‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 47 sur 209 · PROCÈS GAGNÉ PAR L'ABBÉ D'AUVERGNE · texte numérisé non relu

PROCÈS GAGNÉ PAR L'ABBÉ D'AUVERGNE

donc pas plutôt le cardinal en disgrâce qu'ils attaquèrent la coa^jutorerie au grand conseil, et donnèrent bien à courir aux Bouillon. Outre les raisons du procès, le meilleur moyen

des moines étoit de persuader aux juges que le roi, mécontent de leur abbé, y preuoit part pour eux, tellement que les Bouillon voulurent se parer de leurs proches, iaire effort de crédit et faire comprendre par cette assistance ouverte que le roi demeuroit neutre entre eux.« Je ne pus refuser d'aller avec eux à rentrée des juges, et les solliciter avec le duc d'Albret et l'abbé d'Auvergne, et de dire à ciiacun bien affirmativement que le roi n'y prenpit aucune part. Ces sollicitations durèrent ainsi que les entrées des juges, où 1^ compagnie étoit assez nombreuse; enfin le 30 mars Fabbé d'Auvergne gagna en plein, tout d'une voix. Us me surent un gré infini d'avoir toujours été avec eux partout, dont plusieurs s'étoient très-souvent dispensés. Je les retrouvai après bien à point dans une autre affaire où ils me servirent très-utilement, et avec la dernière chaleur. On est fprt, quand on se soutient dans les. familles et les parentés, et on est toujours la dupe et la proie de s'abandonner, c'est ce qui se voit et se sent tous les jours avec un dommage irréparable. L'arrêt signé, l'abbé d'Auvergne fut bien étonné de ne le pas trouver tel que tous le& juges Tavoient dit, en les aUant remercier, n s'en plaignit à Vertamont, premier président ; la dispute Ait forte. Les Bouillon crièrent, menacèrent de se plaindre au roi et au grand conseil. Les juges s'émurent, il fallut leur porter Tarrèt, ils le réformèrent aux hauts cris de Vertamont à qui pour l'honneur de la présidence on laissa dans l'arrêt quelque chose de ce qui n'y avoit pas été prononcé.

Montrevel ne trouva pas les fanatiques si aisés à réduire qu'il avoit cru. On leur avoit donné ce nom, parce que chaque troupe considérable de ces protestants révoltés avoit avec eux quelque prétendu prophète ou prophétesse, qui, d'intelligence avec les chefs, faisoient les inspirés et me-

112 bAVlLLEi SON CARACTÈHE. [^703]

Boient ces gens-là où ils Tonloient, avec une confiance, une obéissance et une furie inconcevable.

Le Languedoc gémissoit depuis longues années sous la tyrannie de l'intendant Bâville, ({iii, a})rès avoir culbuté le cardinal Bonzi, comme on le dira eu son lieu, tira toute Tautorité à lui, et qui, pour que rien ne lui en pût échapper, fit donner le commandement des années dans toute la prorince à son beau-frère Broglio, qui n'avoit pas servi depuis la malheureuse campagne de Consarbriick du maréchal de Créqui, où il étoit maréchal de camp. Par ce moyen, le commandement et toute considération des lieutenants généraux de la province tombèrent, et tout fût réuni^ à Bâville, devant qui son beau-frère, d'aiUeurs très^incapable, ne frit qu'un petit garçon. Bâville étoit un beau génie, un esprit supérieur, très-éclairé, très-actif, très-laborieux, C'étoit un homme rusé, artificieux, implacable, qui savoit aussi parfaitement servir ses amis et se faire des créatures; un esprit surtout de domination qui brisoit toute résistance , et à qui rien ne coûtoit, parce qu'il n'étoit arrêté par rien sur les moyens. Il avoit fort augmenté le produit de la province; l'invention de la capitation l'avoit beaucoup fait valoir. Ce génie vaste, lumineux, impérieux étoit redouté des ministres, qui ne le laissoient pas approcher de la cour, et qui, pour le retenir en Languedoc, lui laissoient toute puissance, dont il abusoit sans ménagement.

Je ne sais si Broglio et lui se voulurent faire valoir du côté des armes, mais ils inquiétèrent fort les non ou mauvais convertis, qui à la fin s'attroupèrent. On sut après que Genève d*une part, le duc de Savoie d'autre, leur fournirent des armes et des vivres dans le dernier secret; Tune, des prédicants, l'autre, quelques gens de téte et de main, et de l'argent; tellement qu'on fut très-longtemps dans la surprise de les voir en apparence dénués de tout, et néanmoins se soutenir et entreprendre.

On eut grande obligation à ce fanatisme qui s*empara

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