‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 56 sur 209 · SON GAIUGTËRS, SA FORTUNE · texte numérisé non relu

SON GAIUGTËRS, SA FORTUNE

faire et d'autorité, d'y entrer en part d'abord comme par un

concert nécessaire contre Tabus, et de s'en emparer dans la suite. Il n'en fallut pas davantage pour les brouiller. Bâville fit valoir le service du roi et le bien de la province intéressés dans Tabus que le cardinal faisott dlune autorité que sa mattresse toumoît toute à la sienne et à un honteux inrofit. Peu à peu eette autorité, toujours butée et mise en compromis, s'afToibUt en l'un et crut en l'autre. L'intérêt, qui souvent est préféré à tout autre sentiment, fit des créatures à Bâville, qui commença à se montrer utile ami et dangereux ennemi. Cette lutte dura ainsi quelques années, Mville croissant toiyours aux dépens du cardinal, malgré ses voyages à la cour. Enfin le cardinal eut l'afiGront et la douleur de voir arriver une lettre de cachet à Mme de Gange, qui Texiloit fort loin. Son cœur et sa réputation en souffrirent également De cette époque, son crédit et son autorité tombèrent entièrement, et Bâville devint le maître, qui sut bien le faire sentir au cardinal et à tout ce qui lui demeura attaché.

Porté par terre, il espéra ^e relever. par le mariage de Gastriés, fils de sa sœur et gouverneur de Montpellier, avec une fille du feu maréchal-duc de Vivonne, frère de Mme de Montespan, qui n'avoit rien vaillant qu'une naissance et des alliances qui faisoient grand lionneur auxCastries, et la protection du duc du Maine, qui la promit tout entière h l'oncle et au neveu, mais l'accorda à son ordinaire quand le mariage fut fait, en 1693, qui fut son ouvrage. Il redonna pourtant par l'opinion qudque vie au cardimil et quelque mesure à Bâville, qui n*en fut pas longtemps la dupe. Le cardinal, qui se la vit de l'appui qu'il avoit espéré, tomba peu à peu en vapeurs qui dégénérèrent en épilepsie, et qui lui attaquèrent la tête. La tristesse l'accabla, la mémoire se confondit, les accès redoublèrent. Le dernier voyage qu'il fit à la cour, ce n*étoit plus lui en rien; il étoit même singulièrement rapetissé, et quelque part qii'il allât, même chez le roi, U étoit toujours suivi par son médecin et son confesseur, qui

m MORT DU CARDINAL DONZI. [1703]

passoit pour un aumônier. Il mourut bientôt après son retour en Languedoc, consommé par Bàville, devenu tyran de la province.

Le duc de La Ferté mourut aussi cet été d'hydropisie, à qiiarant&*8ept ans. Sa valeur Fayoit arancé de bonne heure; il aroit toujours senri , il étoit devenu très-bon offider général et falsoit espéarer qu'il ne seroit pas moins bon à la téte

d'une armée que le maréchal son père. Il avoit beaucoup d'esprit, ou plutôt d'imagination ou de saillies, gai, plaisant, excellent convive; mais le vin et la crapule le perdirent après en avoir bien tué à table. Le roi, qui avoit du goût pour lui, fit tout ce quil put pour le corriger de ses débauches; il lui en parla souvent dans son cabinet, tantOt avec amitié, tantôt avec sévérité. Jl lui maiiquoit peu, en 1688, de l'âge nécessaire pour être chevalier de Tordre, et le roi lui fit dire qu'il l'eût dispensé s'il avoit voulu profiter de ses avis. 11 étoit incorrigible , et même , les dernières campagnes qull fit, peu capable de servir par une continueBe ivresse. H avoit passé sa vie brouillé et séparé^ de sa femme, fille de la maréchale de La Mothe, dont il n'eut que deux filles.

On ne savoit ce qu*étoit devenu son frère , le chevalier de La Ferté, qu*on a cru péri et dont on n'a jamais ouï parler, qui étoit un étrange garnement : son autre frère, séduit enfant par les jésuites , se Tétoit fait malgré son père qui, le rencontrant jeune novice sur le pont Neuf avec le sac de quête sur le dos, comme faisoient encore alors les jeunes jésuites, le fit courre par ses valets, dont il se sauva à grând'peine. n avoit aussi beaucoup d'esprit et devint célèbre prédicateur; mais il aimoit la bonne chère et la bonne compagnie et n'étoit pas fait pour être religieux. H mécontenta les jésuites qui à la fin le reléguèrent à la Flèche, où il mourut longtemps après son frère, non, je pense, sans regretter ses vœux qui l'exclurent de succéder à la dignité de son frère qui demeura éteinte trente-huit ans après son

[1703] BAILLI KOAILLBS ÂMBASSADBUK DE MALTB. 139

érection. Le gouvernement de Metz, Verdun, [de Toul] et de leurs évêchés, vacant par cette mort, fut donné au maréchal de Joyeuse.

Le bailli de NoaiOes, frère do duc et du cardinal de NoaOles, succéda au bailli d*Hautefeuille à l'ambassade de la religion* en France. Il étoit lieutenant général des galères de France, qu'il vendit au marquis de Roye, capitaine da vaisseau, lors à la mer, qui avoit épousé la fille unique de du Casse. Pontchartrain, mari de sa sœur, en fit le marché, et en eut l'agrément pour lui en son absence, ce qui le fit tout d'un coup lieutenant général des années navales.

M. le comte de Toulouse étoit parti pour Toulon, et Mgr le duc de Bourgogne pour aller prendre le commandement de l'armée du maréchal de TaUard sur le Rhin^ où le prince Louis de Bade et les autres généraux en chef de

l'empereur, occupés à la tête de divers corps à s'opposer aux progrès déjà faits de l'électeur de Bavière, et à ceux qu'il en craignoit bien plus depuis que Villars l'avoit joint , n'étoient pas en état de s'opposer beaucoup aux projets du maréchal de Tallard, qui fut assez longtonps à observer le prince Louis et à subsister, tandis que l'empire trembloit dans son centre, par les avantages que l'électeur avoit remportés sur les Impériaux, et que la diète de Ratisbonne ne s'y continuoit que sous ses auspices. Sélecteur comptoit bien de profiter de la jonction des François, et il n'y eut complaisance qu'il n'eût pour leur général. Celui-ci , dont l'audace [étoit] excitée par son bâton, et par la faveur où fl se croyoit, et la gloire d' autrui qu'il avoit revêtue par la bataille de Friedlingen, s'oublia jusqu'à croire pouvoir atteindre tout, et ne se troiùpa pas dans la suite, mais le moment n'en étoit pas arrivé. Il profita du besoin que l'électeur de Bavière avoit de son concours pour le forcer à

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