SA FORTUNE ET SON CARACTÈRE
tement partout à Versfûlles et à Paris, domina son domestique, ses enfants, ses affaires, en tira tant et plus, et jusqu'à son déjeuner le matin, l'envoyoit chercher chez lui.
G'étoit une commère au-dessus des scandales , et qui rioit de oelui-ià comme n'y pouvant avoir matière. Gela dura jusquii la mort du maréchal, que le curé de Saint*^ul se crut obligé en conscience de la chasser de Thôtel de Duras avéc éclat par sa résistance, quoi que pût faire la maréchale arrivée sur cette extrémité, pour sauver cet affront. Depuis que le maréchal étoit devenu doyen des maréchaux de France, on n'appeloit plus sa dame que la connétable; elle en rioit et le trouvoit fort bon. Cette dangereuse et impur dente créature étoit fille de Besmaux, gouverneur de la Bastille, et femme de Saumery, sous-gouverneur des enfants de France, dont elle eut beaucoup d'enfants, et qui, avec toute son arrogance, étoit petit comme une fourmi devant elle, et lui laissoit faire et dire tout ce que bon lui sembloit. Il reviendra en son particulier sur la scène. Sa femme étoit une grande créature, sèche, qui n'eut jamais de beauté ni d'agréments, et qui vit encore à plus de quatrevingt-dix ans.
M. de Duras, n'allant plus à la guerre, avoit presque toujours le bAton pour les autres capitaines des gardes qui ser^ voient. Il n'aima jamais rien que«>n frère, et assez Mme de
Saint-Simon , avec quoi j'avois trouvé grâce devant lui , en sorte que j'en ai toujours reçu toutes sortes de prévenances et de marques d'amitié. De ses enfants il n'en faisoit aucun compte; rien ne TaiTecta jamais ni ne prit un moment sur sa liberté d'esprit et sur sa gdeté naturelle. Il le dit un jour au roi, et il ajouta qu'il le défioit avec toute sa puissance de lui donner jamais de chagrin qui durât plus d'un quart d'heure. Sa propreté étoit extrême et poussée même fort loin. A quatre-vingts ans il drçssoit encore des chevaux que personne n'avoit montés. G'étoit aussi le plus bel homme de cheval et le meilleur qui fût en France^ Lorsque les eniants