‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 168 sur 209 · MAUL£YRI£R VOIT LA PR1NC£SS£ D£S URSINS · texte numérisé non relu

MAUL£YRI£R VOIT LA PR1NC£SS£ D£S URSINS

Haintenon sut doueement appuyer, et lui permit de passer à Toulouse. Tessé y demeura trois jours ; il n*y perdit pas

son temps. Ce premier rayon de retour de considération lui donna une grande joie et lui rendit Tessé infiniment agréable. Il se livra à eUe pour tout ce qu'elle pourroit souhaiter pour les deux cours. Il partit de Toulouse chargé de ses lettres et de ses ordres pour Madrid, où ea arriTaat, c'est-à-dire le lendemain qu'il eut fait la première révérence au roi et à la reine, il fut fait grand d'Espagne de la première classe. Il dépêcha un courrier au roi pour lui demander la permission d'accepter cette grande grâce, qui la lui accorda aussitôt. Tel fut le lien qui les unit, BIme des Ursins et lui, intimement pour tout le reste de leur vie. En même temps le roi d'Espagne envoya au comte de Toulouse une Toison d'or de diamants admirable, et le collier de cet ordre qu'il reçut, à son retour à Versailles, des mains de M. le duc de Berry, dans la chambre de ce prince, et son portrait avec des diamants au maréchal de Ckeuvres.

Un frère de M. de Guéméné mourut en ce temps-ci. Il se faisoit appeler le prince de Montauban. C'étoit un homme obscur et débauché que personne ne voyoit jamais, et qui pour vivre avoit épousé la veuve de Rannes, tué heutenant général et mestre de camp général des dragons, laipielle étoit Bautru, sœur du chevalier de Nogent, et de Nogent, tué au passage du Rhin, beau-frère de M. de Lauzun. On a vu (t. II, p. 157) comment Monsieur escroqua au roi un tabouret pour elle. G'étoit une bossue, tout de travers, fort laide, pleine de blanc, de rouge et de filets bleus pour marquer les veines, de mouches, de parures et d'affiquets, quoique déjà vieille, qu'elle a conservés jusqu'à plus de quatre-vingts ans qu'elle est morte. Rien de si effronté, de si débordé, de si avare, de si étrangement méchant que cette espèce de monstre, avec beaucoup d'esprit et du plus mauvais, et toutefois de l'agrément quand elle vouloit plaire. EUe étoit toujours à Saint-Gloud et au Pjilais-Royal quand

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Monsieur y étoit, à qui on reprochoit de l'y soufiîrir, quoique sa cour ne fût pas délicate sur la vertu. Elle n'approchoit point de la cour, et personne de quelque sorte de maintien ne lui vouloit parler quand rarement on la rencontroit. Elle pasaoit sa vie au gros jeu et en débauches, qui lui coûloient beaucoup d'argent. A la fin Monsieur fit tant que, sous prétexte de jeu, il obtint un voyage de Marly. Les Rohan, c'està-dire alors Mme de Soubise, Fy voyant parvenue, la soutiut de son crédit; elle joua, fit cent bassesses à tout ce qui la pouvoit aider, s*ancra à force d'esprit, d*art et de hardiesse. Le jeu l'appuya beaucoup. Son jargon à Marly amusa Mme la duchesse de Bourgogne; la princesse d'Harcourt la protégea chez Mme de Maintenon, qu'efle vit quelquefois. Le roi la faisoit causer quelquefois aussi à table ; en un mot , elle fut de tous les Marlys et bien que l'horreur de tout le monde , il n'y en eut plus que pour elle , en continuant la licence .de sa vie, ne la cachant pas, et sans se donner la peine du mérite des repenties. EUe survécut le roi , tira gros de M. le duc d'Orléans, quoiqu'il la méprisât parfaitement, et mourut tout comme elle avoit vécu. Elle avoit un fils de son premier mari qui servoit et qu'elle traitoit fort mal, et une ûlle du second qu'elle avoit faite religieuse.

Je perdis un ami avec qui j'avois été élevé, qui étoit un très-galant homme, et qui promettoit fort : c*étoit le fils unique du comte de Grignan et de cette Mme de Grignan si adorée dans les lettres de Mme de Sévigné, sa mère, dont cette éternelle répétition est tout le défaut. Le comte de Grignan, chevalier de l'ordre en 1688, s' étoit ruiné à commande en Provence, dont il étoit seul lieutenant général, ils marièrent donc leur fils à la âlle d'un fermier général fort riche. Mme de Grignan, en la présentant au monde, en faisoit ses excuses; et avec ses minauderies, en radoucissant ses petits yeux, disoit qu'il falioit bien de temps en temps du fumier sur les meilleures terres. Elle se savoit un gré infini de ce bon mot, qu'avec raison chacun trouva imperti-

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