‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 52 sur 209 · MARÉCHAL PREMIER CHIRURGIEN DU ROI · texte numérisé non relu

MARÉCHAL PREMIER CHIRURGIEN DU ROI

fut bien initié (et on l'étoit bientôt dans ces sortes d*einploli familiers auprès de lui).'On Terra dans la suite que ce n'est

pas sans raison que je m'étends sur cette espèce de personnage des cabinets intérieurs, que sa faveur laissa toujours doux, respectueux, et quoique avec quelque grossièreté » tout à ùài en sa place. Mon père , et moi après lui, avons logé toute notre vie auprès de la Charité. Ce voisinage avoit fait Maréchal le chirurgien de notre maison; il nous étoit tout à fait attaché, et il le demeura dans sa fortune.

Je me souviens qu'il nous conta, à Mme de Saint-Simon et à moi, une aventure qui lui arriva, et qui mérite d'être rapportée. Moins d'un an depuis qu'il fut premier chirurgien, et d^à en familiarité et en faveur, mais voyant, comme il a toujours foit, tous les malades de toute espèce qui avoient besoin de sa main dans Versailles et autour, il fut prié par le chirurgien de Port-Royal des Champs d'y aller voir une religieuse à qui il croyoit devoir couper la jambe. Maréchals'y engagea pour le lendemain. Ce même lendemain, on lui proposa, au sortir du lever du roi, d'aller à une opération qu'on devoit faire; il s'en excusa sur l'engagement qu'il avoit pris pour Port-Royal. A ce nom, quelqu'un de la Faculté le tira à part, et lui demanda s'il savoit bien ce qu'il faisoit d'aller à Port-Royal. Maréchal, tout uni, et fort ignorant de toutes les affaires qui, sous ce nom, avoient fait tant de bruit, fut surpris de la question, et encore plus quand on lui dit qu'A ' ne jouoit pas à moins qu'à se faire chasser; il ne pouvoit comprendre que le roi trouvât mauvais qu'il allât voir si on y couperoit ou non la jambe à une religieuse. Par composition, il promit de le dire au roi avant d'y aller. En effet, il se trouva au retour du roi de sa messe, et comme ce n'étoit pas une heure où il eût accoutumé de se présenter, le roi, surpris , lui demanda ce .qu'U vouloit. Maréchal lui raconta avec simplicité ce qui Tamenoit, et la surprise où il en étoit lui-même. A ce nom de Port-Royal, le roi se redressa comme il avoit accoutumé aux choses qui lui déplaisoient, et demeura

11703] CURIEUX FAIT D'UN TOTAGS DE HARfiCHAL. 113

deux ou trois Pater sans répondre, sérieux et réfléchissant, puis dit à Maréchal : < Je veux bien que vous y alliez , mais à eondition que tous y alliez tout à l'heure pour avoir du temps devant tous; que, sous prétexte de curioeité, vous voyiez toute la maison, et les religieuses au chœur et partout où vous les pourrez voir; que vous les fassiez causer, et que vous examiniez bien tout de très-près, et que ce soir vous m'en rendiez compte. » Maréchal, encore plus étonné, fit son voyage, vit tout, et ne manqua k lien de tout ce qm M étoit prescrit, n ùA attendu avec impatienoe; le roi le * demanda plusieurs fois, et le tint à son arrivée près d'une heure en questions et en récits. Maréchal fit un éloge continuel de Port-Royal; il dit au roi que le premier mot qui lui fiit dit fut pour lui demander des nouvelles de la santé du roi, et à plusieurs reprises; qu'il n'y avoit lieu où on priAt tant pour lui, dont il avoit été témoin aux offices du duEur. il admira la charité, la patience et la pénitence qu'il y avoit remarquées; il ajouta qu'il n'avoit jamais été en aucune maison dont la piété et la sainteté lui eût fait autant d'impression. La fin de ce compte fut un soupir du roi, qui dit que c'étoient des saintes qu'on avoit trop poussées, dont on n'avoit pas assez inénagé Tignorance des faits et l'entêtement, et à l'égard desquelles on avoit été beaucoup trop loin. Voilà le sens droit et naturel, produit par un récit sans fard, d'un homme neuf et neutre, qui dit ce qu'il a vu, et dont le roi ne se pouvoit défier, et qui eut par là toute liberté de parler; mais le roi, vendu k la contre-partie, ne donnoit d'accès qu'à elle; aussi cette impression fortuite du vrai fut-elle bientôt anéantie. Il ne s'en souvint plus quelques années après, lorsque le P. Tellier lui fit détruire jusqu'aux pierres et aux fondements matériels de Port-Royal, et y passer partout la charrue.

Félix avoit eu pour sa vie une petite maison dans le part

de Versailles, au bout du canal où aboutissoient toutes les eaux. U l'avoit rendue fort jolie. Le roi la donna à la corn-

IS4 ilOHTESSE DE GRAMMOKT; [1703]

te8fle de Grammont. Les étranges Mémoires du comte de

Gramraont, écrits par lui-même, apprennent qu'elle étoit Hamilton, et comment il l'épousa en Angleterre. Elle avoit été belle et bien faite; elle en avoit conservé de grands restes et la plus haute mine. On ne pouvoit avoir plus d'esprit, et, malgré sa hauteur, pliis d'agrément, plus de politesse, plus de choix. Elle Tavoit orné, die avoit été dame du palais de la reine, avoit passé sa vie dans la meilleure compagnie de la cour, et toujours très-bien avec le roi, qui goûtoit son esprit, et qu^elle avoit accoutumé à ses manières libres dans les particuliers de ses maîtresses. G*étoit une femme <itti avoit eu ses galanteries, mais qui n*avoit pas laissé de se respecter, et qui , ayant bec et ongles , l'étoit fort à la cour, et jusque par les ministres, qu'elle cultivoit même très-peu.

Mme de Maintenon, qui la craignoit, n'avoit pu l'écarter; le roi s'amusoit fort avec elle. £Ue sentoit l'aversion ^t la jalousie de Mme de Maintenon : elle Tavoit vue sortir de terre, et surpasser rapidement les plus hauts cèdres ; jamais elle n'avoit pu se résoudre à lui faire sa cour. Elle étoit née de parents catholiques, qui l'avoient mise toute jeune, à Port- Royal, où elle avoit été élevée. Il lui en étoit resté un germe qui la nq)pela à une solide dévotion avant même que Tâge, le monde ni le. miroir la pussent faire penser à changer de conduite. Avec la piété, instruite comme elle l'avoit été, l'amour de celles à qui elle devoit son éducation , et qu'elle avoit admirées dans tous les temps de sa vie, prit en elle le dessus de la politique. Ce fut par où Mme de Maintenon espéra éloigner le roi d'elle. Slle y échoua toiyours avec un extrême dépit : la comtesse s*en tiroit avec tant d'esprit et de grâces, souvent avec tant de liberté, que les reproches du roi se tournoient à rien, et qu'elle n'en étoit que mieux et plus familière avec lui, jusqu'à hasarder quelquefois quelques regards altiers à Mme de Maintenon, et quelques plaisanterie salées jusqu'à l'amertume. Trop enhardie par une longue habitude de succès^ elle osa s' enfermer à Port-Royal

[1703] SOU CARACTÈRE, SA COURTE DISGRÂCE. il8

toute une octave de la Féte^eu. Son absence fit un vide qui importuna le roi- et qui donna beau jeu à Mme de Maintenen

sur la découverte. Le roi en dit son avis au comte de Grammont fort aigrement, et le chargea de le rendre à sa femme. H en fallut venir aux excuses et aux pardons, qui furent mal reçus. Elle fut renvoyée à Paris, et on alla à Marly sans elle. Elle y écrivit au roi par son mari sur la fin du voyage; mais ' on ne la put jamais résoudre à écrire à Mme de Maintenon, ni à lui faire dire la moindre chose. La lettre demeura sans réponse et parut sans succès. Peu de jours après le retour à Versailles, le roi lui fît dire par son mari d'y venir : il la vit dans son cabinet par les derrières, et quoique très-expressément elle tint ferme sur Port-Royal, ils se raccommodèrent à condition de n*y jdus faire de ces disparates, comme lui dit le roi , et d'avoir pbur lui cette complaisance. Elle n*al!a point chez Mme de Maintenon, qu'elle ne vit qu'avec le roi, comme elle avoit accoutumé, et fut mieux avec lui que jamais.

Gela s^étoit passé Tannée précédente. Le présent des Mou<lineaux, cette petite maison revenue à la disposition du roi par la mort de Félix, qu'elle appela Pontali, fit du bruit, et

marqua combien elle étoit bien avec le roi. Ce lieu devint à la mode. Mme la duchesse de Bourgogne, les princesses l'y allèrent voir, et assez souvent. N'y étoit pas reçu qui vouloit, et le dépit que Mme de Maintenon en avoit, mais qu*elle n*osoit montrer, ne fut capable de retenir que bien peu de ses plus attachées, qui même sur les propos du r6i à elles dans Tintérieur, et sur l'exemple de ses filles, n'osèrent s'en dispenser tout à fait; et le roi , jaloux de montrer qu'il n étoit pas gouverné, suivoit en cela d'autant plus volontiers son goût pour la comtesse de Grammont, qui, avec toute la cour, ne s'en haussa ni baissa.

lime de Maintenon se consola de cette petite peine par la déHvrance d'une bien plus grande : ce fiit celle de son firère, qui mourut aux eaux de Vichy, toujours gardé à vue par ce

126 MORT D'AUBIGMÊ. £1703]

Madott prêtre de Saint-Sulpioe, qui en fiit» UeatAX après, récompensé d*un bon évèché. Je ne dirai rien id de ce

M. d'Aubigné , parce que j'en ai parlé suffisamment ailleurs. Le roi, qui ha'issoit tout ce qui étoit lugubre, ne voulut pas que Mme de Mainteacu drapât, comme ou iaisoit encore alors pour Ij^ frères et les sœurs, ncm pas même que ses Talets de chambre ni ses. femmes fussent vêtus de noir, et ellemême en porta un deuil fort léger et fort court. Il ne vaqua par cette mort qu'un collier de Tordre, et le gouvernement de Berry, dont le comte d'Ayen, sou gendre, avoit la survivance.

Ce gendre étoit tombé dans une langueur où les médecins ne purent rien connoitre, et qui, sans maladie autre qu'une

grande douleur au creux de Testomac , le réduisit à l'extrémité. 11 ne fut pas question de songer a faire la campagne. Il passa l'été au coin du feu , enveloppé comme dans le plus rigoureux hiver. Mme de Maintenon Talloit voir souvent, et ce qui parut de bien extraordinaire, Mme la duchesse de Bourgogne y passoit des après-dtnées, et quelquefois sans elle. Soit fantaisie de malade, soit raisons domestiques, il se lassa d'être dans l'appartement de son père et de sa mère, où lui et sa femme étoient très-commodément logés, et si vaste que cela s*appeloit la rue de Noailles, et tenoit toute la moitié du haut de la galerie de l'aile neuve. H fit demander à l'archevêque de Reims son logement à emprunter, qui étoit à l'autre extrémité du château. 11 n'en avoit point d'autre, et la demande étoit d'autant plus incivile que l'archevêque étant lors au plus-mal avec le roi, et le comte d'Ayen n'étant pas le maître de lui céder celui que M. le duc de Berry avoit quitté depuis quelque temps, sous celui du duc de Noailles, où il s'étoit mis, <i' étoit déloger tout à lait l'archevêque. J'avance ce délogement pour ne pas séparer le raccommodement de l'archevêque de Aeims de trop loin de sa disgrâce, et rapporter de suite Tune et l'autre. Ce sont de ces curiosités de cour dont les époques ne sont pas importantes dans leur

[1703] PAPIERS DU P. ttUfiSNEL PAIS. iS7

exactitude, lorsque les matières portent à ne s'y pas arrêter, pourvu qu'on ait celle de les remarquer. Voici donc la cause de la disgrâce de Tarchevéque de Reims» dont la source arriva la veille de la Pentecôte de cette amiée.

Le fameui Anumld étoit mort & qaatre-viDgtr>4eiiz ans» à Bmxdles, en 1694. Le P. Qaesnel, toujours connu sons ce nom pour avoir été longtemps dans l'Oratoire, avoit succédé à ce grand chef de parti. Il se tenoit caché comme son maître, en butte aux puissances remuées par tous les res* sorte des jésuites et de leurs créatures, également possesseurs de la conscience du roi et du roi d'Espagne, ils jugèrent la conjoncture favorable pour tâcher de se saisir, par leur concours, de la personne du P. Quesnel et de tous ses papiers. Il fut vendu, découvert et arrêté à Bruxelles la veille de la Pentecôte de cette année. J'en laisse le curieux détail aux annalistes jansénistes. H me suffira ici de dire qu'il se sauva en perçant une maison voisine, et gagna la HoUande à travers mille dangers; mais ses papiers furent pris, où il se ti'ouva force marchandise dont le parti moliniste sut grandement profiter. On y trouva des chiflies, quantité de noms avec la def, et beaucoup de lettres et de commerces. Un bénédictin de Fabbaye d'AuviUé, en Champagne, s*y trouva fort mêlé, qui avoit déjà eu des affaires sur la doctrine. On résolut de l'arrêter, et de faire saisir tout ce qui se trouveroit d'écrits dans ce monastère. Le moine se sauva, et pas un papier dans sa cellule; mais on fut dédommagé par l'ample mdsson qu'on fit dans cdle du sous^rieur, qui en étoit fiarde. Tout fut apporté à Paris et bien examiné, n s'y trouva une étroite correspondance entre le P. Quesnel et ce religieux, et une fort grande aussi par son canal entre le même P. Quesnel et M. de Reims. Le pis fut qu'on y trouva aussi les brouillons de là main du moine d'un livre imprimé ûepuÎB peu en Hollande, qui confondoit fort la monarchie avec la tyrannie, et qui sentoit fort le républicain, tout à fait dans les sentiments dont le fameux Richer, si odieux à Rome

128 DiSGKÀC£ D£ L*ARCU£YÉaU£ 1>£ K£1MS [1703]

et aux jésuites, s'étoit solenneUeraent rétracté depuis, mais qu'il avoit imprimés durant les fureurs de la Ligue. Ce moine d'Auvillé fut donc avéré être l'auteur de ce livre qui venoit de paroitre contre la monarchie, il n'en fallut pas davantage pour faire soupçonner au moins le P. Quesnel d*ètre du mAme avis, et M. de Reims d*ètre au moins le confident>de rouvrage, s*il n'étoit pas dans les mêmes sentiments. On peut juger de tout l'usage que les jésuites, ses ennemis, et qu'il avoit toujours maltraités impunément, surent faire d'un si grand avantage. Le roi entra dans une grande indignation. La famille de rarchevéque* tout à fait tombée de crédit et de considération depuis que le ministère en étoit sorti, et ses amis, furent alarmés. Ils en donnèrent avis à l'archevêque, qui étoit à Reims, et que la frayeur y retint au lieu de venir essayer de se justilier. Son séjour dans une telle conjoncture fut un autre sujet de triomphe et de mauvais offices contre lui, qui à la fin le forcèrent au retour. Il obtint avec peine une audience du roi : elle fut fâcheuse; il en sortit plus mal encore avec hii qu'il n'y étoit entré, et sa disgrâce très- marquée dura jusqu'à ce hasard longtemps après, que je viens de raconter du comte d'Ayen.

L*archevéque savoit trop bien la cour pour ne pas saisir cette occasion favorable. U comprit dans Tinstant que Mme de Maintenon, plus contente alors de sa nièce qu^elle ne l*avoit été, raflolée du comte d'Ayen malade, et plus qu'importunée de la duchesse de Noailles, dont elle n'aimoit pas la personne, et moins encore les vues et les demandes continuelles pour une vaste famille, fatiguée même du duc de Noailles, seroit ravie d*étre en retraite à son aise et kfin d'eux, chez le comte et la comtesse d'Ayen, dans son appartement, qui étoit séparé de ceux du père et du fils de tout le château. Il répondit donc en envoyant ses clefs avec toute la politesse d*un rustre en disgrâce, et protesta que quand il n'iroit pas dans son diocèse, il ne rentreroit point dans son appartement. Dès le même jour il en fit ôter tous les meubles sans

[1703] ET SON RAGCOMMODtMENT. 129

y rien laisser, et s'en alla loger dans sa maison à la ville. Le lendemain, le roi rencontrant Tarchevôque sur son passage, alla droit à lui, le remercia le plus obligeamment du monde, lui dit qu*il n'étoit pas juste qu*il fût délogé, lui ordoona d'aller voir rappartement que M. le duc de Berry avoît quitté, qui avoit été prêté au comte d'Ayen ; de voir 8*il s'en pourrait accommoder, d'y ordonner tous les changements et tous les agréments qui lui plairoient, et ajouta que, contre ce qu'il avoit établi depuis quelque temps, il ne vou-^ loit paB qu'il lui en coûtât rien, et qu'il ordonneroit aux bAtim^ts de tout exécuter sous ses ordres. H. de Reims, comblé bien au-dessus de ses espérances, profita de cet heoreux moment. Il obtint une audience du roi, qui lui fut aussi favorable que la dernière avoit été alfligeante. Elle fut longue, détaillée; le roi lui rendit ses bonnes grâces premières, et il promit aussi au roi les siennes pour les jésuites, sans que le roi l'eût exigé. H fit accommoder aux dépens du roi , qui lui en demanda souvent des nouvelles, ce logement de M. le duc de Berry, qui, un peu moins grand que le sien qu'il quittoit, étoit de plain-pied à la galerie haute de l'aile neuve et aux appartements du roi, et un des beaux qui ont vue sur les jardins, au lieu que le sien étoit au haut du château à l'opposite, et qu'il n'avoit rien à y perdre pour le voisinage de la surintendance, où son père et son neveu étoient morts, qui étoit occupée par Chamillart et sa famille, successeur de leur charge; et voilà comment, dans les cours, des riens raccommodent souvent les affaires les plus désespérées; mais ces hasards heureux y sont pour bien peu de gens.

Gourville mourut en ce temps-ci, à quatre-vingt-quatre ou cinq ans, dans l'hôtel de Condé, où il avoit été le maître toute sa vie. 11 avoit été laquais de M. de La Rochefoucauld, père du grand v^eur, qui, lui trouvant de l'esprit, et étant de ses terres de Poitou, en voulut faire quelque chose. U s'en trouva si bien pour ses affaires domestiques et pour ses menées aussi, à quoi il étoit fort propre, qu'il s'en servit

laO HOaT D£ G0UKY1LL£; [1703]

pour les. intrigues les plus considérables de ces temps-là.

Elles [le] firent bientôt connoître à M. le Prince, à qui M. de La Rochefoucauld le donna, et qui demeura toujours depuis dans la maison de Gondé. Les Mémoires qu'il a laissés, et ceux de tous ces temps de troubles, de la minorité du roi jusqu*à son mariage, et au retour de M. le Prince par la paix des Pyrénées, Font assez fait connottre pour que je n'aie rien à y ajouter. Gourville, par son esprit, son grand sens, les amis considérables qu'il s'étoit faits, étoit devenu un personnage; l'intimité des ministres l'y maintint, celle de M. Fouquet l'enrichit k Texcès. L'autmté qu'il acquit et qu'U se conserva à Thôtel de Gondé, où il étoit plus maître de tout que les deux princes de Gondé, qui eurent en^lui toute leur couiiance, tout cela ensemble le soutint toujours dans une véritable considération. Il n'oublia pas en aucun temps qu*il devoit tout à M. de La Rochefoucauld, ni ce qu'il avoit été en sa jeunesse; et quoique naturellement assez brutal, il ne se méconnut jamais, quoique mMé touti» sa vie avec la plus illustre compagnie. Le roi même le traitoit toujours avec distinction. Ce qui est prodigieux, il avoit secrètement épousé une des trois sœurs de M. de La Rochefoucauld. D étoit continuellement chez elle à l'hôtel de La Rochefoucauld, mais totjyours, et avec elle-même, en ancien domestique de la maison. M. de La Rochefoucauld et toute sa famille le savoient, et presque tout le monde, mais à les voir on ne s'en seroit jamais aperçu. Les trois sœurs filles et cellelà, qui avoit beaucoup d'esprit et passant pour telle, logeoient ensemble dans un coin séparé de l'hôtel 4^ 1^ Rochdbuoauld, et GourviUe à l'hôtel de Gondé. Cétoit un fort grand et gros homme, qui avoit été bien fait, et qui conserva sa bonne mine, une santé parfaite, sa tête entière jusqu'à la fin. Il avoit peu de domestiques, bien choisis. Lorsqu'il se vit fort vieux, il les fit tous venir un matin dans sa chambre ; là a leur déclara qu'il étoit fort content d'eux, mais qu^ils ne s'attendissent pas un d'eux qn*il leur laissftt-quoi que ce

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