‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 51 sur 209 · DÉFECTION DU DUC .MOLEZ · texte numérisé non relu

DÉFECTION DU DUC .MOLEZ

Alt arrêté, dédara en ce temps-ci qu'3 ne Tavoit été que de

son consentement; qu'il avoit été toujours dans le parti de l'empereur, publia un manifeste sur sa conduite , et fut récompensé d'une des premières charges dans la maison de l'archiduc, où il ne ût jamais aucune figore.

Le maréchal de Yilleroy partit pour la Flandre, où le maréchal de Boufflers l'attendoit; le maréchnJ d*Estréè9 pour son commandement de Bretagne, et le maréchal de Cœuvres, son fils, pour Toulon, préparer tout en attendant M. le comte de Toulouse; et Mgr le duc de Bourgogne, au lieu de sa pr^ mièré destination en Ilandre, fut déclaré pour rAlIemagne, où le inarédial de Tallard étoit avec une armée, et Marsin choisi pour être auprès de la personne de ce prince.

La duchesse de Ventadour, voyant la maréchale de La Mothe , sa mère , vieillir, et Mme la duchesse de Bourgogne donner des espérances d'avoir bientôt des enfants, jugea qu'il étoit temps de quitter Madame, pour s'ôter le prétexte de la considération de cette princesse, et s'aplanir la voie à la survivance de gouvernante des enfants de France. Son ancien ami, le maréchal de Yilleroy, étoit parvenu à la mettre bien dans l'esprit de Mme de Maintenon, auprès de laquelle elle avoit les grâces de la ressemblance qui la touchoit le plus, c'est-à-dire celles des aventures gdantes plâtrées après de dévotion.

Madame, qui Vaimoit fort, et qu'elle avoit bien servie à la mort de Monsieur, entra dans ses vues , et chercha quelque duchesse sans pain et brouillée avec son mari, comme étoit la duchesse de Yentadour, quand elle fit l'étrange planche d'entrer à elle, au scandale public, à Tétonnemeilt du roi, qui eut peine à l'accorder aux instances de Monsieur, et qui voulut savoir si sa famille y consentoit.

Madame fut quelque temps à trouver cette misérable duchesse. A la fin, la duchesse de Brancas se présenta, et fut acceptée avec une grande joie. Elle étoit sœur de la princesse d'Harcourt, et Im étoit parfaitement dissemblable : c'ëtoit

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une femme de peu d'esprit, sans toutefois manquer de sens et de conduite, très-vertueuse et très^véritaUement dévote

dans tous les temps de sa vie, et la plus complètement malheureuse. Elle et son mari étoient enfants des deux frères, lesquels étoient iils du premier duc de Villars, frère de l'amiral, et d*une sœur de la belle et fameuse Gabrieile, et du premier maréchal duc d*£strées. Le duc de Brancas avoit perdu son père et sa mère à seize ans, qui n*avoient jamais figuré. Son oncle, le comte de Brancas, avoit fort paru à la cour et dans le monde, et parmi la meilleure, la plus galante et la plus spirituelle compagnie de ^on temps ^ et fort bien avec le roi et les reines. Nous avons vu en son lieu qu'il fut encore mieux avec Mme Scarron, depuis la fameuse Mme de Maintenon, qui s'en souvint toute sa vie. Le comte de Brancas est encore célèbre par ses prodigieuses distractions, que La Bruyère a immortalisées dans ses Caractères. Il Test encore par la singularité de sa retraite à Paris, au dehors des Carmélites, qu'il exhortoit à la grille depuis qu'il fut dans la dé* votion, qui ne l'empêchoit pas de voir toiyours bonne compagnie et de conserver du crédit à la cour, n avoit marié l'atnée de ses deux filles au prince d'Harcourt. N'ayant pas grandchose à donner à l'autre, il jeta les yeux sur son neveu, qui étoit assez pauvre et encore plus abandonné, n'ayant que cet oncle qui en pût prendre soin. Il étoit plus jeune de plusieurs années que sa cousine; son oncle, partie par amitié, partie par autorité, l'engagea à l'épouser, et lui en fit même parler par le roi. A dix-sept ans, et sans parents à qui avoir recours, il n'en faut pas tant pour paqueler un homme. 11 se mafia malgré lui en 1680, avec cent mille livres que le roi donna & sa femme, et fort peu de son beau-père, qu'il perdit six mois après, et avec lui tout le frdn qui pouvoit le retenir.

G'étoit un homme pétillant d'esprit, mais de cet esprit de saillie, de plaisanterie, de légèreté et de bons mots, sans la moindre solidité, sans aucun sens, sans aucune conduite» qui se jeta dans la crapule- et dans les plus infâmes débau-

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ches, où il se ruina dans une continuelle profonde obscurité. Sa femme devint l'objet des regrets d'un mauvais mariage fait contre son goût et contre son gré, dont elle n'étoit pas cause; elle passa sa* vie le plus souvent sans pain et sans habits, et souvent encore parmi ies plus fâcheux traitements, que sa vertu, sa douceur et sa patience ne purent adoucir. Heureusement pour elle, elle trouva des amies qui la secoururent, et sans la maréchale de Chamilly, elle seroit morte souvent de toutes sortes de besoins. Elle persuada enfin une 8éparati<m au duc de firaneas, qui, pour y parvenir solidement et de complot fait, battit sa femme et la chassa à coups de pied devant Mme de Chamilly, d'autres témoins et tous les valets, qui l'emmena chez elle, où elle la garda longtemps. De pain, elle en eut comme point par la séparation, parce qu'il ne se trouva pas où en prendre. Ëlle en étoit là d^uis plusieurs années quand, pour son pain, eUe se mit à Madame, et encore chargée d'enfonts, dont son mari se mettoit fort peu en peine. Madame, qui s'en trouvoit fort honorée, la traita jusqu'à sa mort avec beaucoup d'égards et de distinctions, et elle se fit aimer et cousidérer à la cour par sa douceur et sa vertu.

Félix, premier chirurgien du roi , mourut vers ce tempslà , laissant un fils qui n*avoit point voulu tâter de sa profession. Fagon, premier médecin du roi, qui avoit toute sa confiance et celle de Mme de Maintenon sur leur santé, mit en cette place Maréchal, chirurgien de la Charité, à Paris, le l^remier de tous en réjputation et en habileté, et qui lui avoit fdt très-heureusement l'opération de la taille. Outre sa capacité dans son métier, c'étoit un homme qui, avec fort peu d*esprit, avoit très-bon sens, connoissoit bien ses gens, étoit plein d'honneur, d'équité, de probité, et d'aversion pour le contraire;. droit, franc et vrai, et fort libre à le montrer, bon homme et rondement homme de bien, et fort capable de servir, et par équité ou par amitié, de se commettre très^ librement à rompre des glaces auprès du roi, quand il se

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