CARDINAL BONZI
de Florence; ils ont eu souvent les premières charges de cette république et des alliances directes avec les Médicis. Ce fax un Bonziy évéque de Terradne, qui ût le funeste mariage de Catherine de ttédids, qpi en amena en France, avec les Strozzi , les Gondi et d'autres Italiens. Un Bonzi eut l'éTâché de Béziers du cardinal Strozzi , son oncle, qui a été possédé par six Bonzi , d'oncle à neveu , dont deux ont été cardinaux. Le second Bonzi, évêque de Béziers, lit le triste mariage de Marie de Médicis. Sa parenté avec elle engagea Henri IV à le faire grand auménier de la reine, c'est-à-dire à ériger cette charge pour lui, l'unique qui, chez les reines, ait le titre de grand. G'étoit un homme de grand mérite, et qui avoit habilement traité beaucoup d'all'aires dehors et dedans, et qui eut la nomination de France au chapeau que Paul V lui donna en 1611. Pierre Bonzi, dont il s'agit ici, élevé auprès de Tévéque de Béziers, son'onde, auquel il succéda, plut de bonne heure au cardinal Mazarin. Ces Bonzi n'ont été heureux en mariages que pour eux-mêmes. Il fit celui du grand-duc avec une fille de Gaston, qu'il conduisit à Florence, d'où il fut ambassadeur à Venise, de là en Pologne, pour empêcher le roi Casimir d'abdiquer. 11 en rapporta la nomination de Pologne au cardinalat. Après son départ, Casimir abdiqua. Bonzi fût renvoyé en Pologne, où il rompit les mesures des Impériaux, et fit élire Michel Wiesnowieski. A son retour, il eut l'archevêché de Toulouse, et alla ambassadeur en Espagne. Bientôt après , il eut l'archevôché de Narbonne, le cliapeau, que Clément X lui donna en 1672, et fut grand aumônier de la reine. Il se trouva aux conclaves d'Innocent XI, Alexandre VIII et Innocent XII, et partout il brilla et réussit.
G'étoit un petit homme trapu , qui avoit eu un très-beau visage, à qui l'âge en avoit laissé de grands restes, avec les plus beaux yeux noirs, les plus parlants, les plus perçants, les plus lumineux, et le plus agréable regard, le plus noble et le plu» spirituel que j*aie jamais vu à personne; beaucoup
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d'esprit, de douceur, de politesse, de grâces, de bonté, de magnificence, avec un air uni et des manières charmantes; supérieur à sa dignité, toujours à ses afijaires, toujoura prêt à obliger; beaucoup d'adresse, de finesse, de souplesse, sans friponnerie, sans mensonge et sans bassesse; beaucoup de grâces et de facilité à parler. Son commerce, à ce que j*ai ouï dire à fout ce qui a Técu arec lui , étoit délicieux , sa conversation jamais recherchée et toujours charmante ; familier avec dignité, toujours ouvert, jamais enflé de ses emplois ni de sa faveur. Avec ces -qualités et iln discernement fort juste, il n'est pas surprenant qu'il se soit fait aimer à la cour et dans les pays étrangers.
Sa place de Narbonne le rendoit le maître des affidres du Languedoc; il le fàt encore plus par y être adoré et y avoir gagné la confiance des premiers et des trois ordres, que par son siège. Fleury, receveur des décimes du diocèse de Lodève, s*insinua dans le domestique du cardinal, parvinf jusqu'à lui, et à lui oser présenta son fils, qui plut tellement à cette éminence italienne, qu'il en prit soin, et fit, ce qu'on pourroit bien affirmativement dire, sa fortune, si elle n'avoit pris plaisir d'en insulter la France en l'en établissant roi absolu, et unique et public, et dans un âge où les autres radotent quand ils font tant que d'y parvenir.
fionzi jouit longtemps d'une faveur à la cour et d'une puissance en Languedoc, qui, établie premièrement sur les cœurs, n'étoit contredite de personne. H. de Yemeuil, gouverneur, n'y existoit pas; M. du Maine, en bas âge, puis en jeunesse, qui lui succéda, ne s'en mêla pas davantage. Bâville, intendant de Languedoc, y vouloit régner, et ne savoit comment supplanta une autorité si établie, lorsque, bien averti de la cour d'un accès de dévotion qui diminua depuis, mais qui dans sa ferveur portoit le roi à dés réformes d'au^ trui, lui fit revenir, par des voies de conscience,, des choses qui le blessèrent sur la conduite du cardinal Bonzi. Les Lamoignon, de tout temps livrés aux jésuites, réciproquement
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disposoient d'eux; et ces pères n*OTit jamais aimé des prélats assez grands pour n'avoir pas besoin d'eux , et dont étant néanmoins ménagés et bien traités comme ils Tétoient de BoDzi, se trouvoient en posture de les faire compter avec eux si d'aventure il leur en prenoit envie.
Le bon cardinal, quoique en âge où les passions sont ordinairement amorties, étoit éperdument amoureux d'une Mme de Gange, belle-sœur de celle dont la vertu et l'horrible catastrophe a fait tant de bruit. Les Soubise ne sont pas si rares qu'on le croit. Cet amour étoit fort utile au mari; il ne voulut donc jamais rien voir^ et profitoit grandement de ce que toute la province voyoit, et qu'il avoit bien résolu de ne voir jamais, quoique sous ses yeux. Le scandale étoit en effet très-réel, et sans l'affection générale que toute la province portoit au cardinal, cela auroit fait beaucoup plus de bruit. Bâville l'excita tant qu'il put : il procura au cardinal des avis fâcheux de la part du roi, puis des lettres du P. de La Chaise par son ordre, enfin quelque chose de plus par Ghflteauneuf, secrétaire d'État de la province. Bonzi alla à la cour, espérant tout de sa présence : il y fut trompé; il trouva le roi bien instruit, qui lui parla fort franchement, et qui, par son expérience, ne se paya point de l'aveuglement volontaire du mari. Bonzi, rappelé à Montpellier pour les états, ne put se contenir. Il avoit découvert que le coup lui étoit porté par Bâville. Il le trouva plus hardi et plus ferme dans le cours des affaires qu'il n'avoit encore osé se montrer; il fit des parties contre le cardinal, qui s'attira des dégoûts sur ce qu'il ne changeoit point de conduite avec sa belle. Il étoit accusé de ne lui rien refuser, et comme il disposoit dans les états, et hors leur tenue, de beaucoup de choses pécuniaires et de bien des emplois de toutes les sortes, Mme de Gange étoit accusée de s'y enrichir, et il y en avoit bien quelque chose. Cette espèce de déprédation fut grossie à la cour par Bàville, dont le but étoit d'ôter au cardinal tout ce qu'il pourroit de dispositions, de grâces à