‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 83 sur 209 · ARTIFICE DE LA PRINCESSE DES URSINS · texte numérisé non relu

ARTIFICE DE LA PRINCESSE DES URSINS

tirer, qui instruisirent la nouvelle amie d'une infinité de choses importantes.

Cette trame, ourdie dans les plus obscurs réduits de

Mme de Maintenon, fut longtemps ignorée de nos ministres; ils ne se réveillèrent tout à fait qu'aux cris redoublés des Ëstrées, lorsqu'il n'en fut plus temps. Ils avoient compté sur la protection de Mme de Maintenon, si favorable au maréchal de Gœuvres et à eux tous jusqu'alors, par le crédit des Noailles. Leur indolence les empêcha d'éveiller un intérêt plus pressant, et plus personnel que celui de toutes les alliances et de toutes les amitiés. Cependant le cardinal Portocarrero, leurré de ce régiment des gardes, étoit rentré dans la junte où le cardinal d'Ëstrées étoit demeuré, avec lequel il s'étoit réuni comme je l'ai déjà dit. Hivas seul y travailloit avec eux, tellement que déjà Mme des Ursins s*y étoit défaite de peu d'autres qui en étoient et qui en éloient sortis sur la querelle et l'éclat du cardinal Portocarrero. Elle s'étoit bien gardée de les y laisser rappeler. G'étoit autant d'élagué en attendant de se défaire des deux cardinaux et de Rivas même pour demeurer pleinement mattresse.

Louville, jusqu'au retour d'Italie, modérateur du roi et de la monarchie d'Espagne, le seul confident de son cœur, et le distributeur des grâces, se vit, tout en arrivant avec le roi,« écarté. Son esprit, son courage, sa vivacité, sa vigilance, l'agrément et la gaieté dont il amusoit le roi , l'habitude dès l'enfance, l'autorité qu'il avoit acquise sur lui, la confiance in'Jme dans laquelle il étoit avec nos ministres, celle où il étoit entré par leur ordre et par le conseil de tous ses amis d'ici avec le cardinal et l'abbé d'£strées si prévenus en sa faveur.par la grandesse dont le maréchal de Gœuvres lui étoit uniquement redevable, tout cela le rendoit trop redoutable à Mme des Ùrsins pour ne s'en pas défaire. Elle avoit bien instruit la reine avant le retour du roi, et l'avoit irritée sur le fauteuil de M. de Savoie. Harcourt, qui avoit vu de près tout le terrain que sa maladie avoit fait gagner à

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[1703] LOUVILLE ÉCARTË. 177

Lonville dans les afiàires et à qui il étoit si principal que la

camarera-mayor ne fût pas contre-balancée par quelqu'un d'aussi accoutumé à manier l'esprit du roi d'Espagne, si instruit et ai peu capable de se laisser ni gagner ni intimider, le perdit auprès de Mme de Maintenon, comme un homme fort cap8Î>le, encore plus hardi, et dévoué sans réserve au duc de Beauvilliers et à Torcy qu'elle ne pouvoit souffrir. Louville donc, arrivant à Madrid avec le roi, trouvant une reine dans le palais qui en excluoit tous les hommes , y perdit son logement et bientôt toutes ses privances. La reine retint' presqpe toujours le roi dans son appartement, souvent dans celui de la camarera-mayor qui y étoit contigu. Là, tout se traitoit en cachette des ministres de Tune et de l'autre cour. Rien ne se régloit au despacho sur-lechamp, nom qui depuis le retour du roi succéda à celui de junte, et qui étoit la même chose, et où la reine n'assistoit plus. Le roi, qui sans elle n*avoit garde de se déterminer sur quoi que ce fût et qui assistoit trèft-^actement au despacho, en emportoit tous les mémoires chez la reine ou chez Mme des Ursins. Orry, dont on a vu l'union intime . avec elle, et qui avoit les finances et le commerce, s'y trouvolt en quart avec eux; et là se prenoient toutes les résolutions que le roi reportoit toutes faites le lendemain au despacho, ou quand bon lui sembloit, c'est-à-dire quand Orry et Mme des Ursins avoient eu le temps de prendre leurs délibérations.

Dans la suite , un cinquième fut souvent admis à ce conseil étroit, l'unique où se régloient toutes choses, cç cinquième étoit bien couplé avec Orry. U s*appeloit d'Aubigny, fils de.... ^ procureur au Ghâtelet de Paris. G'étoit un beau et grand drôle, très-bien fait et très-découplé de corps et d'esprit, qui étoit depuis longues années à la princesse des Ursins sur le pied et sous le nom d'écuyer, et sur laquelle il

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