TRAITEMENT DES AMBASSADEURS
la fidélité certaine du duc de SaTOie. B»nt6t aprèd il en renvoya un autre pour témdgner son zèle, par lequd il manda
que M. de Savoie faisoit toutes les démarches d'un prince qui se prépare à la guerre. On le savoit bien sans lui. Cependant Montendre apporta la diélaite par M. de Vendûme, le 88 octobre, de deux mille chevaux que Staremberg envoyoit à H. de Savoie, où il n'y eut que vingt hommes de tués de notre parti. Sur l'avis que Phély peaux et Tambassadeur d'Espagne à Turin étoient fort resserrés, sans aucune communication entre eux ni avec personne, et un corps de garde posé devant leurs maisons, du Libols, gentilhomme ordinaire, eut ordre de se rendre chez l'ambas^deur de Savoie , d*y loger et de l'accomfMigner partout. usage en cas de rupture est ordinaire, même à l'égard des nonces. Ce sont d'honnêtes espions et à découvert, à qui la chambre de rambassadeur ne peut être fermée pour voir et rendre compte de tout ce qu'il fait et se passe chez lui, mangeant avec lui, et ne le quittant presque point de vue. Quelque incommode, pour ne pas dire insupportable , que soit une telle compap^nie, Phélypeaux n'en fut pas quitte à si bon marclié. C'étoit un homme d'infiniment d'esprit et de lecture, éloquent naturelleinent et avec grâce, la parole fort à la main ; extrêmement haut et piquant, qui essuya des barbaries étranges , qui souffrit toutes sortes de manquements et d'extrémités jusque dans sa nourriture, et qui fut menacé plus d'une fois du cachot et de la tête. Il ne se déconcerta jamais, et désola M. de Savoie par sa fermeté, son égalité et la hauteur de ses réponses, de ses mépris, de ses railleries. Ce qu'il a écrit en forme de relation de cette espèce de prison est un morceau également curieux, instructif et amusant. Tessé partit de Fontainebleau pour aller commander en Dauphiné, entrer en Savoie, et commencer ce surcroît de guerre.
Cependant Tallard aveit formé le siège de Landau. L'armée du comte de Stbrum étoit détruite par la bataille d'Hochstadt.
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Gdle du prince Louis, mal payée et délabrée, obserroit de
loin l'électeur, et il n*y avoit rien au deçà du Rhin qui pût mettre obstacle à l'entreprise. Marsin fit l'investiture, et la tranchée fut ouverte le 18 octobre. 11 eût été heureux que la mésintelligence n'eût pas troublé tout ce qu'il se pouvoit faire sur le Danube, et au delà, où il n'y ayoit plus d'armées en état de s'opposer à rien de ce que l'électeur eût voulu entreprendre. Il étoit en état de porter la guerre dans les pays héréditaires et de profiter du dénûment de l'empereur, qui de Vienne, voyoit le fer et les feux que Ragotzi portoit dans son voisinage. Btds une guerre intestine tourmentoit plus l'électeur que ses pro^érités ne lui donnoient de joie. Villars, continuant à suivre ses projets pour sa fortune particulière, ne cessoit de traverser ce prince en tout, de lui refuser ses secours pour toutes entreprises qui ne cadroient pas avec les siennes pour s'enrichir, et de le rendre suspect au roi d'abandonner ses intérêts. Les choses en vinrent au point que Yillars cessa d'aller chez l'électeur, hors pour des raisons très-rares et indispensables, et d'en user avec lui par ses défiances affectées et ses hauteurs à ne pouvoir plus être supporté. En cette situation, l'électeur assembla cliez lui les .principaux ofticiers de l'armée, et en leur présence interpella Villars de lui déclarer s'il agissoit avec lui comme il fidsoit par ordre du roi ou de soi-même ; le maréchal n'eut pas le mot à répondre, et cette dtoarche, qui mit les choses au net, acheva aussi de le rendre fort odieux. Il l'étoit déjà par ses incroyables rapines et par toute sa conduite avec les troupes, tandis que l'électeur étoit adoré de tous. De part et d'autre les courriers marchèrent. Villars, ses coffres remplis et sa femme absente, ne désiroit rien plus que de sortir d'une si triste situation ; et l'électeur demandoit formellement d'être délivré d'un homme qui lui manquoit à tout avec audace, qui barroit ses projets les plus certains, et qui téte levée ne sembloit être venu en son pays que pour le mettre à la plus forte contribution à son profit particu-"
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lier. Le roi enfin, voyant combien il y avoit peu d'apparence de laisser pins longtemps ces deux hommes ensemble, se
détermina à leur donner satisfaction en les séparant, et à faire maréchal de France celui qu'il enverroit à la place de Villars, aucun de ceux qui Tétoieut déjà n'y paroissant propre. C'en étoit moins la raison que le prétexte.
GhamiUart» avant sa dernière £nrande fortune, l'avoit commencée par rintendance de Ronen que son père avoit aussi eue. Ils y étoient devenus amis intimes des Matignon, au point qu€ le comte de Mati^nion, père, longues années depuis, du duc de Yalentinois, lui quitta pour rien la mouvance d'une terre, qu'il avoit relevant de Thorigny, ce qui enrichit depuis Mati^on sous son ministère, fit son Mre maréchal de France et son fils duc et pair et gendre de M. de Monaco dans les suites. Les Matignon avoient marié leurs sœurs comme ils avoient pu. Ils étoient cinq frères et force filles, dont ils cloîtrèrent la plupart, et firent deux frères d*£glise : l'un évéque de lisieux après son onde paternel; l'autre de Ck>ndom, fort homme de bien, mais rien au<ielà. L'atné n'eut que deux filles dont il donna l'ainée à son frère, l'autre à Seignelay , qui se remaria au comte de Marsan , et le dernier frère, qu'on appeloit Gacé, nous le verrons maréchal de France. Les deux sœurs, l'une jolie et bien faite, épousa un du Breuil, gentilhomme breton, qui portoit le nom de Nevet, dont elle ne laissa point d'enfants ; l'autre Coigny, père du maréchal d'aujourd'hui.
Coigny étoit tils d'un de ces petits juges de basse Normandie, qui s'appeloit Guillot, et qui, fils d'un manant, avoit pris une de ces petites charges pour se délivrer de la taille après s'être fort enrichi. L'épée avoit achevé de le décrasser, n regarda comme sa fortune d'épouser la sœur des Ma^ gnon pour rien, et avec de belles terres, le gouvernement et le bailliage de Gaen qu'il acheta, se fît tout un autre homme. Il se trouva bon officier et devint lieutenant général. Son union avec ses beaux-firères étoit intime, il les re-
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gardoit avae grand respect, et eux Taimoient fort et leur
sœur qui logeoit chez eux et qui étoit une femme de mérite. Coigny, fatigué de son nom de Guillot, et qui avoit acheté en basse Normandie la belle terre de Franquetot, vit par hasard éteindre toute cette maison, ancienne, riche et bien alliée. Gela lui donna envie d'en prendre le nom, et la facilité de l'obtenir, personne n'en étant plus en droit de s'y opposer. Il obtint donc des lettres patentes pour changer sou nom de Guillot en celui de Franquelot qu'il fit euregiS" trer au parlement de Rouen, et consacra ainsi ce changement à la postérité la plus reculée. Mais on craint moins les fbreteurs de registres que le gros du monde qui se met à rire de Guillot, tandis qu'il prend les Franquetot pour bons, parce que les véritables l'étoient, et qu'il ignore si on s'est enté dessus av«c du parchemin et de la cire. Goigny donc, devenu Franquetot et dans les premiers grades militaires, partagea avec les Matignon, ses beaux-frères, la faveur de Ghamillart. D étoit lors en Flandre, où le ministre de la guerre lui procuroît de petits corps séparés. G' étoit lui qu'il • vouloit glisser en la place de Villars, et par là le faire maréchal de France. Il lui manda donc sa destination, et comme le bâton ne devoit être déclaré qu'en Bavière, même à celui qui lui étoit destiné, Ghamillart n'osa lui en révéler le s^ cret; mais, à ce que m'a dit lui-même ce ministre dans l'amertume de son cœur, il lui mit tellement le doigt sur la lettre, que, hors lui déclarer la chose, il ne pouvoit s'en expliquer avec lui plus clairement. Coigny, qui étoit fort court , n'entendit rien à ce langage. 11 se trouvoit bien où il étoit. D'aller en Bavière lui parut la Chine; il refusa absolument , et mit son protecteur au désespoir, et lui-même peu après, quand il sut ce qui lui étoit destiné.
On se tourna à Marsin, auquel arriva un courrier devant Landau, chargé d'un paquet pour lui, qui en enfermoit un autre. Par celui qu'il ouvrit, il lui étoit ordonné de quitter le siège tout aussitôt, et de prendre le chemin qui lui étoit
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