‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 190 sur 209 · MAULEVRIER A MADRID · texte numérisé non relu

MAULEVRIER A MADRID

couverture. Maulevrier, allé en Espagne comme un malade aux eaux, demeura à Madrid pour suppléer à l'absence de son beau-père dans tout ce qui regardoit Tintime confidence du palais sur Mme des IJrsins. Ayec de Tesprit, la connoissance qu'il avoit de notre conr, les lumières qu'il aroit tirées de la confiance de la princesse des Ursins à Toulouse, il donna à la reine des conseils pour des démarches dont elle éprouva Futilité. Elle, Mme des Ursins» Mme de Maintenon, tout marchoit en cadence.

Maulevrier sut profiter de ce que la reine n'avoit personne de notre cour à qui elle pût s'ouvrir de son désir le plus ardent, ni plus instruit, ni de qui elle fût là-dessus plus sûre. Me prit tant de goût à ces entretiens secrets, qu'elle fit donner les entrées à Maulevrier par le roi d*E8pa§nie, qui, par chez ce prince, entrait chez la reine à toute heure, n avoit pour cautions son beau -père, Mme la duchesse de Bourgogne et la princesse des Ursins. Avec ces avantages, il sut pousser les privances bien loin. En sous-ordre, la reine vouloit aussi le rappel du duc de Grammont, coupable du crime irrémissible à ses yeux d'être contraire au retour de Mme des Ursins, et de ne l'avoir vue que froidemmit dans sa route. Par là il étoit devenu insupportable au roi et à la reine. Les affaires les plus pressantes périssoient entre ses mains. U y avoit plus ; par un conseil profond , la reine d'Espagne avoit persuadé au roi son mari de choquer en tout les volontés du roi son grand-père, et de négliger en tout ses conseils avec affectation. Le roi s*en plaignoit avec amertume. Le but étoit de le lasser par là, et de lui faire comprendre qu*il n'y avoit que Mme des Ursins, bien traitée et renvoyée toute-puissante, qui pût remettre les dioses dans le premier état, et le foire obéir en Espagne comme dans les premiers temps.

Quand tout fut bien préparé, et que le roi [fut] adouci par le temps de l'exil, par les grâces faites aux Ëstrées, par les insinuations éloignées, par les artifices des lettres qui lui

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