‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 94 sur 209 · RETOUR 1)£ TALLARD · texte numérisé non relu

RETOUR 1)£ TALLARD

bflloit après dtner, ayant pris médecine. Au lieu*de s'en

approcher, il gagna par derrière le monde la porte du cabinet, et y fit sa révérence comme le roi y passa. Le roi le reçut conmie il méritoit de Tôtre, le lit entrer avec lui, l'entretint peu avant le conseil, et le remit au lendemain chez Mme de Maintenon.

Le cardinal d'Estrées arriva presque en même temps et salua le roi sortant de chez Mme de Maintenon pour aller à son souper. Il l'embrassa par deux fois, lui fit un grand accueil , et l'entretint à quelques jours de là dans son cabinet. Quelques jours apiès, Louville arriva à Paris, où je causai avec lui tout à mon aise et k beaucoup de lon^^ues reprises.

Rouillé , revenant de l'ambassade de Portugal d'où il étoit parti avant la rupture, fut aussi très-bien reçu. C'étoitun homme fort sage, fort avisé et fort instruit, qui avoit conclu le traité qu*on ne put tenir. CMteaunenf , qui avoit été ambassadeur à Gonstantinople, étoit allé le relever, et alla par l'Espagne jusqu'aux frontières de Portugal, où il trouva qu'il n' avoit plus rien à faire.

La guerre devenant très-prochaine en l'Espagne du côté du Portugal, le roi d'£spagne fit Y&âr de Flandre le comte de Serdaès pour y commander ses troupes avec quelques autres officiers géiéraux sous lui, que le roi gracieusa fort en passant. Il résolut aussi d'y envoyer un corps d'armée, et choisit le duc de Berwick pour le commander, et Puységur pour y servir sous lui d'une façon principale, et y être le directeur unique de Tinianterie, cavalerie et dragons. G'étoit un simple gentilhomme de Soissonnois, mais de très-bonne et ancienne noblesse, du père duquel il y a d'excellents Mémoires imprimés, et qui étoit [lour aller fort loin à la guerre et même dans les affaires. Celui-ci avoit percé le régiment du roi infanterie jusqu'à en devenir lieutenantcolonel; le roi, qui dîstînguoit ce régiment sur toutes ses autres troupes, et qui s'en' mâoit inmiédiatement comme

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on cdonél particulier, avoit connu Paységur .par là. H aToit été l'âme de tout ce que M. de Luxembourg avoit fait de

beau en ses dernières caiDpagnes en Flandre, où il étoit maréchal des logis de l'armée , dont il étoit le chef et le maître pour tous les détails de marches, de campements, de fourrages, de vivres, et très-ordinairement de plans. M. de Luxembourg se reposoit de tout sur lui avec une confiance entière, à laquelle Puységur répondit toujours avec une capacité supérieure, une activité et une vigilance surprenante, et une modestie et une simplicité qui ne se démentit jamais dans aucun temps de sa vie ni dans aucun emploi. Elle ne Tempécha pourtant, par aucune considération que ce pût être, de dire la vérité tout haut, et au roi qui Testimoit fort et qui Tentretenoit souvent tête à tête, et quelquefois chez Mme de Maintenon, et il sut très-bien résister au maréchal de Vilieroy et à M. de Vendôme, malgré toute leur faveur, et montrer qu'il avoit raison. On Ta vu cb-dessus succéder avec Montriel, aussi capitaine au régir ment du roi, aux deux gentilshommes de la manche qui furent chassés d'auprès de Mgr le duc de Bourgogne, à la disgrâce de l'archevêque de Cambrai. Nous verrons désormais nager Puységur en plus grande eau. Le roi lui fit quitter sa lieutenance-colonelle pour s'en servir plus utilement et plus en grand. A la fin il ^t devenu maréchal de France avec l'applaudissement public, -malgré le ministre qui le fit, et qui, après une longue résistance, n'osa se commettre au cri public et au déshonneur qu'il auroit fait au bâton , s'il ne le lui avoit pas donné, et par le bâton il le fit aprèa chevalier de Tordre avec les mêmes délais et la même répugnance. A la valeur, aux talents et à Vapplication dans toutes les parties militaires , Puységur joignit toujours une grande netteté de mains, une grande équité à rendre justice par ses témoignages, un cœur et un esprit citoyen qui le conduisit toiigours uniquement et très-souvent au mépris et au danger de sa fortune avec une fermeté dans les occasions

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qui la demandèrent souvent qui ne foiblit jamais, et qui jamais aussi ne le fit sortir de sa place. Vingt bataillons, sept régiments de cavalerie et deux de dragons marchèrent en même temps en Espagne « où plusieurs offîciers généraux eurent ùtàre de se rendre en même temps queVilladarias, commandant en Andalousie, inquiétoit fort les Portugais dans les Algarves, où il étoit entré avec six mille hommes, avant ({u'il fût encore arrivé rien en Portugal de ce que ses nouveaux alliés avoient promis.

Cependant Mme des Ursins, embarrassée de Tédat de la retraite des deux cardinaux et de Texpulsion de tous les anciens ministres qui avoient mis la couronne sur la tète de Philippe y, par le testament de Charles II, ht une vraie espièglerie. Ce fut une nouvelle junte qu'elle composa de don Manuel Arias, gouverneur du conseil de Gastille, qu'elle retint par Tautorité du roi« comme il partoit pour son archevêché de Séville; du marquis de Mancera, dont j'ai assez parlé ailleurs pour qu'il ne me reste rien à y sgouter; et de l'abbé d'Estrées comme ambassadeur de France; elle la conserva tant qu'elle se la crut nécessaire pour apaiser le bruit. En attendant elle sut bien empêcher qu*il ne s'y fit rien de sérieux. Elle ne la laissent s'occuper que. des amusettes d'un bas conseil,' tandis que les véritables affaires se délibéroient et se décidoient chez la reine, fort souvent chez elle entre elles deux et Orry avec le roi; puis on faisoit expédier, par Rivas et par les autres secrétaires d'Etat de la guerre et des affaires étrangères» ce qui étoit résQlu et qui avoit besoin d'expédition. Arias seul l'embarrassoit par son poids et sa capacité; de l'abbé elle s'en jouoit après s'être délivrée de son oncle. C'étoit un homme bien fait, galant, d'un esprit très-médiocre, enivré de soi, de ses talents, des, grands emplois, et du lustre de sa famille et de ses ambassades jusqu'à la fatuité, et qui» avec de l'honneur et grande envie de bien faire; fie méprenoit souvent et se faisoit moquer de loi. Ses mœurs l'aviNtat exclu de l'épiscopat; la

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oonsidératioii siens, sqrtout du cardinal, son onde, couvrimit ce dégoût par des emplois étrangers qu'il ne tint

pas à lui qu'on ne crût fort importants, et où néanmoins il y avoit peu et souvent rien à faire. Il n'étoit pas riche, et regardoit fort à ses affaires. Il évita de faire son entrée étant ambassadeur en Portugal, et le cardinal d'Ëstrées, qui ne retenoit pas volontiers ses bons mots, même sur sa famille, disoit plaisamment de lui qu'il étoit sorti de Portugal sans y être entré. Pour Mancera, sa grande vieillesse niettoit la princesse des Ursins fort à l'aise avec lui. On verra bientôt comme eUe sut se défaire de ce reste dlmage de conseil.

Ce fut dans ce même temps, peut-être quinze jours après rétablissement de cette junte, que le roi d'Espagne établit quatre compagnies des gardes du corps, précisément sur le modèle en tout de celles de France, excepté qu'il les distingua par nations : deux espagnoles les premières qu'il donna au connétable de Gastille et au comte de Lémos que j'ai fait connoitre ailleurs; l'italienne au duc de Popolî, chevalier du Saint-Esprit, dont j'aurai lieu de parler; la w^allone ou flamande, qui fut la dernière, à Serclaës , que nous venons de voir passer de Flandre par Paris , en Espagne, pour y aller commander les troupes espagnoles. Cette nouveauté fit grand -bruit à Madrid, où on ne les aime pas. Les rois d'Espagne jusqu'alors n'avoient jamais eu de gardes, que quelques méchants lanciers déguenillés qui ne les suivoient guère, et en très-petit nombre, et qui demandoient à tout ce qui entroit au palais comme de vrais gueux qu'ils étoient, et qui finrent cassés , et une espèce de compagnie de hallebardiers, qui étoit l'ancienne garde de tout temps, et qui fut conservée, qui ne peut être plus justement comparée qu'à la compagnie des Cent-Suisses de la garde du roi. On choisit exprès des seigneurs les plus élevés et les plus distingués des trois nations pour ceâ quatre charges, afin de les fawe passer moins diffidlement; et ce fut à cette occasion qu'arriva l'affaire du banquillo , que j'ai expliquée d'avance

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