AUBIGNY; S£S PROGRÈS
avoit le pouToir qu*ont ceux qui suppléent à i*insufBflance des maris. LouviHe, à qui la camarera-mayor youlut parler
une après-dtnée avec le duc de Medina-Celi, et voulant les voir sans être interrompue, entra, suivi d'eux, dans une pièce reculée de son appartement. D'Âubigny y écrivoit, qui , ne voyant entrer que sa maîtresse, se mit à jurer et k lui demander si elle ne le laisseroit jamais une heure en repos, en lui donnant des noms les plus libres et les plus étranges, avec une impétuosité si brusque, que tout ftitdît avant que Mme des Ursins pût lui montrer qui la suivoit. Tous quatre demeurèrent confondus; d'Aubigny à s'enfuir; le duc et Louville à considérer la ciiambre pour laisser quelques moments à la camarera-mayor pour se remettre, et les prendre eux-mêmes. Le rare est qu'après cela il n'y parut pas, et qu'ils se mirent à conférer comme s'il ne ffltt rien arrivé. Bientôt après, ce compagnon qui n'étoit qu'un avec Orry, qui le gorgea de biens dans les suites , fut logé au palais comme un homme sans conséquence par son état, mais où? dans Tappartement de l'infante Marie-cThérèse, depuis épouse de Louis XIV, et cet appartement paroissant trop petit pour ce seigneur, on y augmenta quelques pièces contiguës; ce ne fut pas sans murmures d'une nouveauté si étrange, mais il fallut bien la supporter. Grands et autres, tout fléchit le genou devant ce favori.
A la fin le cardinal d'fistrées , continuellement aux prises avec Mme des Ursins, et continuellement battu, ne put supporter davantage un séjour en Espagne si inutile à tout bien et si honteux pour lui; il demanda instamment son rappel. Tout ce que purent les ministres , et même les Noailles qui s*en mêlèrent pour lors, fut d'obtenir que l'abbé d'Estrées demeureroit avec le caractère d'ambassadeur. Quoique cela même ne fût pas agréable à la princesse des Ursins, Mme de Maintenon entra dans ce tempérament pour ne pas se montrer si partiale, et parce qu'en effet cet abbé , après la déroute des deux cardinaux, n'étoit pas pour empêcher que
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tout ne passftt par Mme des Ursins , conséquemment par elle , sans ambassadeurs ni ministres. Je dis la déroute des deux cardinaux , parce que Portocarrero , voyant son confrère prêt à partir, quitta le despacho et les affaires où il n!étoit plus rien après la figure qu'il ayoit faite, et dit qu'à son âge il «voit besoin de repos et de ne s'occuper plus que de son salut et de son dioctee. H ne trouva pas le moindre obstacle à sa retraite. Don Manuel Arias, gouverneur du conseil de Castille, qui sentit combien ce changement influoit sur son ministère et portoit sur sa considération, imita Portocarrero , et se prépara à se retirer en son archevêché de Séville, pour y attaufare en repos la pourpre ro^ maine, à laquelle le roi d*Espagne l'avoît nommé.
LouviUe eut ordre de revenir en même temps que le car^ dinal d'Estrées en reçut la permission. Le roi d'Espagne en eut quelque légère peine, quoiqu'il ne le vit plus en particulier. Il lui donna le gouvernement de Gourtrai , qu'il perdit quelque temps après par la guerre, et une grosse pension qui ne flit pas longtemps payée. Mais il eut aussi environ cent mille flrancs qu'il rapporta, et dont il accommoda ses affaires. H eut le bon esprit de n'en rien perdre de sa gaieté, d'oublier tout ce qu'il avoit été en Espagne, de vivre avec ses amis, dont il avoit beaucoup et de considérables, et de s'occuper de ses aûaires et de se bâtir très-agréablement à LouviUe.
Ainsi Mme des Ursins et Orry , maîtres de tout sans contradiction de persimne, prirent le plus grand vol d'autorité
et de puissance en Espagne qu'on eût vu depuis le dnc de Lerme et le comte-duc d'Olivarès, et ne se servirent de Rivas que comme d'un secrétaire, en attendant de le chasser comme ils avoient éloigné tous ceux qui avoient eu le plus de part au testament de Charles II. Le peu de François qui étoient au roi d'Bspagne forent rappelés en même temps , excepté quatre ou dnq qui , de bonne heure , s'étoient attachés à la princesse des Ursins, et qui n'avoient