‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 154 sur 209 · MALGRÉ LE GOMT£ D£ TOULOUSE · texte numérisé non relu

MALGRÉ LE GOMT£ D£ TOULOUSE

de raison, comme faisoit à la cour la confiance que Mme de Mainteiion et le roi avoient prise en lui. Uoracle prononcé, le maréchal de Cœuvres le confirma malgré lui et ses lumières » et chacun se retira à son bord consterné, le comte dans sa chambre outré de la plus vive douleur. Ils ne tardérent pas à apprendre avec certitude que c'en étoit fait de la flotte ennemie sMls Teussent attaquée ; et tout de suite de Gibraltar, qu'ils auroient trouvé dans le même état qu'il avoit été abandonné. Le comte de Toulouse acquit un grand honneur en tout genre en cette canipagne , et son plat gouverneur y en p«rdit peu, parce qu'il n'en avoit guère à perdre. Le comte, mouOlé devant Malaga, reçut dans son bord la visite de Yilladarias, qui obtint de lui tout ce qu'il lui demanda pour le siège de Gibraltar. On mit à terre trois mille hommes, cinquante pièces de gros canon, et généralement tout le nécessaire pour ce siège, .et Pointis fut détaché avec dix vaisseaux et. quelques frégates devant Gibraltar, pour servir de maréchal de camp aussi au siège, comme étant chef d'escadre. Tous ces ordres exécutés, le comte et sa flotte appareillèrent pour Toulon.

Ghâteauneuf , qui avoit été ambassadeur en Portugal , et qui, dqiuis la rupture, s'étoit par ordre du roi arrêté à Madrid, venoit d'arriver à Paris. C'était un Savoyard qui, en l'autre guerre, avoit quitté son maître, et avoit été fait premier président du sénat de Chambéry par le roi, et depuis la paix, fait conseiller au parlement, et envoyé ambassadeur h Gonstantinople , où il avoit très-bien fait les a£Gûres du roi. Lui et l'abbé son frère, qu'on a vu en son temps envoyé pour rectifier les foutes de Tabbé de Polignac en Pologne, étoient gens de lettres, d'infiniment d'esprit et de beaucoup d'agrément. Châteauneuf savoît se manier et s'étoit mis fort avant dans la confiance de la princesse des Ursins, à qui il ne fut pas inutile.

Sur ses pas arriva Orry. Le roi ne voulut pas le voir et fut au moment de lui faire faire son procès et de le faire pendre.

332 ORRT ARRIVE D'ESPAGNE. [1704]

Il le méritoit bien, mais la chose auroit trop porté contre Mme des l'rsins, et Mme de Maintenon fui doucement à la parade. Aubigny, resté à Madrid T agent intime de sa maîtresse, eut en ce temps-ci deux mille ducats de pension , malgré Tépuisement des- finances, et une maison dans Madrid, aux dépens du roi. La reine ne cessoit d'intercéder de toutes ses forces que la princesse des Ursins fût écoutée à Versailles et lui fût après rendue. Outrée des refus, elle se prit au duc de fierwick comme à l'auteur de la disgrâce d'Orry, par les plaintes qu'il en avoit faites, quoique dès auparavant Puységur eût vérifié et découvert au roi sa turpitude et son crime. Elle demanda si instamment le rappel de Berwick , que , pour ne la pas désespérer sur tout , on le lui accorda, et le liant, l'accort Tessé, malade ou sain suivant sa basse politique, fut nommé pour lui succéder. Harcourt et Mme de Maintenon savdent bien ce qu'ils faisoient en procurant ce choix, bien moins utile aux armes que propre à leurs desseins pour le gouvernement et le cabinet.

Le duc de Mantoue étoit toujours à Paris. La raison principale qui l'y avoit attiré étoit, comme je l'ai r^arqué, d'y épouser une Françoise , et qu'elle lui vtnt de la main du roi, toutefois à son gré. Cette vue n'étoit pas cachée. M. de Yaudemont étoit trop son voisin et trop bien informé pour l'ignorer, trop avisé et trop touché de l'intérêt de la maison de Lorraine pour ne pas sentir l'importance de lui faire épouser une princesse de cette maison, qui après sa mort prétendoit le Montferrat. Si ce mariage lui donnoit des enfants, encore valoit-il mieux pour eux qu'ils fussent d'une Lorraine, qui cependant seroit très-dignement mariée, et longtemps veuve par la disproportion d'âge de sa belle-sœur [avec le mari] qu'il lui destinoit, pourroit pendant le mariage prendre de l'ascendant sur ce vieux mari, et veuve, sur ses enfants et sur le pays parla tutelle, et faire compter avec soi le roi même par rapport aux affaires d'Italie. Mme d'Elbœuf, troisième femme et veuve alors du duc d'EllxEuf,

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