RETOUR DU MARÉCHAL DE TILLEROY
faveur et préférence, et qui, en affaires de finances et en fils de famille et autres gens qu'elle a ruinés, avoit gagné des trésors, et se faisoit craindre à la cour et ménager jusque par les princesses et les ministres. Reprenons le sérieux. Cétoit à la reine d'Angleterre à qui le maréchal de Yil* « leroy^ étoit redevable de sa liberté sans rançon et de la permission enfin de n'être pas conduit à son retour par l'armée du prince Eugène. M. de Modène , frère de la reine d'Angleterre, et fort bien avec l'empereur, l'avoit obtenu; il ne se peut rien ajouter aux étranges traitements que les Allemands se plurent de faire essuyer au maréchal et pendant sa prison, et par les chemins, et à Gratz, capitale de Styrie, où ils le confinèrent. La populace accabla sa maison de pierres à la nouvelle du combat de Luzzara. Ils lui firent accroire qu'ils y.avoient eu une pleine victoire, et que nous y avions perdu une infinité de gens de marque qu'ils lui nommèrent. Bs eurent la cruauté de le laisser un mois dans le doute sur son fils, n voulut aussi prendre de grands airs à Gratz, qui ne lui^ réussirent pas. Le diemin de son retour fut par Venise et par Milan, où il s'arrêta avec le cardinal d*Estrées , et il y vit le roi d'Espagne , il passa par l'armée d'Italie qu'il avoit commandée, et arriva à Versailles le 14 novembre.
Rien n*est égal à la manière dont le roi le regut et le traita, d'abord chez Ifme de Maintien, puis en public. Cette faveur alla jusqu'à lui parler d*a£faires d'État, et à lui
en faire communiquer quelques dépêches par Torcy. Le chevalier de Lorraine, son ami intime dès leur jeunesse, et ami de galanteries, d'intrigues, d'affaires, et d'alliance proche par M. le Grand, et qui avoit infiniment d'esprit et de connoissance du roi et de la cour, lui conseilla d'abdiquer le commandement des armées, où il n'étoit pas. heu-« reux , et de suivre ce rayon de faveur si singulier pour essayer d'entrer dans le conseil. Le chevalier de Lorraine, homme de grandes vues, n'auroit pas été fâché sans doute