LE PORTUGAL SE JOINT AUX ALLIÉS
Tallard auroit été embarrassé de sa personne depuis <pie
l'exemple du roi a borné ces premières têtes de l'État à des sièges et à des campements exempts des hasards des
batailles.
Le Portugal nous avoit manqué, ou plutôt nous avions manqué au Portugal, avec qui on ne put exécuter oe qu'on lui avoit promis de forces navales poinr le mettre à couvert de celles des Anglois. Le duc de Gadaval, le plus grand
seigneur et le plus accrédité du conseil du roi de Portugal, l'avoit fait conclure. L'exécution en étoit d'autant plus essentielle, qu'il étoit clair que les Portugais ne pouvoient point 80 défendre par leurs propres forces d'ouvrir leurs ports aux flottes ennemies, n ne l'étoit pas moins que l'Espagne ne pouvoit être attaquée que par le côté du Portugal, et que l'archiduc ne pouvoit mettre pied à terre ailleurs pour y porter la guerre. Rien n'étoit donc plus principal que de garder contre lui cette unique avenue, de conserver le continent de l'Espagne en paix en gardant bien ses ports et ses côtes, et de s'épargner une guerre ruineuse et dangereuse en ce pays-'là, tandis qu'on en avoit partout aiUeurs à soutenir. Les alliés avoient le plus puissant intérêt à s'ouvrir une diversion si avantageuse, qui de plus donneroit par mer une jalousie et une contrainte continuelle , dès qu'ils pourroient faire hiverner leur flotte dans le port de Lis- Jsonne , et avoir la liberté dans tous les autres du Portugal. Aussi ne perdirent-ils pas de temps à prévenir l'obstacle que nous y pouvions mettre, et par la lenteur ou l'impuissance d'accomplir à temps notre traité, ils forcèrent le roi de Portugal à en signer un avec eux, qui pensa plus d'une fois dans la suite coûter la couronne k Philippe Y.
Presque en même temps on s'aperçut de l'infidélité du duc de Savoie. Phélypeaux, ambassadeur du roi auprès de lui, qui avoit le nez fin, en avertît longtemps sans qu'on voulût le croire. Les traités, la duubie alliance, les anciens mécontentements sur le dédommagement du Montferrat, la