‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 186 sur 209 · SUBITEMENT NOMMÉS GHEVALIEHS DE L'ORDRE · texte numérisé non relu

SUBITEMENT NOMMÉS GHEVALIEHS DE L'ORDRE

est bien neuf, bien ctiétif, bien éloigné de Tordre du Saint- Esprit. Pour le bâton , Ghâteaurenauld Tavoit dignement mérité. Montrevel, tout au contraire; sans aucune sorte de

mérite avec une grande naissance, étoit de plain-pied avec l'ordre, et d'une inégalité au bAton qui faisoit honte à le lui voir entre les mains. Harcourt, s'il étoit Harcourt, comme il le prétendoit , yaloit au moins Montrevel pour la naissance, n étoit duc, et on a vu plus d'une fois id quel personnage ce jfùt.

Catinat étoit arrière-petit-flls du lieutenant général de Mortagne au Perche, mort en 1584; c'étoient apparemment des manants de là autour, puisque c'est le premier qu'on connoisse. Son fils et son petit«>fils fiirent conseillers au par^ lement; le petit-^ls devint doyen de cette compagnie, et eut Saint-Gratien de sa femme, fille d*un autre conseiller au parlement. De ce mariage, quantité d'enfants, dont le maréchal de Catinat fut le cinquième fils. L'alné fut conseOler au parlement, puis conseiller d'honneur en faveur de son frère, et laissa' un fils aussi conseiller au parlement. Catinat apprit de bonne heure h Paris la promotion des maréchaux de France; il alla à Versailles, et fit demander au roi à lui parler dans son cabinet , qui l'y lit entrer au sortir de son dtner. Là il remercia le roi de l'honneur qu'il venoit de lui faire , et en même temps , lui dit qu'il ne pouvoit le trom** per, et lui expliqua qu'il ne pouvoit faire de preuves; il étoit extrêmement mécontent et avec grande raison. 11 étoit philosophe. 11 s'accoutumoit de propos délibéré à la retraite. Cela se passa de sa part trèsHrespectueosement, mais fort froidement, jusque-là qu'il y en eut qui crurent qu'il n'avoit pas été trop fâché de faire ce refus. Le roi le loua fort, mais sans le presser, comme il avoit fait en pareil cas à l'archevêque de Sens, Fortin de La Hoguelte, et toute la cour, qui sut le jour même ce refùs, y applaudit extrêmement. Au sortir du cabinet du roi, il s'en dla à Paris, et s*y déroba modestement à toutes les louanges. Ce fut donc le troisième,

304 €ilTINAT REFUSE L'ORDRE. . [1705]

et tous trois du règne du roi , qui refusa l'ordre , faute de pouvoir faire ses preuves : le maréchal Fabert en 1661, et ces deux-d. Combien d'autres en auroient dû faire de même, sans parler des légers!

YeiMMis maintenant an maréchal de Yillars, le plus complètement et constamment heureux de tous les millions d*hommes nés sous le long règne de Louis XIV. On a vu cinlevant quel fut son père» sa fortune, son mérite, celui que Mme Scarron lui trouva, et que, devenue Mme de Maintenon, elle n'oublia jamais. H passoit pour être fils du greffier de Condrieu. Son père eut pourtant un régiment, peut-être de milice, et passa, en 1635, pour sa prétendue noUesse. On sait assez comment se font ces recherches de noblesse : ceux qui en sont chargés ne sont pas de ce corps, et plus que très-ordinairement le haïssent et ne songent qu'à Tavilir. Ils dépêchent besogne, leurs secrétaires la défrichent, et font force nobles pour de l'argent; aussi est le proverbe : qii'ils en font plus qu'ils n'en défont.

La femme de ce grand-père du maréchal étoit Louvet, qui est le nom des Gauvisson, et ces Cauvisson ne sont pas grand'chose. Le père de celui-là eut, disent-ils, un guidon dans la compagnie de chevau- légers du sieur de Peyrand, c'est-à-dire d'une compagnie levée dans le pays par qui en voulut prendre la peine. On le donne encore pour avoir commandé à Montluel et à Cîondrieu, par commission de M. d'Alincourt, gouverneur de la province. Ce dernier eût été bien étonné , quelque fortune qu'il eût faite , s'il eût vu celle de son fils. A quel excès l'eût-il donc été, s'il eût pu prévoir celle de la postérité d'un manant renforcé, qu'il trouva sous sa main à mettre dans un colombier ! Ce môme homme eut une place dans les cent gentilshommes de la .maison du roi, c'est-à-dire les becsd&-corbinS àeçima longtemps dès lors anéantis par les com*-

1. Les hecs-de-corbin , ou gentilshommes à bec-de-corbin, formaient deux compagnies de la maison militaire du roi. Ils tiraient leur nom de leur

Digiii/eu by

[i705] VILLAJiS ET SA NAISSANCE. 395

pagnies des gardes du corps, et ces places s'achetoient déjà du capitaine pour s'exempter de la taille. J'ai peine à croire que la noblesse du Lyonnois l'ait employé en 1614 à dresser ses mémoires et à les présenter aux états, peut-être comme un compagnon entendu et intrigant , car on n'ose proférer le mot de député de la noblesse, qu'on n'eût pas oublié, s'il eût eu cet honneur qui auroit constaté la sienne. On le dit aussi chevalier de Saint-Michel; mais dès lors, qu'estrce qui ne rétoit pas avec la plus légère protection, qui que Ton pût être? Le père de celui-ci est donné pour avoir été mis commandant dans Condrieu par le duc de Nemours ; outre la petitesse de l'emploi, il ne prouve j)oint de noblesse. Ce qu'ils ont de mieux est un oncle paternel de Yillars, père du maréchal, archevêque de Vienne, duquel un onde paternel le ftit aussi. De œs temps-là de troubles encore ifins que de ceux-ci, on choisissoit des évêques par d'autres raisons que par la naissance, et cette illustration, quand elle est unique, n'en est pas une. Us prétendent en avoir eu deux antérieures, et ainsi quatre de suite. Mais on prétend aussi que ces deux précédents étoient de ces anciens Yfllars, seigneurs de Dombes , égaux en naissance aux dauphins * avec qui ils avoient des alliances directes , des filles de Savoie, et de très-grandes terres; que ce Yillars du maréchal étoit aumônier du second de ces archevêques qui le prit en amitié, Téleva, le fit évêque tn partUm^ puis son coadjuteur. En effet, il est difficile d'ajuster ces deux premiers YiUars, archevêque de Vienne, oncle et neveu, qui ont tous deux fait un personnage principal dans toutes les

haUébaide en. forme de bee-de^rbhi. La première compagnie arait été instituée par Louis XI en 1478. Charles VIII établit la seconde en 1497. Supprimées sous Louis XIII, ces deux compagnies furent rétablies par Louis XIV,

et (iéfiniliveraenl licenciées sous Louis XVI, en 1776. Les gentilshommes à bec-de-corbin précédaient le roi dans les grandes cérémonies en marchant deux à deux.

1. n s^agit ici des aneieiis leignaiiif de ntuphiné qu'on appelait dati* phint de Viennois.

Page 1