit l'électrice et ses enfants en passant 4 Ulm , leur donna ses instructions avec beaucoup de courage et de sang-froid , et les renvoya à Munich pour s'y soutenir, avec ce qu*il laissoit de ses troupes, le plus longtemps qu'il seroit possible. Blainville, Zurlauben, lieutenants généraux, furent tués et beaucoup d'autres, les prisonniers furent infinis. Labaume, fils aîné de Tallard, survécut peu de jours à sa blessure. Le duc de Marlborough, qui avoit tout fait avec son armée, garda le maréchal de Tallard et les officiers les plus distingués qu'il envoya à Hanau , jusqu'à ce qu'il fût temps pour lui de passer en Angleterre, pour en orner son triomphe. De tous les autres, il en donna la moitié au prince Eugène. Ce fut pour eux une grande difiBârence. Gelui-d les traita durement; le duc de Marlborough avec tous les égards, les complaisances, les po* litesses les plus prévenantes en tout, et une modestie peut-être supérieure à sa victoire. Il eut soin que ce traitement fût toi^ours le même jusqu'à leur passage avec lui, et le commun des prisonniers qu'il se réserva reçut par ses ordres tous les ménagements et toutes les douceurs possibles.

Le roi reçut cette cruelle nouvelle le 21 août par un courrier du maréchal de Yiileroy, à qui les troupes laissées par le prince fiugène sous le comte de Nassau-Weilbourg dans leurs lignes de Stollhôfen, envoyèrent un trompette, avec des lettres de plusieurs de nos officiers prisonniers à qui on avoit permis de donner de leurs nouvelles à leurs familles.

[1704] OBSCURITÉ DES NOUVELLES D'ALLÎBlfAGNE. 313

Par ce courrier, le roi apprit que la bataille donnée le 13 avoit duré depuis huit heures du matin jusque vers le soir; que Tannée entière de Tallard étoit tuée ou prise ; qu'on ne savoit ce que ce maréchal étoit devenu; aucune lettre ne le disoit, m n*eq)liquoit si Télecteur et le maréchal de Marsin avoientété à Taction. Il y en avoit de Blansac, de Hautefeuille de Montpéroux , du chevalier de Croissy et de Denonville, mais sans aucun détail, et de gens éperdus. Dans cette terrible inquiétude, le roi ouvrit ces lettres, il trouva quel-^ . que chose de plus dans celle de Montpéroux, mais pourtant sans détafl : il écrivoit à sa femme, qu'il appeloit sa chère petite Palatine. Quand le roi, longtemps après , fut édairci, il demanda au maréchal de Boufflers ce que c'étoit que ce petit nom de tendresse dont il n' avoit jamais oui parler. Le maréchal lui apprit que le nom propre de Montpéroux étoit Palatin de Dio. Il auroit pu igouter que Palatin étoit un titre fiunilier dans ces provinces de Bourgogne et voisines, resté en nom propre après avoir été des concessions des empereurs; ainsi c'étoit palatin, ou sous un titre plus éminent, seigneur de ûio.

Le roi demeura six jours dans cette situation violente de savoir tout perdu en Bavière, et d'ignorer le comment. Le peu de gens dont il arriva des lettres se contentoient de mander de leurs propres nouvelles, tout au plus de quelques amis. Personne n'étoit pressé de raconter le désastre. On craignoit pour ses lettres, et on n'osoit s'y expliquer sur les choses ni sur les personnes. Marsin, tout occupé de sa retraite, sè contènta de donner de ses nouvdles au maré^ chai de YiHeroy, uniquement relatives à cet objet. L'électeur, outré de ses pertes et de la contradiction qu'il avoit trouvée à son avis de demeurer dans son pays, n'écrivit au roi que deux mots de respect et de fermeté dans son alliance, m passant le Rhin; tellement qu'on n'apprenoit rien que par lambeaux, et rares et médiocres, qui ne faisoieut qu'augmenter Tinquiétude sur la chose générale et

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314 SILLY VIENT RENDRE COMPTE AU ROI [i704]

sur le sort des particuliers. La cruelle capitulation de Bleinheim fut pourtant démêlée la première, par deux mots qui s*6n trouvèrent dans les lettres de Denonville, de filansac et d*Hautefeuille. D'autres officiers particuliers s'échappèrent sans détail contre la gendarmerie et contre quelques officiers géiiéraux, parmi lesquels le comte de iloucy n'étoit pas bien traité, et qui relevoient amèrement sa contusion si lôngueihent pansée, si fort dans les derrières, pendant tout l'effort de la bataille de la Marsaille où il ne parut plus. Lui et Blansac son frère étoient fils de la sœur bien-aimée de M. le maréchal de Lorges. Ils avoient passé leur vie chez lui comme ses enfants. M. de La Rochefoucauld , aîné de leur maison, les traitoit, aux secours près , de même. Leurs femmes, avec qui je vivois fort, m'envoyèrent chercher partout, et me conjurèrent de voir Ghamillart sur-le-champ pour obtenir de lui tout ce qu'il pourroit auprès du roi en leur faveur. Je le fis si efficacement qu'il leur sauva des choses fâcheuses.

Le roi', jusque par lui-même cherchoit des nouvelles, il en demandoit, il se faisoit apporta ce qui arrivoit de la poste, et il n'y arrivoit rien, ou presque rien qui l'instruisît; on mettoit bout à bout ce que chacun savoit pour en faire un tout qui ne contentoit guère. Le roi ni personne ne comprenoit point une armée entière placée dedans et autour d'un village, et cette armée rendue prisonnière de guerre par une capitulation signée. La tête en tburnoît. Enfin les détails grossissant peu à peu, qui d'une lettre, qui d'une autre, arriva Silly à TÉtang, le matin du 29 août. Ghamillart Tamena à Meudon où le roi étoit , qui s'enferma longtemps avec eux aVant son diner. Tallard, avec qui il fut pris, obtint du duc de Marlborough la permission de l'envoyer au roi lui rendre compte de son malheur, avec parole qu'il reviendroit incontinent après où il lui ordonneroit de se rendre. Comme il n'apprit rien que je n'aie raconté ici, il servira quelques moments à faire une assez

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