‹ Mémoires complets et authentiques du duc de SaintSimon sur le siècle de Louis XIV et la Régence 16911723 (volume 3)Chapitre 98 sur 209 · MARIAGE DU DUC DE MORTEMART · texte numérisé non relu

MARIAGE DU DUC DE MORTEMART

du roi, dont je sortis content. — Raisons de m'cHre étendu sur l'affaire do la qutHe. — Effroi de l'empereur des mécontents. — Fanatiques soutenus par la Hollande et Genève. — Rochegude arrêté.

M. de Beauvilliers qui avoit deux fils fort jeunes, et dont toutes les filles s'étoient faites religieuses à Montargis,

excepté une seule, la maria tout à la fin de cette année au duc de Morteniart qui n'avoit ni les mœurs ni la conduite d'un homme à devenir son gendre. 11 étoit fils de la sœur cadette des duchesses de Ghevreuse et de fieauvilliers. Le désir d'éviter de mettre un étranger dans son intrinsèque entra pour beaucoup dans ce choix; mais une raison plus forte le détermina. La duchesse de Mortemart, fort jeune, assez piquante, fort au gré du monde, et qui l'aimoit fort aussi, et de tout à la cour, la quitta subitement de dépit des romandnes de ses sœurs, et se jeta à Paris dans une solitude et dans une dévotion plus forte qu'elle , mais où pourtant elle persévéra. Le genre de dévotion de Mme Guyon l'éblouit, M. de Cambrai la charma. Elle trouva dans l'exemple de ses deux sages beaux-frères à se confirmer dans son goût, et dans sa liaison avec tout ce petit troupeau séparé, de saints amusements pour s'occuper. Mais ce qu'elle y rencontra de plus solide fut le mariage de son fils. L'unisson des sentiments dans cet élixir à part d'une dévotion persécutée où elle liguroit sur le pied d'une grande âme, de ces âmes d'élite et de choix, imposa à l'archevêque de Cambrai, dont les conseils déterminèrent contre ce que toute la France voyoit, qui demeura surprise d'un choix si bizarre , et qui ne répondit que trop à ce que le public en prévit. Ce fut sous de tels auspices que des personnes qui ne perdoient jamais la présence de Dieu au milieu de la cour et des afiaires, et qui par leurs biens et

1. Ce mot se troaTe plusieurs Ibis dans Saint-àimoù avec le sens de chansons satiriques, ou simplement de reproches lib et piquants.

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