‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 80 sur 209 · PRINCESSE DES URSINS · texte numérisé non relu

PRINCESSE DES URSINS

siblement de la sorte, et sûre à peu pr^to de TEspagne si la France la vouloit soutenir, elle flatta Mme de Maintenon par

degrés, pour ne s'avancer qu'avec justesse, et parvint à la persuader que son crédit ne seroit que le sien, que si on lui laissoit quelque autorité dans les afiCadres, elle n'en useroit que pour la croire et lui obéir ayeuglément; que par elle à Madrid, elle à YersaiUes régnermt en Espagne, plus absolument more qu'elle ne faisoit en France , puisqu'elle n*auroit besoin d'aucun détour, mais seulement de commander; enfin, qu'elle ne pourroit atteindre ce degré de puissance que par la sienne, qui n*auroit et ne pouvoit espérer d'autre appui, an lieu que les ambassadeurs se gouYemeroient par le ministère de France, lesquels les uns et les autres agiroient directement du roi au ministère d'Espagne, et indépendamment d'elle, qui ignoreroit môme la plupart des choses, et ne seroit au iîl de rien, ni en état d'influer en rien que par des contours longs et incertains, sur les choses seulement qu'elle apprendroit du roi même.

Mme de Maintenon, dont la passion étoit de savoir tout, de se mêler de tout, et de gouverner tout, se trouva enchantée par la sirène. Cette voie de gouverner l'Espagne sans moyens de ministres lui parut un coup de partie. Elle l'embrassa avec avidité, sans comprendre qu'elle ne gouvoneroit qu'en apparence, et feroit gouverner Mme des Ursins en effet, puisqu'elle ne pourroit rien savoir que par elle, ni rien voir que du côté qu'elle lui présenteroit. De là cette union si intime entre ces deux si importantes femmes, de là cette autorité sans bornes de Mme des Ursins, de là la chute de. tous ceux qui avoient mis Philippe Y sur le trône, et de tous ceux dont les conseils l'y pouvoient maintenir, et le néant de nos ministres sur l'Espagne , et de nos ambas^ sadeurs en Espagne , dont aucun ne s'y put soutenir qu'en s'abandonnant sans réserve à la princesse des Ursins. Telle fut son adresse, et telle la foiblesse du roi, qui aima mieux gouverner son petit-fib.par la reine, que de le conduure di-

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