CHAPITRE XX
170&. — Maréchaux de France subitement nommés cbevaliers de Tordre. — Abus et suites de cette promotion. — Boa mot de M. de Lauzun. — Catinat refuse l'ordre fiiute de pouvoir prouver. —> ViUars
• et sa naissance; fût duc vérifié. — Remarques sur la cérémonie de Tordre où les maréchaux de France furent reçus. — Harcourt et . Bedmar reçus extraordinairement chevaliers de Tordre. — Caractère de Bedmar; ses obligations au roi. — Action devant Verue.
— Combat naval et secours jeté dans Gibraltar. — Marlborough grandement reçu en Angleterre. — Tallard et les principaux prisonniers à Nottingham. — Action léizèrc en Italie. — Lautrec tué; son caractère. — Conduite de Maulevrier à Madrid, et sa faveur.
— Adresse étrange de la reine d'Espagne. — Adresse d'Harcourt et de Mme de Maintenon en faveur de Mme des Ursins. ^ Permission accordée à la princesse des Ursins de venir à la cour. — Réunion d'Harcourt au chancelier et à son (ils, et d'eux par lui à la princesse des Ursins. — Politique de la princesse des Ursins. — Attente à la cour de la princesse des Ursins« — Princesse des Ursins à Paris. — Princesse des Ursinii à Versailles.
Le premier jour de cette année, Tabbé d'Estrées et Puysieux furent reçus dans Tordre du Saint-Esprit, et l'abbé en rochet et camail violet comme les évèques. Harcourt avoit le bâton pendant la cérémonie, parce que, au changement de
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quartier parmi les capitaines des gardes» eelin qui sort
garde le bâton jusqu'au sortir de la messe du roi, et à la porte de la chapelle le donne à celui qui le relève. Tandis que Puysieux prétoit son serment, le roi se tourna par hasard y vit Harcourt vêtu de son justaucorps à brevet et fût choqué que ce qui Tapprochoit là de si près ne fût pas chevalier de Tordre. Cette fantaisie, qui ne lui avoit jamais pris et qui ne lui revint plus dans la suite , le frappa tellement pour lors et il le dit ensuite, que dans le moment il voulut fàire Harcourt; puis, songeant qu'il y en avoit d'autres à faire s'il faisoit celui-là , il rêva qui faire et qui laisser pendant le reste de la cérémonie. Enfin il s'arrêta aux maré- chaux de France, parce que, les faisant tous, aucun d'eux n'auroit à se plaindre, et que, se bornant à ce petit nombre, cette borne n'exduoit personne personnellement, n y auroit eu grandement à répondre à un raisonnement si faux.
Jamais les maréchaux de France n'avoient eu droit à Tordre comme tels, et plusieurs ne Font jamais eu. Une dignité ou plutôt un office de la couronne purgent militaire, tel qu'est celui-là, et qui est la récompense du mérite militaire , est doimé sans égard à la naissance, et c'est pour la naissance que Tordre a été institué. Alors même le cas en existoit. De neuf maréchaux de France qui. n'avoient pas l'ordre, il y en avoit plus d'un qui n'étoit pas né pour cet honneur-là ; et plus d'un aussi qui, ayant quelque noblesse,, n'étoit pas fait pour porter Tordre. En un mot, le roi le conçut et l'exécuta. En sortant de la chapelle , il fit dire de main en main aux chevaliers d'entrer dans son cabinet, au lieu de demeurer en haie dans sa chambre, et qu'il vouloit tenir chapitre. Il le tint donc tout de suite en rentrant^ et nomma en bloc les maréchaux de France, d'où M. de Lauzun dit que le roi , comme les grands capitaines , avoit pris son parti le cul sur la selle. C'est depuis cette promotion, d'après laquelle (m s'est in&tué de croire que le bâton donne l'ordre de. droit, que M. le Duc étant premier ministre, et
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qui haïssoit les rangs et les dignités parce qu'il leur devoit ce qu'il ne vouloit devoir ni rendre à personne , tout confondre et que tout fût égal et peuple devant les princes du sang, fit les maréchaux de France en 1724, excepté ceux qu'il fit maréchaux de France le même jour, et ne fit point les ducs que ceux qu'il lui plut de faire, tandis qu'aucun d'eux, en âge et non en disgrâce marquée, n'avoit jamais été omis comme tels en pas une grande promotion , même par Louis XIV, qui les dépouilla et les avilit tant qu'il put toute sa vie, et qui publiquement, au chapitre de la promotion de 1688, fît les excuses qu'on a vues sur les trois seules qu'il ne lit pas, et en voulut bien dire les raisons. Le cardinal Fleury, depuis son règne, a fait tous les maréchaux de France, quoiqu'il n'ait fait que de petites promotions de l'ordre; en sorte que le droit établi et suivi depuis l'institution de l'ordre en faveur de la première dignité du royaume (et qui, au contraire de l'office de maréchal de France, suppose tellement la grande naissance que les érections ont menti là-dessus quand la faveur déplacée y a élevé des gens du commun) a été pour ainsi dire aboli et transmis à un office de la couronne , qui ne suppose et qui souvent tombe sur des gens de peu ou d'aucune naissance , depuis que la fantaisie momentanée du feu roi a été prise pour une loi, parce qu'on Ta voulu de la sorte, tandis que lui-même a fiiit des maréchaux de France depuis, à qui il n'a jamais songé de donner l'ordre , et qui ne l'ont eu que longtemps après sa mort. Cela peut s'appeler un rare échange. Mais achevons tout de suite cette promotion du Saint-Esprit.
Ces maréchaux étoient le duc d'Iiarcourt, Cœuvres grand d'Espagne, Villars qui venoit d'être fait duc, Gatinat, Yauban, qui s'appeloit Leprêtre, étoit de Nivemois; s'il étoit gentilhomme , c'étoit bien tout au plus. Il montra son firère aîné pour le premier ([ui ait servi de leur race , et qui avoit été seulement de l' arrière-ban de Nivernois , au retour duquel il mourut en 1635. Rien donc de si court, de si nou-