‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 48 sur 209 · TRISTE SITUATION DU LANGUEDOC · texte numérisé non relu

TRISTE SITUATION DU LANGUEDOC

d'eux, et qui bientôt leur fit commettre les derniers excès en sacrilèges, en meurtres et en supplices sur les prêtres et les moines. S'ils s'en étoient tenus à ne maltraiter personne que suivant les lois de la guerre, à demander seulement liberté de conscience et soulagement des impôts, force catholiques qui par crainte, par compassion ou par espérance que ces troubles forceroient à quelques diminutions de subsides, auroieut persévéré et peut-être levé le masque sous leur protection, et en auroient entraîné le grand nombre.

Us avoient des cantons entiers, et presque quelques villes de leur intelligence, comme Nîmes, Uzès, etc., et force gentilshommes distingués et accrédités dans le pays qui les recevoient clandestinement dans leurs châteaux, qui les avertissoient de tout, et à qui ils s'adressolent avec sûreté, qui eux-^émes pour la plupart avoient leurs ordres et leurs secours de Genève ou de Turin. Les Gévennes et les pays voisins pleins de montagnes et de déserts étoient une merveilleuse retraite pour ces sortes de gens, d'où ils faisoient leurs courses. Broglio, qui y voulut faire le capitaine, y fut traité et s'y conduisit en intendant. Ni troupes, ni artillerie, ni vivres, ni armes nulle part, en sorte que Montrevel fut obligé de demander de toutes ces choses, en attendant lesquelles les fanatiques désoloient toujours la province, en recevant aussi de temps en temps quelques petites pertes de la part de Julien. Broglio, qui n'entendoit rien qu'à dominer sous Tombre de Bâville, fut rappelé, et eut Timpudenoe de répandre que c*étoit avec parole d'être fait chevalier de l'ordre. On envoya trois ou quatre lieutenants généraux ou maréchaux de camp à Montrevel avec vingt bataillons et de l'artillerie, dont il sut très-médiocrement s'aider. On pendit quelques chefs qui furent pris en divers petits combats ou surprises. Ils se trouvèrent tous de la lie du peuple, et leur parti n'en fut ni effrayé ni ralenti.

Tant d'occupations étrangères et domestiques n'empêché rent pas le roi de s'amuser à des bals à Marly.

iik UOIiXEUX DÉLAIS OË YILLARS. [1703]

GHAPITBE VI.

Honteux délab de Villars de passer en Bavière; jaloux de sa femme, refuse de la mener avec lui; joiat eofia Télecteur. — Mort de la coffltesae Delmoet à Saint-Germain. — Mort du baron d'Hantéfeuille» ambassadeor de Naples. — Mort de Bechameil; sa fortune et son caractère. — Prince d'Auvergne pendu en Grève en effigie. >— Défection du duc Moles.— Duc de Bourgogne déclaré pour Tar* mée sur le Rhin , avec Tallard sous lui et Manin près de lui. — Duchesse de Yenladour quitte Madame; ses vues. Duchesse de Brancas dame d'honneur de Madame pour son pain; son caractère et ses malheurs. — Mort de Félix; Maréchal premier cliirurgien du roi en sa place; son caractère. — Curieux fait d'un voyage de Maréchal à Port-Royal des Champs. — Comtesse de Grammont; son caractère; sa courte disgrâce; le roi lui donne Pontali. — Mort d'Aubigné. — Aversion du roi pour le deuil. — Maladie du comte d'Ayen, singulièrement visité. — Papiers du P. Quesnel pris et lui arrêté, qui s'échappe. — Disgrâce de l'archevêque de Reims et son raccommodement. — Mort de Gourville; son mariage secret et sa sage disposition. — Bonn rendu par d'Alègre. — Gondiat d'Eckeren. — Toison d'or à BoufUers. — Bedmar conseiller d'État en Espagne. — Trois cent mille livres de brevet de retenue, outre trois cent mille autres, à Chamillart. — Walstcin, ambassadeur de l'empereur en Portugal, prisonnier. -—Succès de mer.

Kélh pris, et les comtes Schick et Stinim à la téte des

troupes impériales pour contenir l'électeur de Bavière, il devenoit fort pressé de faire passer une armée à son secours ; YiUars et la sienne y étoient destinés. Il étoit revenu à Strasbourg après sa conquête; il fut difficile de Ten £ûre sortir; il ne pottvoit s'éloigner de sa fenune. Le prince Louis rassembloit des troupes , et se retranchoit aux passages des montagnes. Le maréchal lui envoya demander un passe-port pour sa femme; il en fut refusé, et il s'en vengea depuis

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