‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 155 sur 209 · INTRIGUES DE MARIAGE · texte numérisé non relu

INTRIGUES DE MARIAGE

étoit fille aînée de la maréchale de Navailles, dont la mère, Mme de Neuillant, avoit recueilli Mme de Maintenon à son retour des Iles de l'Amérique, Tavoit gardée, nourrie et entretenue chez elle par charité, et pour s'en défaire Tavoit mariée à Scarron.

Mme de Navailles, dont le mari [fut] domestique et le plus fidèle confident de Mazarin jusque dans les temps les plus calamiteux de sa vie , avoit été dame d'honneur de la reine à son mariage; elle en avoit été chassée par le roi et avoit coûté à son mari la charge de capitaine des chevau-léger» de la garde et le gouvernement du Havre-de-Grftce, pour avoir fait trouver au roi un mur au lieu d'une porte, par laquelle il entroit secrètement la nuit dans la chambre des filles de la reine. Les deux reines avoient été outrées de leur malheur, et la reine mère obtint en mourant leur rappel de leur exil en leur gouvernement de la Rochelle. Quoique le roi n*eût jamais bien pardonné ce trait à Mme de Navailles, qu'elle vînt très-rarement et très-courtement à la cour, le roi, surtout depuis sa dévotion , n'avoit pu lui refuser son estime et des distinctions qui la marquoient.

Sous ses auspices, Mme d'Elbœuf sa ûUe s'introduisit à la cour. Avec un air brusque et de peu d'esprit et de réflexion, elle se trouva très-propre au manège et à l'intrigue. Elle trouva moyen de faire que Mme de Maintenon se piquât d'honneur et de souvenir de Mme de Neuillant, et le roi de considération pour feu M. et Mme de Navailles. La princesse d'Harcourt rompit des glacer auprès de Mme de Maintenon; M. le Grand s'intéressa auprès du roi ; Mlle de lâslebonne et Mme d'Espinoy l'appuyèrent partout (car rien n'est pareil au soutien que toute cette maison se prête); Mme d'Elbœuf joua, fut à Marly, à Meudon, s'ancra, vit Mme de Maintenon quelquefois en privance, mena sa fille, belle et bien faite, à la cour, qui fut bientôt de tout avec Mme la duchesse de Bourgogne. Elle y entra si avant et tellement encore dans le gros jeu , où elle avoit embarqué Mme la duchesse de Bour-

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gogne avec elle en beaucoup de dettes que, soit ordre, comme on le crut, soit sagesse de la mère, elle étoit avec sa âlle dans ses terres de Saintonge depuis plus de huit mois, et o*en revinrent que pour trouver M. de Mantoue à Paris. G'étoit Mlle d*Elbœuf que H. de Vaudemont vouloit lui. donner, et dont il lui avoit parlé dèsTItalie, et pour elle que toute la maison de Lorraine faisoit les derniers efforts.

M. le Prince avoit une lille dont il ne savoit comment se défaire, enrichie des immenses biens de Maillé-Brézé , des connétaMes de Montmorency, sa mère et sa grand*mère héritières; il avcHt ouUié la fille de La Trémoille et Théritière de Roye dont il étoit sorti , et tous les autres mariages de seigneurs et de leurs filles faits par les diverses branches de Bourbon. Quelque grandement honorables qu'en fussent les alliances directes, elles étoient devenues si onéreuses pour les biens , et si fâcheuses dans les suites par les procédés, qu'il y avoit pour elles maintenant aussi peu d'empressement dans la première noblesse que de dédains nouveaux dans les princes du sang , ce qui rendoit leurs enfants difficiles à marier, surtout les filles. Outre que M. de Mantoue parut un débauché pour sa fille à M. le Prince, il avoit des prétentions sur le Montferrat pour une grosse créance sur la succession de la reine Marie de Gonzague *, tante maternelle de Mme la Princesse , dont toute son industrie n'avoit jamais pu rien tirer depuis tant d'années, ballotté sans cesse entre la Pologne et la maison de Gonzague. U espéroit donc se procurer le payem^t de cette dette de façon ou d'autre par sa fille devenant duchesse de Mantoue, si elle avoit des enfants, ou, si elle n'en avoil point, d'ajouter sa dot et ses droits à sa créance, et, par l'appui de la France , mettre le Montferrat dans sa maison. U expliqua au roi ses vues et son dessein, qui lui permit de les suivre et qui lui promit de Ty servir de toute sa protection.

1. Marie de Gonzugue. et non Mme do Gonzague, comme oa lit daas les précé lenles éditions, avait été reine de Pologne.

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