MARSIN FAIT MARÉCHAL D£ FRANGE
marqué pour se rendre en Bavière, où seulement et non
plus tôt il devoit ouvrir l'autre })aquet. En le tûtant il reconnut qu*il y avoit un sceau, et comprit que c'étoit le bâton de maréchal de France. La merveille fut que cela ne le tenta point. Il se sentit blessé de ne Tobtenir que par besoin de lui après la promotion des autres, et fat efflrayé du poids dont on vouloit le charger. H renvoya donc le courrier avec des excuses et le paquet , qu'il ne devoit ouvrir qu'en Bavière, tel qu'on le lui avoit envoyé. Le roi persista et lui redépécha aussitôt les mêmes ordres avec le même paquet, pour ne l'ouvrir qu'en Bavière. Il fallut obéir. Il partit et rencontra Yillars en Suisse, chargé de l'argent de ses con-* tributions personnelles et de l'exécration publique. L'électeur dit à qui le voulut l'entendre qu'il emportoit deux millions comptant de son pays, sans ce qu'il avoit tiré du pays ennemi, à quoi avoit tendu tout son projet militaire qui lui avoit énormément rendu. Les troupes et les officiers généraux ne l'en dédirent point. Il offrit de l'argent avant partir à qui en voudroit emprunter, pour s'en décharger d'autant; mais la haine prévalut, qui que ce soit n'en voulut prendre pour la malice de lui laisser ses coffres pleins, qu'il amena à bon port en France. L'escorte qui l'avoit amené remena Marsin, chargé de cent mille pistoles pour l'électeur; il passa avec lui beaucoup d'argent pour la paye et les besoins de nos officiers et de nos troupes , et beaucoup d'autres choses nécessaires pour lesquelles on profita de l'occasion. En joignant l'électeur, il lui rendit le repos, et la joie à toute Tannée, n ouvrit son paquet et y trouvà ses ordres, ses instructions et son bfttoii , comme 11 s'en étoit douté. Le roi le déclara maréchal de France, quand il le crut arrivé. Il fut parfaitement d'accord en tout avec l'électeur, et au gré des troupes et des offîciers généraux, et très-éloigné de brigandages. Peu après son arrivée, ils firent le siège d'Augsbourg qu'ils prirent en peu de jours, et mirent après les troupes dans les quartiers, qui avoient grand besoin
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[1703] RETOUR DE FONTAINEBLEAU. i05
de repos. Le maréchal de Villeroy , à qui les ennemis avoient pris Limbourg, sépara aussi la sienne. Il prit la place du maréchal de Boufflers à Bruxelles, pour commander tout rhiver sur toutes ces firontières, et BoufQers revint à la cour.
Elle partit de Fontainebleau le 25 octobre, retournant à Versailles par Villeroy et par Sceaux. Le roi avoit dans son carrosse Mme la duchesse de Bourgogne, Madame, Mme la duchesse d'Orléans, la duchesse du Lude et Mme de Mailly, qui l'emporta sur la marédiale de Goeuvres, grande d'Espagne. Pour expliquer comment se passa cette préféraice, il faut reprendre les choses d'un peu loin. La place de dame d'honneur a presque toujours été remplie dans tous les temps par de grandes dames, quelquefois par des femmes de princes du sang, comme on le voit dans Brantôme. La dernière omnétable de Montmorency la fut aussi, et elle étoit aussi duchesse de Montmorency. Depuis Mme de Se* necey et la comtesse de Fleix, sa fille, en survivance, qui furent dames d'honneur de la dernière reine mère, qu'elles survécurent toutes deux, on n'a plus vu de dames d'honneur de reine que duchesses. Ces deux-là le devinrent, quoique veuves en 1663 ^ Randan fat érigé pour elles deux conjointement et pour M. de Foix, fils aîné de la comtesse de Fleix, à qui, par mort sans enfant, le dernier duc de Foix succéda comme ayant été appelé par les lettres, en qui cette illustre et heureuse mais(m de Grailly , dite de Foix, s'éteignit avec son duchéiNiirie.
La marquise de Senecey, dame d'honneur de la reine mère et intimement dans sa confidence, fut chassée lors de l'éclat du Val-de-Grâce, où le chancelier Séguier eut ordre d'aller fouiller la reine jusque dans sa gorge, et dont, en homme d'esprit et adroit, il s'acquitta sans reproches du roi, ni rim perdre dans les bonnes grâces du cardinal de
1. Voy. , t. I . p. 449^ la réceptioa des ducs e| pairs à la séance du 1^ décembre 1663.