‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 152 sur 209 · MORT DU DUC D£ MONTFORT · texte numérisé non relu

MORT DU DUC D£ MONTFORT

grands sentiments de piété et de regret de sa vie passée, et d'arriver au quartier général, où il mourut presque aus- * sitôt après.

>I1 n'avoit pas encore trente-cinq ans, et en avoit cinq plus que moi. Beaucoup d'esprit, un savoir agréable, des grâces naturelles qui réparoient une figure un peu courte et entassée, et un visage que les blessures avoient balafré ; une valeur qui se pouvoit dire excessive, une grande application et beaucoup de talents pour la guerre, avec l'équité, la liberté, le langage fait pour plaire aux troupes et à Tofiicier, et avec cela à s*en faire respecter; une grande ambition, mais, par un mérite rare, toujours retenue dans les bornes de la probité. Un air ouvert et gai, des mœurs douces et liantes, une vérité, une sûreté à toute épreuve, jointe à une vraie simplicité, formoient en lui le caractère le plus aimable et un commerce délicieux ; avec cela sensible à Tamitié et trèsfidèle, mais fort choisi dans ses amis, et le nieilleur iils, le meilleur mari, le meilleur frère et le meilleur maître du monde, adoré dans sa compagnie des chevau-légers, ami intime de Tallard et de Marsin, fort de M. le prince de Conti, qui l'avoit fort connu chez feu M. de Luxembourg, qui l'aimoit comme son fils; ami particulier de M. le duc d'Orléans, et si parfaitement bien avec M. le duc de Bourgogne, qu*îl en devenoit déjà considérable à la cour. Monseigneur aussi le traitoit avec amitié, et le roi se plaisoit à lui parler et à le distinguer en tout, tellement qui! étoit compté à la cour fort au-dessus de son âge, et n'en étoit pas moins bien avec ses contemporains, dont ses manières émoussoient l'envie. Une éducation beaucoup trop resserrée, et trop longtemps, l'avoit jeté d*abord dans un grand libertinage, l'avoit écarté de cette assiduité qui étoit d'un si grand mérite auprès du roi, et avoit étrangement gâté ses affaires. Il revenoit depuis quelque temps d'un égarement si commun, et ce retour lui avoit tourné à grand mérite auprès du roi. Ma liaison intime avec le duc de Gbevreuse, son

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père, et M. de Beauvilliers, avoit formé la mienne avec lui. Une certaine ressemblance de goûts, d'inclinations, d'ayer-

sions, de vues et de manières de penser et d'être, l'avoit resserrée jusqu'à la plus grande intimité, en sorte que pour le sérieux nous n'avions rien de caché l'un pour l'autre. L'habitation continuelle de la cour nona faisoit fort vivre ensemble. Sa femme et Mme de Lévi, sa sœur, étoient amies intimes de Mme de Saint-Simon, que Mmes de Ghevreuse et de Beauvilliers traitoient comme leur fille. En absence nous nous écrivions continuellement. Sa perte fut aussi pour moi de la dernière amertume, et tous les Jours de ma vie je l'ai sentie depuis tant d'années. On peut juger quelle fut la douleur de sa famille, n ne laissa que des enfants tout enûints. Sa charge fut donnée à son frère, le vidame d'Amiens,. qui est parvenu depuis à tout.

La mort du comte de Verue, tué à cette funeste bataille, 4égrilla sa femme, qu'il tenoit dans un couvent à Paris, depuis qu'elle y étoit revenue d'entre les bras de M. de Savoie, comme je l'ai raconté en son lieu, et lui donna toute liberté. Elle reviendra en son temps sur la scène. Verue ne laissa qu'un fils d'elle, qui le survécut peu, et des lilles religieuses. Sa charge de commissaire général de la cavalerie, qu'il venoit d'acheter du maréchal de Yillars, fut donnée à La Vallière, prisonnier d'Hodistedt , et ce choix fit fort crier.

Le roi ne lut pas longtemps dans la douleur du désastre d'Hochstedtsans recevoir quelque consolation, médiocre pour l'État, mais sensible à son cœur. Le comte de J'oulouse, qui ne ressembloit en quoi que ce pût être au duc du Maine son frère, avoit souffert hnpatiemment d'avoir consumé sa première campagne d'amiral à se promener sur la Méditerranée, sans oser prêter le collet aux flottes ennemies trop fortes pour la sienne. Il en avoit donc obtenu une cette année, avec laquelle il pùt se mesurer avec celle qui, ayant hiverné à Lisbonne, tenoit la mer sous l'amiral Aooice, en

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