‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 169 sur 209 · MORT DU FILS DU COMTE D£ GRIGNAN · texte numérisé non relu

MORT DU FILS DU COMTE D£ GRIGNAN

nent, quand on à ftdt un mariage, et le dire entre bas et

haut devant sa belle-fille. Saint-Amant, son père, qui se prêtoità tout pour leurs dettes, l'apprit enfin, et s'en trouva si oi&nsé qu'il ferma le robinet. Sa pauvre fille n'en fut pas mieux traitée; mais cda ne dura pas longtemps. Son mari, qui s*étoit fort distingué à la bataille d*Hochstedt, mourut, au commencement d'octobre, à Thionville; on dit que ce fut de la petite vérole. Il avoit un régiment, étoit brigadier et sur le point d'avancer. Sa veuve, qui n'eut point d'enfants, étoit une sainte, mais la plus triste et la plus silencieuse que je vis jamais. Elle s'enferma dans sa maison, où elle passa le reste de sa vie, peut-être une vingtaine d'années, sans en sortir que pour aller à l'église et sans voir qui que ce fût.

Goigny, dont j'ai assez parlé pour n'avoir plus rien à en dire, avoit passé le Rhin avec son corps destiné sur la Moselle, lorsque le maréchal de YOleroy le passa après le malheur d'Hochstedt, et nos armées prêtes à rentrer en Alsace. Il fut renvoyé avec son corps sur la Moselle. Il n'avoit pu se consoler de n'avoir pas compris l'énigme de Ghamillart, et d'avoir» sans le savoir, refusé le b&ton en refusant d'aller en Bavière. Marsin l'avoit eu en sa place. Depuia l'hiver que Ghamillart lui avoit achevé de dévoiler un mystère que le bciton de Marsin, déclaré à son arrivée en Bavière, lui avoit suffisamment révélé, il ne fit plus que tomber. Le chemin où il étoit, > et l'espérance d'y revenir ne le put soutenir contre l'amertume de sa (douleur. B avoit déjà de l'âge, n mourut sur la Moselle au commencement d'octobre, à la tète de ce petit corps qu'il y commandoit. Son fils fut plus heureux, et son petit-fils aussi, à qui on voit maintenant une si brillante fortune.

Précisément en même temps inourut aussi M. le maréchal de Duras, doyen des maréchaux de France, et frère ainé de huit ans de mon beau-père : c'étoit un grand homme maigre, d'un visage majestueux et d'une taille parfaite, le maître de

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tous en sa jeunesse et longtemps depuis dans tous les exercices, galant et fort bien avec les dames; de F esprit beaucoup et un esprit libre et à traits perçants dont il ne se refusa jamais aucun; vif, mais poli, et avec considération, choix et dignité, magpifique en table et en équipages; beaur coup de hauteur sans aucune bassesse, même sans complaisance; toujours en garde contre les favoris et les ministres, toujours tirant sur eux, et toujours les faisant compter avec lui. Avec ces qualités, je li'ai jamais compris comment il a pu faire une si grande fortune. Jusqu'aux prinçes du sang et aux filles du Toi» il ne oontraignoit aucun de «ses dits, et le KÂ même, en parlant à lui, en éprouva plus d'une fois et devant tout le monde, puis rioit et regardoit la compagnie, qui baissoit les yeux. Le roi, parlant un jour des majors, du détail desquels il s'étoit entêté alors, AL de Duras qui n'aimoit point celui des gardes du corps, et qui entendit que le roi ne désapprouvoit pas qu'ils se fissent haïr : < Par...., dit-il au roi derrière lequel il avoit le bâton , et traînant Brissac par le bras pour le montrer au roi, si le mérite d'un major est d'être haï, voici bien le meilleur de France, car c'est celui qui l'est le plus. » Le roi se mit à rire et Brissac confondu; Une autre fois le roi parloit du P. de La Chaise. « D sera damné, dit M. de Duras, à tous les mille diables, mais je le comprends d'un moine dans la contrainte, la soumission, la pauvreté, qui se tire de tout cela pour être dans l'abondance, régner dans son ordre, se mêler de tout et avoir le clergé, la cour et tout le monde à ses pieds; mais ce qui m'étonne, c'est qu'il puisse, lui, trouver un confesseur, car celui-là se. damne bien sûrement avec lui, et pour cela n'en a pas un morceau de plus, ni un grain de liberté, ni de considération dans son couvent. Il faut être fou pour se damner à si bon marché. » Il n'aimoit point les jésuites, il lui étoii resté un levain contre eux du commerce qu'il ayoit eu avec des prêtres attachés au Port-Royal lors de sa conversion, et qu*U.avoit conservé toute la vie avec eux.

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Il avoit suivi M. le Prince auquel il s'étoit attaché plutôt par complaisance pour ses oncles de Bouillon et deTurenne. Il étoit le meilleur officier de cavalerie qu'eût eu le roi, et le plus briUant pour mener une aUe et un gros corps, séparé. A la tête d'une année, il n'eut ni les mêmes occasions ni la même application : il mena pourtant très-bien le siège de Philippsbourg, et le reste de cette courte campagne où le roi lui avoit confié les premières armes de Monseigneur. Mal d'origine avec Louvois à cause de M, de Turenne, et dégoûté des incendies du Palatinat, et des ordres divers qu'il reçut sur le secours de Mayence, se trouvant dans la plus haute fortune, il envoya tout promener, et n'a pas servi depuis. Il avoit fort brillé en chef à la guerre de Hollande et aux deux conquêtes de la Franche-Comté , dont il eut le gouvernement à la dernière. Le roi lui avoit donné fort jeune un brevet de duc pour faciliter son mariage avec Mlle de Yentadour, qui Alt longtemps heureux; un démon domestique les brouilla. Ils trouvèrent à Besançon Mlle de Baufîremont, tante paternelle de ceux-ci, laide, gueuse, joueuse, mais qui avoit beaucoup d'esprit, et qui sut leur plaire assez pour la prendre avec eux et la mener à Paris, où ils l'ont gardée bien des années. L'enfar n'étoit pas plus méchant ni plus noir que cette créature : elle s'étoit introduite dans la maison par Mme de Duras; elle s'empara du cœur du maréchal, fit entre eux des horreurs qui causèrent des éclats, et qui confinèrent la maréchale à la campagne, dont elle n'est jamais revenue que pour de courts voyages de fort loin à loin, et où elle aimeit mieux sa solitude que la vie où elle étoit réduite à l'hôtel de Duras. Mlle de Bauffremont y en fit tant dans la suite que le maréchal la congédia, mais pour se livrer à une autre gouvernante qui ne valoit pas mieux, et qui, avec de l'esprit, de l'audacoy une effh>nterië sans pareille, des propos de garnison où pourtant elle n' avoit jamais été, et le jeu de même, le gouverna de façon qu'il ne pouvoit s'en passer, qu'elle le suivoit exac-

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