GAGN£ LES DEUX R0I
rectement par ses volontés et ses conseils en se servant du canal naturel de ses ministres.
Ce grand pas fait et Talliance intime et secrète conclue entre ces deux femmes pour gouverner l'Espagne, il fallut foire tomber le roi d'Ëspagne dans les mêmes filets; la nature y avoit pourvu, et un art alors nécessaire avoit achevé. Ce prince, cadet d'un aîné vif, violent, impétueux, plein d'esprit, mais d'humeur terrible et de volonté outrée, je le dis d'autant plus librement, qu'on verra dans la suite le triomphe de sa vertu, ce cadet, dis-je, avoit été élevé dans une dépendance, une soumission nécessaire à bien établir, pour éviter les troubles et assurer la tranquillité de la far mille royale. Jusqu'au moment du. testament de Charles II, on n'avoit pu regarder le duc d'Anjou , que comme un sujet pour toute sa vie, qui plus il étoit grand par sa naissance, plus il étoit à craindre sous un frère roi tel que je viens de le représenter, et qui, par conséquent, ne pouvoit être trop abaissé par l'éducation , et duit à toute patience et dépendance. La suprême loi, qui est la raison d'État, demandoit cette préférence pour la sûreté et le bonheur du royaume sur le personnel de ce prince cadet. Son esprit et tout ce qui en dépend fut donc raccourci et rabattu par cette sorte d'éducation indispensable, qui, tombant sur un naturel doux et tranquille, ne l'accoutuma pas à penser ni à produire, mais à se laisser conduire ûicilement quoique la justesse fût restée pour choisûr le meilleur de ce qui lui étoit présenté, et s'expliquer même en bons termes quand la lenteur, pour ne pas dire la paresse d'esprit, ne l'empé-. choit pas de parler. La grande piété qui lui avoit été soigneusement inspirée, et qu'il a toujours cons.eryée, ne trouvant pas en lui l'iiabitude de juger et de discerner, le rabattit et le raccourcit encore, teUement, qu'avec du sens, de l'esprit^ et une expression lente, mais juste et en bons termes, ce fut un prince fait exprès pour se laisser enfermer et gouverner.
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A tant de dispositions si favorables aux desseins de la princesse des Ursins, il s'y en joignit une autre tout à fait singulière, née du concours de la piété avec le tempérament. Ce prince en eut un si fort et si abondant, qu'il en fut incommodé jusqu*au danger pendant son voyage en Italie. Tout s*enfla prodigieusement; la cause de Tenflure ne trou* vant point d'issue par des vaisseaux forts aussi, et peu accoutumés à céder d'eux-mêmes à la nature, reflua dans le sang. Cela causa des vapeurs considérables. Enfin cela hâtà son retour, et il n'eut de soulagement qu'après avoir retrouvé la reine. De là on peut juger combien il l'aima, combien il s'attacha à elle et combien elle sut s*en prévaloir, déjà initiée aux affaires et conduite par son habile et ambitieuse gouvernante. Ainsi la présence du roi à Madrid n'exclut point la reine des secrets ni de ladministration. Elle ne présidoit plus à la junte, mais rien ne s'y délibéroit à son insu. La confiance et raifection de cette princesse pour la camarera-mayor passa bientôt par elle au roi, qui ne cherchoit qu'à lui plaire. Bientôt la junte devint une représentation; tout se portoit en particulier au roi, ordinairement devant la reine, qui ne décidoit rien sur-le-champ, et qui prenoit son parti entre elle et la princesse des Ursins; cette conduite ne fut point contredite par notre cour. Les cardinaux d'Estrées et Portocarrero eurent beau s'en plaindre et s'y appuyer de nos ministres, Mme de Maintenon se moquoit d'eux et le roi croyoit d'une profonde politique d'accréditer la reine de plus en ])lus, dans la pensée (jue l'intérêt personnel de Mme de Maintenon lui inspiroit, et dans laquelle elle l'aifermissoit sans cesse de gouverner le roi son petitfils par la reine plus sûrement que par tout autre canal.
Les anciennes et sf intimes liaisons de Mme des Ursins avec les deux cardinaux sur lesquels notre cour avoit si principalement compté cédèn^nt au désir et à la possibilité de gouverner seule, indépendamment d'eux, et sûre du roi d'Espagne par la reine éUe n'hésita plus à leur montrer son
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pouvoir. Cette conduite produisit des froideurs et des raccommodements; trop foible pour les chasser, mais résolue à s'en défaire à force de dégoûts, elle ne les leur ménagea qu'autant qu'elle se le crut nécessaire. Elle essaya d'abord de désunir les deux cardinaux pour les détruire Tun par Tautre. Portocarrero, tel que je Tai dépeint et fier du grand personnage qu*il avoit fait au testament de Charles II, et de« puis sa ni ji t, portoit avec la dernière impatience le partage d'autorité avec l'homme du roi de France élevé à la pourpre comme lui. Ëstrées, vif, ardent, bouillant, haut à la main, accoutumé aux grandes affaires et à décider, n*étoit guère moins, impatient que Tautre de n'être pas le maitre. Ces bourrasques dégoûtèrent tellement le cardinal espagnol qu'il voulut quitter la junte. Mme des Ursins trouva qu'il n'en étoit pas eucore temps, et qu'il seroit trop dangereux de délivrer le cardinal francois de ce compagnon. Pour le retenir elle s'avisa de flatter sa vanité par un expédient tout à fait ridicule. Castanaga , autrefois gouverneur des Pays- Bas, venoit de mourir. 11 avoit le régiment des pai dcs. On avoit cru faire passer cette nouveauté d'un régiment des gardes plus doucement, en le donnant à un homme si distingué. On le proposa au cardinal Portocarrero, prêtre, archevêque, primat, cardinal ex*régent; il l'accepta, on se moqua de lui. Je ne sais si le cardinal d'Estrées en prit occasion de se raccommoder avec lui contre la camareramayor, mais enlin ils reconnurent qu'elle les jouait, et Us s'unirent pour se maintenir contre elle.
Harcourt, dans l'intime liaison de Mme de Maintenon, Tavoit extrêmement portée à s'emparer, autant qu'elle le pourroit, des atlaires d'Espagne, et par elle s étoit extrêmement lié avec Mme des Ursins, quoique de Paris à Madrid. Us s'étoient reconnus réciproquement nécessaires,, elle pour avoir des lumières et des instructions sur la cour et les affaires d'Espagne, où elle étoit toute nouvelle encore, et pour avoir un canal et un appui auprès de Mme de Main-