CHAPITRE CCCIX
Je travaille à unir M. le doc d'Orléans an Dauphin. — Intérieur de la famille royale et le mien avec elle. — Je donne un étrange avis à M. le duc d'Orléans , qui en fait un plus étrange usage avec madame sa Bile. — Je me brouille et me laisse après raccommoder avec lui, et je demeure très-froidement avec madame la duchesse de Berry depuis. — Dégoûts du roi de M. le duc. d'Orléans. — Dangereux manèges du duc du Maine, qui projette le mariage de son fils avec une sœur de madame la duchesse de Berry. — Je travaille à unir M. le duc d'Orléans au Dauphin et au duc de Beauvillier, à laquelle union je réussis.
Parmi tant de choses générales et particulières qui m'occupaient, je ne Tétais pas peu <Tunir bien M. le duc d'Orléans avec le Dauphin, et pour cela de le lier avec le duc de Beauvillier. Tout m'y secondait, excepté lui et madame sa fille, ce qui est étrange à concevoir, d'autant plus que ce prince en sentait la convenance et le besoin, et qu'il le désirait. L'obligation si prodigieuse de ce grand mariage qu'il avait fait , la liaisou qui s'en maintenait entière entre la Dauphine et la duchesse d'Orléans, celle qui subsistait en leur manière entre M. d'Orléans et le duc de Chevreuse, la partialité publique et non interrompue de ce prince pour l'archevêque de Cambrai, et le coin des jésuites qu'il avait toujours utilement ménagés , tout cela était de grandes avances vers le but que je me proposais. Leur contredit
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n'était guère moindre. Les mœurs de M. le duc d'Orléans, l'affectation de se parer de ses débauches et d'impiété, des indiscrétions là-dessus les plus déplacées, faisaient fuir le Dauphin et rebroussaient infiniment son ancien gouverneur. Il était d'ailleurs en brassière du côté du roi , à qui la conduite de son neveu était par plus d'un endroit odieuse, et cet autre endroit va être expliqué, et la brassière était redoublée par la haine de madame de Maintenon pour M. le duc d'Orléans, que le mariage de sa fille n avait point émoussé, dans le temps même qu'elle le faisait.
Ce mariage, qui aurait dû être un centre de réunion, était devenu entre eux tous un flambeau de discorde. On a vu ici quelques traits du caractère terrible de madame la duchesse de Berry, dont la galanterie étrangement menée, et plus singulièrement étendue, n'était pas à beaucoup près le plus mauvais côté en comparaison des autres. On a vu son ingratitude et la folie de ses desseins. L'élévation de son beau-frère et de sa belle-sœur, à qui elle devait tout , n'avait fait qu'exciter sa jalousie, son dépit, sa rage; et le besoin qu'elle avait d'eux portait les élans de ces passions à l'excès. Nourrie dans l'aversion de madame la duchesse d'Orléans et dans l'indignation du vice de sa naissance, elle ne s'en contraignit plus dès qu'elle fut mariée. Quoiqu'elle dût ce qu'elle était devenue à sa mère et à la naissance de sa mère , quoiqu'elle en eût sans cesse reçu toute sorte d'amitié et nulle contrainte, cette haine et ce mépris pour elle éclataient à tous moments par les scènes les plus scandaleuses, que la mère étouffait encore tant qu'elle pouvait, et qui ne laissèrent pas souvent d'attirer à la fille de justes et rudes mercuriales du roi, et même de Madame qui n'avait pourtant jamais pu s'accoutumer à la naissance de sa belle-fille ; et ces mercuriales , qui conte-