CABACTÈRE DE LA PRINCESSE D*HARCOURT
créature au lit, éveillée en sursaut, froissée et noyée de neige sur les oreilles et partout , échevelée , criant à pleine tète, et remuant comme une anguille, sans savoir où se fourrèr, fut un spectacle qui les divOTtit plus d'une demiheure, en sorte que la nymphe nageoît dans son lit, d'où l'eau découlant de partout noyoit toute la chambre. Il y avoit de quoi la faire crever. Le lendemain elle houda; on 8*en moqua d'elle encore mieux.
Ces bouderies lui anivoient quelquefois, ou quand les pièces étoient trop fortes, ou quand M. le Grand l'aToit mal* menée. 11 trou voit avec raison qu'une personne qui portoit le nom de Lorraine ne se devoit pas mettre sur ce pied de bouffonne; et comme il étoit brutal, il lui disoit quelquefois en pleine u^le les dernières horreurs, et la princesse d*Harcourt se mettoit à pleurer, puis rageoit et boudoit. Mme la duchesse de Bourgogne faisoit alors semblant de bouder aussi, et s'en divertissoit. L'autre n'y tenoit pas longtemps, elle venoit ramper aux reproches, qu'elle n'avoit plus de bontés pour elle, et en venoit jusqu'à pleurer, demander pardon d'avoir boudé , et prier qu'on ne cessât plus de s'amuser avec elle. Quand on l'avoit bien fiiit craqueter, Mme la duchesse de Bourgogne se laissoit toucher; c'étoit pour lui faire pis qu'auparavant; tout étoit bon de Mme la duchesse de Bourgogne auprès du roi et de Mme de Maintenon , et la princesse d'Harcourt n'avoit point de ressource; elle n'osoit môme se prendre à aucunes de celles qui aidoient à la tourmenter, mais d'aâleurs il n'eût pas fait bon la tâcher.
Elle payoit mal ou point ses gens, qui un beau jour de concert l'arrêtèrent sur le pont Neuf. Le cocher descendit et les laquais, qui lui vinrent dire mots nouveaux à sa portière. Son écuyer et sa femme de chambre l'ouvrirent, et tous ensemble s'en allèrent et la laissèrent devenir ce qu'elle pourroit. Elle se mit à haranguer ce qui s'étoit amassé là de canaille, et fut trop heureuse de trouver un cocher de
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louage, qui monta sur son siège et la mena ches elle. Une
autre fois, Mme de Saint-Simon revenant dans sa chaise de la messe aux Récollels, à Versailles, rencontra la princesse d'Harcourt à pied dans la rue, seule, en grand habit, tenant sa queue dans ses bras. Mme de Saint-Simoii arrêta, et lui offrit secours :. c'est que tous ses gens l'aYcient abandonnée, et lui avoient fait le second tome du pont Neuf, et pendant leur désertion dans la rue, ceux qui étoient restés chez elle s'en étoient allés; elle les battoit, et étoit forte et violente, et changeoit de domestique tous les jours.
Bile prit, entre autres, une femme de chambre forte et robuste, à qui, dès les premières journées, elle distribua force tapes et soufflets. La femme de chambre ne dit mot, et comme il ne lui étoit rien dû, n'étant entrée que depuis cinq ou six jours, elle donna le mot aux autres, de qui elle ayoit su l'air de la maison, et un matin qu'elle étoit seule dans la chambre de la princesse d'Haroourt, et qu'elle avoit envoyé son paquet dehors, elle ferme la porte en dedans sans qu'elle s'en aperçût; répond à se faire iN^ttre, comme elle Tavoit déjà été, et au premier soufflet, saute sur la princesse d'Harcourt, lui donne cent souftlets et autant de coups de poing et de pied, la terrasse, la meurtrit depuis les pieds jusqu'à la tête, et quand elle Ta bien battue à son aise et à son plaisir, la laisse à. terre toute déchirée, et tout échevèlée, hurlant à pleine tète, ouvre la porte, la ferme dehors à double tour, gagne le degré, et sort de la maison.
C'étoit tous les jours des combats et des aventures nouvelles. Ses voisines à Marly disoient qu'elles ne pouvoient dormir au tapage de toutes les nuits^ et je me souviens qu'après une de ces scènes tout le monde alloit voir la chambre de la duchesse deVilleroy et celle de Mme d'Espinoy, qui avoient mis leur lit tout au milieu, et qui contoient leurs veilles à tout le monde. Telle étoit cette favorite de Mme de Maintenon, si insolente et si insupportable à tout le monde, et qui avec cela, pour ce qui la regardoit, avoit toute