‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 57 sur 209 · La religion ligaifie ici Tordre de Malte · texte numérisé non relu

La religion ligaifie ici Tordre de Malte

i40 V1LLAR8 REMPLIT 8£S COFFRES. [1703]

demander au roi de le faire duc. La proposition parut tello

qu'elle étoit , et fut refusée à plat.

Alors, YiUars, n'espérant plus rien de rélecteur, songea à remplir ses qoffres. 11 mit dans tous les pays où ses partis purent atteindre des saiOTegardes et des contributions, qui n'épargnèrent pas même les pays de Félecteur dont il fit peu de part à la caisse militaire, et se fit à lui des millions. Des millions ne sont pas ici un terme en l'air pour exprimer de grandes sommes, je dis des millions très-réels. Ce pillage déplut extrêmement à l'électeur; mais ce qui l'outra, Ait l'opposition qu'il trouva en Villars à tout ce qu'il lui proposa de projets et mouvements de guerre. Villars vouloit s'enrichir, et rejetoit tout ce qui pouvoit resserrer ses contributions et ses sauvegardes par réloignement de son armée, et par des entreprises faciles et utiles, mais qui, le tenant près de l'ennemi, le mettoient hors de portée de ce gain immense.

D'autre part, loin de craindre de se brouiller avec l'électeur, c'éloit tout son but, depuis qu'il avoit échoué à une dernière tentative de faire venir sa femme le trouver. Le roi, à force d'importunité, y avoit consenti; là-dessus Villars avoit demandé un passe-port pour elle au prince Louis de Bade, qui, piqué du ravage de ses terres, sur son premier refus, renvoya à Villars la lettre qu'il en avoit reçue tout ouverte, sans lui faire un seul mot de réponse. La jalousie le poignardoit; à quelque prix que ce fût il vouloit aller rejoindre sa femme. Ni les succès sur le Danube, ni le Concert avec l'électeur n'étoient pas propres à. avancer son dessein; il réduisit donc ce prince à ne pouvoir demeurer avec lui, ni à espérer de rien exécuter en Allemagne.

Cette étrange situation lui fit concevoir le dessein, pour ne pas demeurer inutile spectateur des trésors que Villars amassoit, de se rendre maître du Tyrol. .Villars, ravi de se délivrer de lui et de ses troupes, pour avoir ses coudées plus franches et qu'on se prit moins à lui d'une si iàtale

[1703] PROJ£T INSENSÉ DU TVaOL. i4i

inaetion dans le cœur de l'empire, admira et eonfirma ce

projet qu'il avoit peut-être fait naître. La difficulté du passage des Alpes gardées et retranchées partout, ni celle des subsistances qui pouvoit faire périr l'électeur et ses troupes comme il en fut au moment, ne parurent rien à Yîllars. Pour mieux faire goûter au roi un projet si insensé, il lui proposa celui d*une communication avec Télecteur par Trente, qui affranchiroit des dépenses, des difflcultés et des dangers de porter par T Allemagne des recrues, des secours et les besoins aux troupes françoises en Bavière, du moment que par'Trente et le Tyrol la conmiunieation seroit ouverte en tout temps de Tannée d'Italie jusqu'en Bavière, par où on auroit le choix de faire les grands et certains efforts en Allemagne par des détachements d'Italie, ou en Italie par ceux de TAllemagne. Rien toutefois n'étoit si palpabiement insensé.

Par la jonction de Yillars on éteit au comble des désirs qu'on avoit formés : toute l'Allemagne trembloit; les forces

ennemies étonnées, moindres que les nôtres; un pays neuf, ouvert, point de ces places à tenir plusieurs mois comme sur le Rhin et en Flandre; la confusion portée en Allemagne, et les princes de Tempire jetés par leur ruine, ainsi que les villes impériales, dans le repentir de leur complaisance pour l'empereur et dans la nécessité de s'en retirer ; l'empereur, dans la dernière inquiétude des succès des mécontents de Hongrie, grossis, organisés, maîtres de la haute Hongrie, et dont les contributions s'étendoient jusque autour de Presbourg. Quels autres succès pouvoient être comparables à ceux qu'on avoit lieu de se promettre dans le cœur de l'Allemagne, et pour les plus sûrs avantages, et pour forcer l'empereur d'entendre à une paix qui conservât la monarciiie d'Ëspagne à celui qui déjà y régnoit! En quittant ce certain pour le projet du Tyrol, outre les difficultés d'y atteindre et de s'y maintenir avec les seules forces de Télec:teur, dont l'armée françoise auroit toigours le pays électoral

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