MARÉCHAUX REÇUS
avoir reçu l'ordre après les trois autres maréchaux, et au retour de la chapelle chez le roi» marchèrent tous six les
derniers de tous, et le maréchal de Gœuvres précéda tous les chevaliers qui n'étoient pas ducs.
Je remarque ce détail qui depuis Tinstitution de Tordre a •toiiyours été observé et pratiqué sans aucune difficulté de même, et il se trouvera dans la suite que cette remarque n*est pas inutile, rajouterai que les preuves de Rosen ne furent que testimoniales. Torcy, qui comme chancelier de Tordre rapporta les preuves, ne montra que les attestations du commandant pour le roi de Suède en Livonie, et des premiers seigneurs et des principaux magistrats du pays^ qu*il pouvoit entrer dans tous les chapitres nobles. Torcy s'appuya de Texemple des maréchaux de Schoniberg, père et fils, dont le dernier fut duc et pair d'Iîalluyn, et du cardinal de Fûrstemberg, dont les preuves pour Tordre du Saintp-Esprit ne furent que testimoniales.
Achevons de sortir de la matière de Tordre» Le marquis de Bedmar y avoit été nommé , ses preuves admises , et il le portoit en attendant qu'il fût reçu; le roi avoit été extrêmement content de lui, lorsqu'il avoit été gouverneur des armes aux Pays-Bas, sous Télecteur de Bavière, gouverneur général de ces provinces depuis Favénement de Philippe y à la couronne d*Espagne , et encore davantage depuis que le commandement en chef roula sur lui par intérim, taudis que Télecteur fut en Allemagne. Bedmar, sorti de bonne heure d'Espagne, avoit toujours servi au dehors; il avoit de Tesprit, delà grâcé, du liant , des manières douces, affables, honnêtes, n étoit ouvert et poÙ avec un air de li?berté et d'aisance fort rare aux Espagnols; de la valeur et du maniement des troupes; grand courtisan, qui lit son capital de plaire aux maréchaur de Yilleroy et de BoufUers , qui le vantèrent fort au roi, à nos officiers généraux, particuliers, et de bien- traiter partout les troupes françoîses. De tout cela le roi le prit en amitié, demanda et obtint pour lui
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la grandesse de première classe que sa naissance comportoit fort, le fit chevalier de Tordre, et depuis le malheur d'Hocbstedt et le retour de Téledeur aux Pays-Bas, lui procura la yice-royauté de Sicile, que le cardhial del Giudice n'exerçoit que par intérim. Bedmar quitta donc les Pays- Bas. Il salua le roi le 2 mars, et en fut reçu en homme comblé de ses grâces. Le 8 , il fut reçu extraordinairement chevalier de Tordre ayecHarcourt, qui le précéda cômme plus ancien duc que Bedmar n'étoit grand, et ils forent pré^ sentés ensemble par le maréchal de Villeroy et le duc de Beauvilliers. Tout se passa comme aux fêles de l'ordre, excepté qu'il n'y eut qu'une messe basse ; il n'y avoit presque point d'exemple de réception hors les fêtes de Tordre. Il se trouva pourtant que le marquis de Béthune, Tallant porter au roi de Pologne son beau-frère, avoit été reçu ainsi, et nous verrons dans la suite le duc d'Aumont l'être de même partant pour son ambassade extraordinaire d'Angleterre. Reprenons maintenant le iil ordinaire.
Il se passa une assez grande action le soir du 86 décembre devant Yerue. M. de Savoie fit passer le pont de Grescentin, par un brouillard fort épais, à la plupart des troupes qu'il avoit dans ce camp, et qui, sans entrer dans Yerue, dont on se souviendra qu'elles avoient la communication libre, vinrent envelopper les tranchées par la droite et par la gauche, se rejoig^nirent à la queue, pour couper toute retraite pendant qu'elles attaqueroient par les deux flancs et par la queue même, et qu'en même temps la téte le seroit par une sortie de la garnison. C'est ce qu'elles exécutèrent. Ghartogne, lieutenant général, et Imécourt, maréchal de camp de tranchée> rassemblèrent tout ce qu'ils purent pour faire face partout et se défendre; le premier y fut blessé et pris, l'autre tué. Cependant l'attaque fut si bien soutenue partout,yque M. de Vendôme , qui venoit de se coucher, eut le temps de faûe prendre les armes à six brigades d'infanterie , à la téte desquelles il rechassa les ennemis de tous les
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postes quMls avoient pris ; ils tinrent assez dans la batterie ; mais à la fin ils cédèrent et furent poursuivis jusque dans le fossé. Il y eut force monde tué et blessé de part et d* autre, mais beaucoup plus du leur. M. de Savoie étoit cependant dans une des tours du donjon, attendant un meilleur succès. Leur sur|)rise fut grande le lendemain , lorsque , de vingttrois pièces de canuii qu'ils avoient enclouées, ils virent et entendirent qu'on avoit trouvé le moyen d'en désenclouer vingt et une , qui tirèrent sur eux à l'ordinaire.
Le siège de Gibraltar se poussoit comme on pouvoit. Six 'vaisseaux anglois s'y présentèrent le 24 décembre , escortant sept frégates destinées à y entrer et à y porter du secours. Pointis les attaqua, prit quatre frégates, mais il ne put empêcher les trois autres d'entrer et de porter aux assiégés mille hommes de secours, avec les munitions et les rafraîchissements dont elles étoient chargées. Le roi d'Espagne envoya quatre mille hommes de renfort à ce siège.
Maflborough fut reçu en Angleterre avec des acclamations et des honneurs extraordinaires. La chambre basse lui envoya une députation. Son orateur le harangua ; il le fut aussi par le chancelier, lorsqu'il alla prendre séance pour la première fois dans la chambre haute; ils ne voulurent point souiMr le maréchal de Tallard dans Londres, ni près de cette ville où il avoit été longtemps ambassadeur, et avoit conservé force connoissances. Ils l'envoyèrent fort loin de là et de la mer, à Nottingham , avec les prisonniers les plus distingués, et répandirent les autres ailleurs. Ils eurent tous les lieux où on les mit pour prison, avec la liberté de se promener partout « et même à la campagne, mais sans découcher, et doucement observés de fort près.
Le grand prieur, de son côté, attaqua, le 2 février, les postes que le général Patay gardoit entre le mont Baldo et L*Adige« avec mille chevaux et trois bataillons , en divers endroits. Ses troupes firent une assez moUe défense et furent chassées de partout. On leur prit six drapeaux et quatre
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cents prisonniers, et cette expédition leur 6ta la commani-
cation avec le Véronois, d'où ils tiroîent leurs vivres. Médavy avoit, le même jour, assemblé ses troupes de l'Odio pour inquiéter les ennemis de ce côté-là, et les empêcher de secourir leur major général Patay. Le comte de lânange, qui commandoit l'armée depuis que le prince £ugène n*étoit plus en Italie, se sentant beaucoup supérieur à Médavy, leva tous ses quartiers pour le venir combattre , sur quoi Médavy se retira sur TOglio, en un poste où il ne pouvoit pas Tôtre, et détacha Lautrec avec cinq cents chevaux pour observer les ennemis. H fut coupé par un corps plus fort que le sien, pendant que le gros marchoit à lui pour l'attaquer. Dans cette presse, il remarcha en arrière pour rompre les troupes qui l'avoient coupé, et se percer une retraite avant que de se trouver pris en tète et en queue. H réussit en efiët, et rejoignit Médavy avec soixante prisonniers qu'il avoit faits, mais il reçut une grande blessure dont il mourut peu de jours après à Brescia, où on l'avoit porté.
Ce fut un extrême dommage ; il étoit fort bien fait , avec inûniment d'esprit , de grâces dans l'esprit , et du savoir, une grande application, une grande volonté et beaucoup de talents pour la guerre.; doux, poli et très-aimable. Le traitement plus que très-dur d'Ambres, son père, lui avoit [fait] prendre le parti depuis plusieurs années de ne bouger de sa garnison et des lïontières, faute de subsistance et de pouvoir soutenir ses humeurs. Cette vie et une santé assez délicate l'avoit rendu très-particulier et très-studieux, et il s'étoit enfin fort accoutumé à ce genre de vie , quoique fait pour la meilleure compagnie, qu'il aimoit beaucoup et dont aussi il étoit fort recherché.
Maulevrier, dans le dessein où nous l'avons laissé, s'étoit chargé de force lettres importantes pour la princesse des Ursins et de celles de Mme la duchesse de Bourgogne pour la reine d'Espagne. Au succès qu'on a vu de Tessé, fait grand le lendemain de sou arrivée à Madrid, on peut juger
404 MAUL£VB1£K A MADRID. [1705]
si lui et son gendre avoirat bien travaillé à Toulouse. Mme des Ursins regarda cette visite et les nouvelles qu'elle en reçut conime les avant-coureurs de sa délivrance , et Tessé et son gendre livrés à elle comme des gens qu'il Moit combler, et qui lui seroient également utiles aux deux cours. Elle gagnoit tout à Téchange de Berwick pour Tessé. Maulevrier n'oublia rien pour se rendre considérable. Il n'avoit que trop de quoi jeter de la poudre aux yeux. Mme des Ursins y fut prise. Elle étoit trop bien informée pour ignorer les visites continuelles à Marly de Mme de Maintenon et de Mme la duchesse de Bourgogne à Maulevrier, sous prétexte d'aller chez sa femme, et quantité d'autres détails. Mais quand Maulevrier lui eut raconté son roman en beau, et que Tessé en appuyoit la croyance, elle ne crut pouvoir trop acheter un homme aussi initié dans le plus intérieur et capable de si profondes et de si hardies intrigues ; elle lui donna donc sa coniiance ainsi qu'à Tessé , et leur assura ainsi toute celle du roi et de la reine d'£spagne avant que d*étre arrivés auprès d'eux. De Toulouse, elle gouvemoît leur esprit et leurs affaires plus despotiquenient encore, s'il se peut, et plus sans partage que le cardinal Mazarin, chassé du royaume, ne gouverna jamais la reine mère et les affaires de France de chez Télecteur de Cologne, où il étoit retiré.
Tessé et Maulevrier, annoncés à Madrid sur le pied de co que je viens d'expliquer, et chargés encore des lettres de la princesse des Ursins , trouvèrent une ouverture entière dans le roi et la reine d*£spagne. La première conversation fut un épanchement de cœur de leur part, surtout de celle de la reine ; c*étoit par eux qu'elle fondoit ses plus grandes espérances du retour de la princesse des Ursins, sans laquelle elle ne croyoit pouvoir subsister ni vivre. Tessé, pressé il'aller sur la frontière donner ordre à tout, et par la chose même , et par les ordres râtérés du roi, ne put différer, dès qu*il eut conféré avec Berwick à Madrid, et fait sa