SAINT-PIERRE ET NANCRË
sœur de la mère du président de Mesmes, mort premier président, et intimement avec lui et avec son beau-fils. Celui-ci s'étoit trouvé dans des parties de M. le duc d'Orléans à Paris. Il étoit appuyé auprès de lui de Tabbé Dubois et de Ganillac, qui lui furent donner la charge. Voilà la Saint- Pierre aux grands pleurs, son mari aux grands airs de dédain, et à dire que c'étoit l'aifaire de Mme la duchesse d'Orléans, qui s'en brouilla avec M. le duc d'Orléans. Jamais elle ne l'a pardonné à Nancré; jamais, ce qui est boufTon à dire, Sainte-Pierre ne Ta pardonné à M. le duc d'Orléans, quoiqu'il ait eu mieux dans la suite, et à peine en aucun temps a-t-il pris la peine de mettre le pied chez lui. Ce détail de Palais-Royal semble maintenant fort fade et fort peu ici en sa place. Les suites feront voir qu'il ne devoit pas être omis. Le rare est que Saint-Pierre arracha, sans se donner la peine de s'en remuer, quatre mille livres d'augmentation de pension d'une de six mille livres que Mme la duchesse d'Orléans lui avoit déjà obtenue, et que M. le duc d'Orléans n'en fut pas mieux dans ses bonnes grâces.
A propos de grâces pécuniaires , Grignan, fort endetté à commander en Provence, obtint deux cent mille livres de brevet de retenue sur sa lieutenance générale de cette province. Lui et sa femme, se voyant sans garçons, tourmentèrent tant le chevalier de Grignan, qu'ils lui firent épouser MUe d'Oraison. C'étoit un homme fort sage, de beaucoup d'amis , très-consîdéré , avec beaucoup d'esprit et du savoir. Une goutte presque sans relAche lui fit quitter le service où il s'étoit distingué, et la cour où il auroit iiguré même sans place. Il étoit menin de Monseigneur, des premiers qui furent faits. H étoit retiré depuis longtemps en Provence, d*oti il ne sortit plus. Ce mariage fut fort inutile, il n'en vint aucun enfant. Mais ils n'avoient pas à craindre l'extinction de leur maison tant il subsistoit encore de branches de Gastellane.
En même temps, le petit-fîls de Montai, mort chevalier
[1708] MARIAGE DE MONTAL. 425
de Tordre, et qui auroit mieux été maréchal de France, épousa une sœur de Yiliacerf, premier maître d'hôtel de Mme la duchesse de Bourgogne, et M. d'O maria sa fille ainée à M. d'Ëpinay assez pauvre.
Mme des Ursms, triomphante à Paris fort au-dessus de ses espérances, faisoit en même temps bien des choses en Espagne. Rivas, autrefois Ubilla, secrétaire des dépèches universelles, célèbre pour avoir dressé le testament de Charles n , fut chassé; il ne s'en releva jamais» et Mejorada fut mis en sa place. Le père de ce dernier l'avoit eue avant Rivas, 11 consentit à détacher pour Ronquillo le département de la guerre, que celui-ci refusa : ce dernier étoit corrégidor de Madrid, avec grande réputation. 11 vouloit une plus haute fortune, et il parvint en effet quelque temps après à 4tre gouverneur du conseil de Gastille. D*un autre côté, le duc de Grammont étoit accablé de dégoûts. Poussé à bout sur toutes les affaires, qui ne réussissoient que lorsqu'il ne s'en mêloit pas, il demanda une audience à la reine, quoique le roi fût à Madrid, dans Tespérance de réussir. par elle. 11 l'obtint, lui exposa diverses choses importantes et pressées , par rapport au siège de Gibraltar. La reine Fécouta paisiblement, jtuis, avec un sourire amer, lui demanda s'il convenoit à une femme dit se mêler d'afïaires, et lui tourna le dos. Mme des l'rsins qui, à cause de Mme de Maintenon, ménageoit les Noailles, ne vouloit pas elle-même demander son rappel. Mais, outre qu'elle ne lui pardonnoit point les choses passées, il lui étoit important d'avoir un ambassadeur dont elle pût disposer. Il falioit réduire celui qui l'étoit à demander son rappel lui-même, et c'est à la lin ce qui arriva. Les Noailles, qm faisoient tout, comme on a vu, pour son fils, leur gendre, ne se soudoient point de lui; mais, par honneur pour eux-mêmes , ils désiroîent au moins qu'il fût honnêtement congédié. C'est ce que la maréchale de Noailles négocia avec la princesse des Ursins , qui lui fit valoir la Toison qu'elle demandoit comme le comble .de la con-